Coupe du monde 2026 : Derrière le remplacement de Lamouchi par Renard, une Tunisie qui navigue à vue
fiasco•Les Aigles de Carthage se sont séparés de leur sélectionneur Sabri Lamouchi après la lourde défaite contre la Suède. Hervé Renard débarque pour sauver les meubles, ou plutôt ce qu’il en resteWilliam Pereira
L'essentiel
- La Tunisie a limogé son sélectionneur Sabri Lamouchi en plein Mondial 2026 après une lourde défaite contre la Suède (1-5), une situation déjà vécue en 1998 avec Henryk Kasperczak qui avait subi le même sort après deux défaites en phase de groupes.
- Hervé Renard a été nommé nouveau sélectionneur et débarque à Monterrey avec son staff complet.
- Cette nomination interroge car le ministère tunisien des Sports s’était opposé en janvier à l’arrivée de Franck Haise en privilégiant les entraîneurs locaux, et révèle une crise plus profonde du football tunisien.
Certains diront qu’il s’agit d’une affaire de peu de détails. Qu’à cinq minutes près, la Tunisie ne concédait pas le but égalisateur du Mali en 8es de finale de la Coupe d'Afrique des Nations, qu’elle ne perdrait pas aux tirs au but une demi-heure plus tard et que le sélectionneur de l’époque, Sami Trabelsi, aurait accompagné les Aigles de Carthage en Amérique. Que, plus récemment, déjà sous Sabri Lamouchi et avec un peu plus de chance, la Tunisie tenait son déclic en match de préparation pour la Coupe du monde contre l’Autriche, une rencontre où les Tunisiens avaient asphyxié leur adversaire au point de toucher trois fois le poteau et provoquer l’expulsion de Konrad Laimer en première période, avant de s’incliner finalement 1-0.
Rien ne permet d’affirmer que dans cet univers parallèle, la lourde défaite infligée par la Suède (1-5) pour leur entrée en matière dans cette coupe du monde 2026 n’aurait pas existé. Mais Sabri Lamouchi aurait eu plus de chances de survivre à la bérézina avec une ou deux références en poche autres qu’une maigre victoire 1-0 contre Haïti et un dernier galop d’essai catastrophique contre la Belgique dont le score final (5-0) annonçait le désastre qui déboucherait sur l’éviction de Lamouchi en plein Mondial. Rocambolesque, la situation n’est pas tout à fait inédite dans l’histoire de la Coupe du monde, et encore moins dans celle de la Tunisie. Henryk Kasperczak avait subi le même sort que Sabri Lamouchi après deux défaites en phase de groupes en 1998.
Hervé Renard débarque avec son staff, Khazri reste
L’ancien international français avait bien essayé de réveiller ses joueurs en jouant la jouant dure en conférence de presse après la défaite contre les Diables Rouges (« on n’a tout simplement pas été à la hauteur. Il y avait une différence flagrante entre ces deux équipes »), mais, faute de résultat probant, avait fini par changer son fusil d’épaule après la Suède : « nous avons notre fierté. Nous devons réagir. Nous devons donner une meilleure image. »
La Fédération tunisienne de football a donc estimé que cette rédemption aurait plus de chances d’arriver avec Hervé Renard sur le banc de touche de l’équipe nationale. L’ancien sélectionneur du Maroc et de l’Arabie saoudite débarque à Monterrey avec l’analyste vidéo Nicolas Baudoin, le préparateur physique David Barriac et l’entraîneur des gardiens Gilles Fouache, conformément aux informations de L’Equipe. De l’ancien staff, seul Whabi Khazri semble avoir été épargné par le démantèlement express.
Le gouvernement tunisien s’était opposé à l’arrivée d’Haise en janvier
L’arrivée d’Hervé Renard interroge d’autant plus qu’elle est sous-jacente à un rétropédalage politique par rapport au début de l’année. A savoir qu’après le limogeage de Trabelsi, la Fédération tunisienne avait trouvé un accord de principe avec Franck Haise, dont la compétence n’est plus à démontrer, mais que le ministère tunisien des Sports s’y était opposé en disant vouloir privilégier les entraîneurs locaux. Plusieurs d’entre eux avaient par ailleurs refusé le job, comme Mehdi Nafti, lequel souhaitait débarquer avec un staff espagnol selon le DTN tunisien Zied Jaziri.
Si Renard, par son charisme et sa capacité à mobiliser, apparaît à l’instant T comme une idée séduisante, il convient de s’interroger sur la multitude d’erreurs ayant conduit à ce dernier recours et a fortiori sur la gouvernance du football tunisien. Autrefois grande référence du football africain, la Tunisie souffre de la comparaison avec ses voisins du nord du continent, et notamment du Maroc, en matière de formation et d’installations sportives. Le stade de Radès est le dernier homologué par la CAF pour les grandes compétitions et l’équipe résidente, la mythique Espérance de Tunis, porte sur ses épaules le football de club national également en perte de vitesse. Un exploit d’Hervé Renard à la Coupe du monde permettra au mieux de cacher la poussière sous le tapis, mais pas de résoudre la crise sportive dans sa globalité.


















