Coupe du monde 2018: Joe Dassin, train de nuit et bains russes... On vous résume un mois de reportage en Russie

FOOTBALL Parce que les envoyés spéciaux de 20 minutes ne vous ont pas encore tout raconté…

N.C. et J.L.

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Des supporters mexicains devant le Kremlin de Kazan.
Des supporters mexicains devant le Kremlin de Kazan. — N.Camus/20 minutes

De nos envoyés spéciaux en Russie,

Jeudi 14 juin : Lénine et Coca-Cola

Premier match au grand stade Luzhniki de Moscou et premier choc visuel. La grande statue de Lénine, le père de la Révolution russe, cerclée par des tentes Coca-Cola, la marque de soda faisant partie des principaux sponsors de la compétition. Même au pays du communisme, une idéologie a clairement poussé l’autre dans le ravin

Vendredi 15 juin : Le film Taxi, notre meilleur produit d’exportation

On atterrit par hasard dans le bar des fans du Spartak pour mater Espagne-Portugal. Pas grand monde en dehors de Nikolaï, un jeune homme qui travaille « dans la sécurité ». Deux heures de google translate auront abouti à une conclusion implacable de son côté : on ressemble beaucoup à Emilien dans Taxi. Voilà voilà.

Samedi 16 juin : L’ovation à Maradaona

L’Argentine affronte l’Islande et on ne sait pas encore que Messi traversera la compétition comme une ombre, ni que Maradona fera n’importe quoi tout du long. Son apparition dans le stade du Spartak provoquera une ovation monstre de 30 000 supporters argentins debout. Un vrai moment frissons.

Dimanche 17 juin : Les Mexicains toute bière en l’air

Vous avez sans doute vu les vidéos de supporters anglais jetant leur bière en l’air dans toutes les pubs du pays pour célébrer chaque but des leurs en Russie. Vous ignorez peut-être que la mode a été lancée par les Mexicains lors de leur victoire historique contre l’Allemagne en ouverture. Notre tee-shirt s’en souvient encore.

Lundi 18 juin : La visite surprise de Mutko

Petit crochet par le camp de base de la Sbornaya pour prendre le pouls du pays après la belle victoire contre l’Arabie Saoudite. On espère un ou deux joueurs quand débarque Vladimir Mutko, l’ancien ministre des sports placardisé pour son implication dans le scandale du dopage des JO de Stochi. Un placard tout à fait théorique, donc.

Mardi 19 juin : Du bonheur d’écouter la radio russe

Une semaine qu’on fait des études comparatives des meilleures radios russes pour faire passer le temps dans les bouchons moscovites. On finit par dégoter le gros lot avec RRRRRRAdio Monte Carlo. Pas de Daniel Riolov mais les standards de la chanson française qu’on aime : Yves Montant, Edith Piaf, Joe Dassin… et Isabelle Adjani.

Mercredi 20 juin : Le coup de gueule de Benatia

Le Maroc a enchanté les observateurs lors de ses deux premiers matchs mais il est déjà éliminé après une courte défaite contre le Portugal. Dans le plus grand des calmes, Benatia s’en prend à l’arbitre, « qui a manqué de respect au Maroc ». Le début de la fin pour les équipes africaines, toutes éliminées en poule.

Jeudi 21 juin : Les Russes ont un rapport particulier avec la nuit

Il y a deux choses qui surprennent en Russie quand on se couche très tard. A 3h du mat' après France-Pérou, il fait déjà bien jour. Et à 5h, il y a une activité folle dans les rues. La circulation est dense, les gens marchent vite, attendent le bus à des arrêts qu’ils sont les seuls à voir. Rien à voir avec le calme parisien à la même heure.

Samedi 22 juin : la pire zone mixte du monde pour le Brésil

Le Brésil vient de taper le Costa Rica. On attend une demi-heure que les gars se pointent en zone mixte. Puis une heure. Puis deux heures. Au bout de 2h30, enfin, un peu de mouvement. On interroge nos confrères brésiliens sur le délai : « C’est normal, ils prennent leur repas dans le vestiaire ». Et nous, on peut manger à quelle heure ?

Samedi 23 juin : Elle vaut quoi la vodka de Depardieu ?

Petite victoire dans notre banlieue moscovite. On a déniché un Auchan qui nous permet de retrouver quelques produits de la maison bien utiles quand on ne panne pas un mot de cyrillique. On est à deux doigts d’acheter la vodka de Gérard Depardieu quand on regarde son prix: l’une des moins chères du rayon. Ce sera non.

Dimanche 24 juin : L’anniversaire raté de Lionel Messi

Nous sommes à Bronnitsy, joli village à 2h de Moscou, et un traducteur mis à la disposition de l’équipe argentine vient remettre une invitation à Lionel Messi. La Pulga fête ses 31 ans et la mairie a prévu un immense gâteau à son effigie sur la place centrale.. Hélas, l’Argentine est en crise et Leo n’ira pas manger sa part.

Lundi 25 juin : Meilleur match du premier tour pour la presse française

Les Bleus sont à Moscou et les journalistes avec, un plan en tête. Une boîte de nuit à ciel ouvert sur l’Ile de la Cité moscovite. « L’autre jour, ils ont dû refuser des filles à l’entrée tellement c’était déséquilibré », nous informe un habitué. Publicité mensongère répondront ceux qui ont tenté leur chance. Nous ? On travaillait.

Mardi 26 juin : Les sifflets du Luzhniki pour les Bleus

La France et le Danemark nous offrent la plus grosse purge de la compétition dans un match (presque) sans enjeu. Les supporters français, ainsi que les Russes, n’apprécient pas le spectacle et le font savoir  en sifflant bruyamment lors des dix dernières minutes. Les Bleus s’en moquent et donnent rendez-vous en phase finale. Ils ont bien fait.

Mercredi 27 juin : La joie des journalistes brésiliens

Salle de presse du Stade du Spartak, avant Brésil-Serbie. Les Allemands jouent sur un fil contre la Corée et tous nos confrères brésiliens qui ruminent leur vengeance depuis quatre ans sont au taquet. La but finalement accordé à la Corée provoque une explosion de joie incontrôlable à nos côtés.

Jeudi 28 juin : La déception des supporters sénégalais

Mess et sa copine, tous deux Sénégalais, nous ont donné rendez-vous à la fan zone, tout près de leur lieu d’étude, l’université de l’Amitié ente les peuples, connue pour avoir formé tous les grands révolutionnaires du 20e siècle. Ils poussent derrière leur équipe jusqu’au coup de bambou : le Sénégal éliminé au nombre de cartons jaunes.

Vendredi 29 juin : On ne dit pas merci à l’attaché de presse mexicain

Pour vous donner un aperçu du métier. On a besoin d’une citation d’un joueur mexicain pour un papier sur Marquez, et on croit border le truc avec l’attaché de presse de la Tri en amont. Le gars nous dit « pas de soucis » et ne nous laissera jamais notre question. Deux heures de route pour rien. Merci l’ami.

Samedi 30 juin : La Tour de Pise à Kazan

Avant France-Argentine, petit tour dans Kazan, pour visiter sa fameuse mosquée Qol Sharif. Juste derrière, une petite surprise. Une tour complètement penchée… « Tiens, je savais pas qu’il y avait une Tour de Pise à Kazan ». Le moment de fredonner « La Tour de pise de Montréal », de l’immense Jean-Michel Nulengéo, en plein Tatarstan.

La Tour de Pise délocalisée à Kazan.
La Tour de Pise délocalisée à Kazan. - N.Camus/20 minutes

Dimanche 1er juillet : La fête de la rue Nicolsakaya

C’est une grande rue piétonne menant à la place Rouge qui s’est imposée comme le lieu de rassemblement des fans du monde entier, surtout étrangers. Mais le soir de la victoire contre l’Espagne, ce sont des milliers de Russes qui y convergent pour célébrer leur équipe. La police laisse faire et c’est une ambiance incroyable.

Lundi 2 juillet : On a enfin compris comment fonctionnaient les radars russes

Un mois qu’on roule dans un pays où les règles de conduite nous échappent. Il y a des caméras de contrôle partout, et des panneaux indiquant la vitesse à ne pas dépasser. Panneaux que personne ne respecte. Une âme charitable finit par résoudre le mystère pour nous : les radars russes ont une marge de tolérance de 20km/h. Pourquoi pas.

Mardi 3 juillet : La fin de la malédiction anglaise

Un petit bout d’histoire qui s’écrit sous nos yeux lors du 8e de finale entre l’Angleterre et la Colombie. Malgré l’égalisation tardive de Mina, les hommes de Gareth Southgate arrachent la qualification aux tirs au but. Un exploit qu’il faut saluer comme il se doit : l’Angleterre n’avait encore jamais gagné une série de penaltys en Coupe du monde.

Mercredi 4 juillet : Le cérémonial des langues belges

Pendant que les points presse des Bleus se font uniquement en français, les Belges répondent en quatre langues différentes aux médias du monde entier : le flamand, le français, l’anglais, et puis l’Espagnol, l’Italien ou le Portugais selon les clients. Le meilleur exemple ? Lukaku, capable de répondre dans les six langues.

Jeudi 5 juillet : Super joli Nizhny Vélizy

Petit air de France à Nizhny Novgorod, où le stade qui accueille France-Uruguay ressemble au Vélodrome. La zone commerciale attenante nous rappelle aussi des souvenirs. Un supermarché Auchan, un Décathlon, et un Castorama où se donner rendez-vous pour la navette. Bienvenue à Nizhny Vélizy.

Vendredi 6 juillet : La dernière équipe sud-américaine est éliminée

Sale journée pour l’Amérique du Sud. L’Uruguay et le Brésil, les deux derniers représentants de la zone Conmebol, disparaissent à quelques heures d’intervalle. C’est seulement la troisième fois depuis 1982 que le dernier carré réunit quatre équipes européennes. L’Euro tous les deux ans, un concept intéressant.

Samedi 7 juillet : La défaite de la Russie dans un train de nuit

8h de train pour retrouver Moscou depuis Nizhny Novgorod et la crainte de rater le dernier quart entre la Russie et la Croatie. C’était sans compter sur nos voisins de couchettes. Un téléphone portable pour quatre et une révélation. On capte mieux la 4G dans la campagne russe que dans le meilleur TGV de France.

Dimanche 8 juillet : La belle expérience ratée du séjour

Le patron de notre hôtel nous invite à sa bania (bain de vapeur chaude) personnelle. Trop de boulot, on doit refuser. Les volontaires ne se vantent pas à leur retour. Ils ont eu le droit à la version traditionnelle, celle où on se fait fouetter avec des branches - paraît que c’est bon pour la peau. Un petit côté de nous aurait voulu voir ça.

Lundi 9 juillet : Un moment de grâce dans un monde de brutes

Veille de France-Belgique, dans la salle de conférence de presse du stade de Saint-Pétersbourg. Au milieu, de l’agitation, une petite voix s’élève. Une volontaire de la Fifa, réquisitionnée pour un test son, déclame « un poème qu’elle aime bien », en français. On n’a pas bien entendu lequel, mais elle méritait bien nos applaudissements.

Mardi 10 juillet : Merci Courtois pour les stats

« C’était un match frustrant, la France a joué à rien, a joué à défendre avec onze joueurs à 40 mètres de leur but ». La mauvaise foi de Courtois a lancé la machine et plus rien pour l’arrêter. 20 minutes a roulé sur les audiences à chaque papier publié sur le « seum » des Belges. Merci pour la prime, Thibaut.

Mercredi 11 juillet : Mbappé inspire les taxis moscovites

Lendemain de demi-finale à l’aéroport de Moscou. Alors que notre petit groupe attend notre bus, des chauffeurs de taxi viennent nous solliciter, comme d’habitude. Le mot France le fait réagir. L’un d’eux a vu le match, la veille, et refait instantanément la roulette de Kylian Mbappé. Ça manque un peu de fluidité, mais il y a quelque chose.

Jeudi 12 juillet : Gianni Infantino et sa veste de volontaire sur le dos

Extraordinaire cynisme de Gianni Infantino qui se pointe avec une veste de volontaire sur le dos pour la conférence de presse de clôture. Petite explication : le président de la Fifa touche 1,4 millions d’euros par an et son organisation exploite tous les quatre ans des milliers de volontaires bénévoles. Sans jamais avoir l’idée de les dédommager.

Vendredi 13 juillet : Les adieux de Philippe Tournon

Il est là depuis toujours. Philippe Tournon, bientôt 75 ans, est le chef de presse des Bleus depuis 1983, avec une coupure entre 2006 et 2010. Vendredi, à Istra, c’était sa toute dernière conf’, et il a eu droit à une standing ovation de l’assistance. Ça faisait bizarre de voir cet homme aux manières de vieil instit’ aussi ému.

Samedi 14 juillet : La plus belle équipe du tournoi finit 3e en battant l’Angleterre 1-0

Allez, sans rancune les gars.

Dimanche 15 juillet : CHAMPIONS DU MOOOOOOOOOOOOOOONDE (?)