Coupe du monde: «Vous ne racontez que des mensonges», cela ressemble à l’apocalypse chez l’Argentine

FOOTBALL La fédération argentine a essayé de calmer la furie médiatique alors que la sélection est au bord du gouffre avant le match contre le Nigéria…

Julien Laloye

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Sampaoli embrasse Messi devant les journalistes, dimanche 24 juin 2018, à Bronnitsy.
Sampaoli embrasse Messi devant les journalistes, dimanche 24 juin 2018, à Bronnitsy. — JUAN MABROMATA / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

Une pensée pour le maire de Bronnitsy, charmant petit village de la campagne moscovite, avec sa petite plage et sa sélection argentine hébergée le long de la rivière Moskova. Le pauvre bougre, qu’on ne connaît pas personnellement, s’est démené pour organiser une fête d’anniversaire à Lionel Messi, 31 ans ce dimanche. Après-midi d’orgie de l’autre côté du pont, avec concerts à partir de 14 heures et gâteau d’anniversaire à l’effigie du petit Lionel (pas en taille réelle, faut pas pousser) présenté à 19 heures avec les bougies qui vont bien. On croise même un traducteur dépêché par la mairie pour remettre une invitation au quintuple Ballon d’Or en personne.

Une fête de village pour l’anniversaire de Messi

Une louable initiative qui ne pouvait pas plus mal tomber. D’après ce qu’on lit à droite à gauche, Messi vit reclus dans l’hôtel et ne parle à personne à part son copain de chambrée Aguero, et à sa femme. Encore que circulent des rumeurs sur une relation légèrement distante entre Lionel et Antonella à cause d’une histoire beaucoup trop inintéressante pour être racontée. La preuve, croit-on savoir, Antonella et la marmaille n’étaient pas là pour la fête des pères - alors que beaucoup d’épouses de joueurs avaient pris l’avion pour rejoindre le camp de base argentin - et elle n’arrivera que mardi pour le match décisif contre le Nigeria.

 

 

« N’importe quoi, nous souffle un collègue de Clarin, t’as qu’à aller voir son post sur instagram ce matin ». Pan sur les fesses. Il faut dire que des rumeurs, il en court par dizaines depuis la déroute contre la Croatie. On met à peine une rustine sur la première que la deuxième nous gicle à la figure, et ainsi de suite jusqu’à l’inondation. Dans le désordre

  • Des conversations Whatsapp comme celle de Simeone qui se retrouvent on ne sait comment dans les médias, où un champion du monde de 86 confie que les joueurs ont lâché Sampaoli et que c’est Burruchaga qui va le remplacer contre le Nigeria
  • Un entraîneur/consultant qu’on ne connaît ni d’Eve ni d’Angeli qui assure qu’une bagarre a éclaté entre Mascherano et Pavon, l’ex du Barça ayant réglé ça comme Yoka avec son plombier britannique de la veille.
  • Un quarteron de joueurs emmenés par Messi et Mascherano qui auraient décidé de mettre Sampaoli de côté et de prendre toutes les décisions, transformant de fait le sélectionneur en encombrant à ramasser le 3e mardi du mois.

 

Tout ça rien que pour la journée de samedi. Autant dire qu’il y avait une certaine excitation parmi la meute de suiveurs avant le point presse programmé ce dimanche midi.

Le quart d’heure d’entraînement ouvert aux médias, d’abord. Sampaoli, sorti bien avant les joueurs, est impitoyablement scruté. A qui parle-t-il, ou plutôt à qui ne parle-t-il pas, puisque tout le monde est d’accord pour dire que la relation entre l’ancien coach de Séville et ses troupes est claudicante, pour le moins. Jorge se balade sous le cagnard russe pendant que les joueurs s’assoient dans les gradins pour attendre les copains. Toutes les conjectures sont alors possibles : va-t-il nous lire une lettre où il explique que les joueurs refusent de s’entraîner sous ses ordres, imagine notre esprit pervers ?

La bise de Sampaoli à Messi

Rien de tout ça, les joueurs s’avancent pour des petits rondos d’échauffement, et la bise furtive de Sampaoli à Messi pour l’anniversaire du prodige est célébrée comme si Roosevelt et Staline avaient signé le traité de Yalta sous nos yeux. Un répit de courte durée, cependant. On nous annonce en conf' le président de la Fédération argentine et Javier Mascherano, le meneur de la supposée mutinerie. Diantre, voilà qui promet.

On commence par le remontage de bretelles de Claudio Tapia, le président de l’AFA, qui se lance dans une leçon de patriotisme gênante à l’adresse de nos collègues argentins. En substance.

« Vous avez vu aujourd’hui que le staff a dirigé la séance, que le groupe s’est entraîné. C’est une claire démonstration que ce que beaucoup d’entre vous ont raconté sont des mensonges qui n’ont jamais existé. Vous êtes réellement le 4e pouvoir, et il y a différentes façons d’exercer un pouvoir. N’oubliez pas que vous êtes des communicants et votre tâche a parfois été dévoyée. Pendant longtemps, vous avez vécu grâce à ce groupe. Certains d’entre vous ont fait trois, quatre ou cinq Coupes du monde, c’est grâce à eux (les joueurs). Aujourd’hui, vous avez l’opportunité de montrer que vous êtes argentins, en disant la vérité. Je vous demande d’arrêter de vous battre pour savoir qui va jouer ou qui ne pas jouer, et de soutenir les joueurs pour les aider à obtenir qualification mardi prochain ».

En gros, tout le contraire de ce qu’il faut raconter à notre espèce pour la calmer. Heureusement, Mascherano est un type  un peu plus malin que son président. L’ancien défenseur du Barça prend une hauteur bienvenue : Oui, les joueurs ont eu une réunion avec le sélectionneur pour discuter des problèmes tactiques de l’équipe, non, ils n’ont pas demandé sa tête ni décidé d’exercer le pouvoir à sa place

« Depuis le temps que je suis en sélection, on m’accuse d’être celui qui va faire des reproches à tous les joueurs qui ont raté quelque chose. Alors une bêtise de plus ou de moins sur moi… Je ne sais pas pourquoi les gens pensent que cette génération dirige à la place du sélectionneur. J’en ai vu passer beaucoup depuis dix ans et aucun n’a jamais dit ça. La relation avec l’entraîneur est normale. Evidemment, quand on sent que chose ne va pas sur le terrain, on va lui dire, sinon ce serait hypocrite de notre part. Mais à la fin, les premiers responsables du résultat, bon ou mauvais, ce sont les joueurs. C’est à nous de prendre les bonnes décisions sur le terrain, l’entraîneur ne fait que nous donner les outils ».

Il semblerait donc que Sampaoli confonde la scie sauteuse avec le marteau. Mais à ce niveau d’urgence, le capitaine albiceleste veut faire passer l’idée qu’il n’y a plus que les joueurs pour trouver la solution. « On est conscients que la façon dont l’équipe s’est totalement disloquée lors de la dernière demi-heure contre la Croatie a donné une très mauvaise image de l’Argentine. Maintenant,l faut que tout le monde dise ce qu’il a à dire pour contribuer à inverser la situation et faire en sorte que les onze joueurs qui rentreront sur le terrain mardi aient le plus de certitudes possibles. On est la sélection vice-championne du monde en titre, il va falloir qu’on aille chercher ça en nous à un moment ».

Des nouvelles de notre traducteur russe, pour finir ? Il a remis la précieuse invitation à qui de droit. Enfin presque. « J’ai remis la lettre aux policiers qui font la sécurité en leur demandant de déposer l’invitation au pied de sa chambre. On ne sait jamais, il viendra peut-être ». Vu d’ici, c’est à peine plus improbable qu’une qualification contre le Nigeria mardi soir.