Coupe du monde 2018: On a regardé Sénégal-Colombie avec les étudiants sénégalais de Moscou

FOOTBALL L’université de l’Amitié des peuples, ancien organe de la propagande soviétique, continue de former des milliers d’étudiants étrangers…

Julien Laloye

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Les supporters sénégalais à la fan zone de Moscou, le 28 juin 2018.
Les supporters sénégalais à la fan zone de Moscou, le 28 juin 2018. — J.L/20 minutes

De notre envoyé spécial en Russie,

On avait bien fait de prendre rendez-vous avant le coup d’envoi dans la fan zone de Moscou pour tailler le bout de gras en accéléré. Abattue par la tournure de l’après-midi, la grosse trentaine d’étudiants sénégalais de l’université de l’Amitié des peuples de Moscou a bâché sitôt la fin de Sénégal-Colombie (0-1) pour aller digérer l’humiliation dans l’intimité. L’université de l’Amitié des peuples de Russie, anciennement université Patrice Lumumba, du nom du leader de la lutte congolaise pour l’indépendance, une institution qui fleure bon la guerre froide. Y ont été biberonnés à la glorieuse idéologie soviétique tous les révolutionnaires d’extrême gauche qui ont compte dans l’histoire du 20e siècle, ou presque. Cette dimension a disparu avec la chute de l’URSS, mais pas celle de la formation des élites des pays non alignés, comme on disait sous René Coty.

« Les Russes sont très accueillants »

L’Etat russe continue de nouer des partenariats avec nombre de pays africains en présentant plus ou moins le deal suivant : gratuité des études (ou au moins les enseignements les moins chers du marché) contre la perspective d’attirer le plus d’étudiants étrangers diffuser la culture russe un peu plus loin que la Sibérie. Pour ce que nous en racontent Mass et Aminata, venus tous les deux de Dakar, c’est un succès. Mass : « Je ne paye rien, j’ai une bourse de l’État sénégalais, et les cours sont de très bon niveau. Je ne regrette pas un instant d’avoir choisi la Russie. Avant de venir, je ne lisais que les médias français, et je pensais que j’allais tomber sur des barbares, des gens haineux et agressifs. C’est tout le contraire. Les gens sont gentils, ils viennent vers nous, ils essaient de nous aider, c’est un peuple très accueillant, je pense que les supporters qui ont fait le voyage peuvent s’en rendre compte ».

Ne pas croire que c’est du tout cuit non plus. Si Mass a pu continuer sa licence de publishing/relation publique, Aminata, qui avait commencé des études de amnagement à Dakar a dû tout reprendre à zéro en intégrant une formation de vétérinaire. « C’est l’étant sénégalais qui regarde dans quelles filières il y a des besoins au pays. Là, on a trouvé du pétrole, alors les étudies d’ingénierie sont un peu privilégiées. Management, ce n’était pas possible pour moi ». Va pour vétérinaire. Avec examen et tout le tralala en russe, évidemment. On les regarde, impressionné : « Ce n'est pas une langue si difficile, assure Mass. Et puis l’université fait bien les choses. On partage des chambres entre gens de différente nationalité, mais toujours avec un Russe dedans. Comme ça, on est obligés d’en faire la langue commune ».

Des études de qualité à un prix très compétitif

Google translate fait le reste, même si on en a vite cerné les limites depuis que l’on a atterri chez Vladimir. Mais nous deux loustics insistent sur ce point : les Russes sont curieux et à l’écoute. « Un exemple bête. Le Sénégal, ici personne ne sait où c’est sur une carte de l’Afrique. Ils vont savoir placer l’Egypte à la rigueur, mais ils ne connaissent aucun autre pays. Et bien les Russes, ils sortent leur téléphone, ils tapent Sénégal et ils regardent ou c’est. Ils posent des questions, ils s’intéressent quoi. Si on a un problème en cours, les profs nous remettent le contenu sur une Clé USB et on peut le traduire chez nous ».

On les entreprend sur la thématique un peu obligée du racisme, après qu’on a vu un petit garçon du coin venir réclamer une photo avec eux comme on s’expose à côté un d’un animal exotique. « Je n’ai jamais eu un problème d’insulte ou quoi que ce soit depuis que je suis ici » bloque sec Aminata. Ça va bientôt faire deux ans, sans aucune respiration à la maison. Trop cher et trop contraignant, même si les vacances ont commencé. « On préfère rester ici le temps de nos études pour s’imprégner totalement de la culture russe ». De fait, la Coupe du monde est un des rares moments où la toute petite communauté sénégalaise de la ville se rassemble pour supporter l’équipe nationale. « Il y a des affinités, bien sûr, reprend Mass, mais on a tous des amis russes qui nous invitent dans leur maison de campagne ou ailleurs. Moi je joue au foot avec eux, je suis le meilleur buteur de l’équipe. »

La suite, une fois le diplôme validé à Moscou ? Peut-être un retour au Sénégal, peut-être pas. Aminata a un frère installé en France avec femme en enfants depuis 2008. Elle compte y passer ses prochaines vacances avant de s’y installer, si c’est possible. Mais ne lui parlez pas trop tôt de supporter la France au Mondial. La jeune fille s’est bien assuré quatre fois que nous allions pousser avec elle derrière le Sénégal contre les Cafateros. On a fait ce qu’on a pu, franchement, et on s’est même surpris à y croire plus qu’elle. Jusqu’au coup de poignard de Yerri Mina. Il n’y a plus d’équipe africaine en Russie. Mais il restera toujours des étudiants sénégalais à Moscou.