OL-OM: Ils les ont saoulés (souvent), conquis (parfois)... Comment Bruno Genesio et Rudi Garcia sont vus par les supporters

FOOTBALL Le choc des Olympiques, ce dimanche (21 heures), est aussi celui entre deux entraîneurs loin de faire l’unanimité dans leur camp…

Jean Saint-Marc et Jérémy Laugier

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"Pep" Genesio et l'entraîneur le plus ambitieux de France.
"Pep" Genesio et l'entraîneur le plus ambitieux de France. — Photos : AFP. Montage : 20 Minutes
  • A égalité avant le choc de la 18e journée, ce dimanche (21 heures), Lyonnais et Marseillais vont disputer un tournant dans la course à la deuxième place en Ligue 1.
  • Si la première partie de saison est plutôt encourageante au niveau des résultats, Bruno Genesio et Rudi Garcia gardent un crédit très fragile auprès des supporters de l’OL et de l’OM.

Depuis leur arrivée sur le banc de l’OL et de l’OM, Bruno Genesio et Rudi Garcia ont dû faire face à un scepticisme ambiant de la part des supporters. Avant le choc des Olympiques, qui pourrait déjà coûter cher dans la course à la deuxième place, ce dimanche (21 heures), 20 Minutes dresse un parallèle entre deux techniciens si souvent décriés. Dans le fond, n’auraient-ils pas réussi (au moins en partie) à retourner l’opinion publique ?

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Les fois où les supporters ont (vraiment) douté de Genesio et Garcia. A Lyon, même après quasiment deux ans en poste, les doutes entourent toujours cet ancien adjoint de Garde et Fournier, « seulement » entraîneur dans le monde amateur avant l’OL (entre National et CFA 2). Si les désillusions de la saison passée à Saint-Etienne (2-0) et à Amsterdam (4-1) ne sont pas encore digérées, les supporters retiennent « l’ensemble de son œuvre » 2016-2017, avec 20 défaites au total. « J’ai toujours pensé qu’il aurait fallu lui donner le challenge des six mois [en janvier 2016] en lui expliquant que le club cherchait un autre entraîneur pour la saison suivante, explique ainsi David, abonné de 42 ans. Je doute de sa capacité à faire grandir l’équipe. »

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« Les matchs étaient souvent insipides l’an passé, pointe Thierry, un habitué du virage sud. On pense d’abord à des problèmes physiques et aux joueurs. Mais quand on s’emmerde encore et encore devant les matchs, on se dit que ça vient finalement du coach. » « Il n’apporte ni maîtrise ni véritable projet de jeu à cette équipe, souligne Nicolas, un fidèle supporter. La saison passée, l’OL dépendait d’exploits individuels de Tolisso et de Lacazette. C’est toujours le cas maintenant avec Fekir et Mariano Diaz. »

Certains de ses choix exaspèrent les Lyonnais. Par exemple :

  • La confiance « unlimited » accordée à Ghezzal (parti libre à Monaco cet été), Cornet ou Diakhaby a « rendu fou » Nicolas, « surtout si on compare leur temps de jeu à celui de Darder ou Mammana, deux des rares joueurs techniques que Genesio a eu tort de laisser partir au mercato ».
  • La gestion de Fekir la saison passée, même s'il n'était pas au top à ce moment-là… Mais « s’entêter à le mettre à droite plutôt qu’en numéro 10 et ne pas tout faire pour le remettre d’aplomb, c’était frustrant », se souvient Hugo.

Garcia en galère face aux gros ?

A l’image du projet McCourt, Rudi Garcia a suscité autant d’espoirs que d’inquiétudes à Marseille. Un match nul d’entrée face au PSG en octobre 2016 (0-0), puis une petite série de bons résultats, avant des effondrements face à Monaco, Lyon et surtout Paris ( 1-5), au Vélodrome… « Les premiers mois ont été mitigés, euphémise Thierry, Marseillais installé virage nord. On s’est dit que ça allait être comme avec la Roma et qu’il allait être incapable de gagner face aux grandes équipes. »

« Il a montré tout au long de sa carrière d’énormes limites dans les grands matchs, mais aussi en termes d’approche, il manque d’ambition, assure Laurent. Et quand l’OM ouvre le score, on recule et on devient attentiste. C’est indigne d’un club comme Marseille ! »

L’humiliation à Monaco (6-1), le 27 août, aggrave ce sentiment. « En plus, on s’était renforcé au mercato », note Antoine. « L’enchaînement Monaco-Rennes m’a vraiment fait douter, se souvient Sylvain, supporter depuis Förster. Surtout cette fessée à domicile face à Rennes (1-3), un match idéal pour se relancer, et on est catastrophique. J’avoue avoir pensé qu’on repartait pour une saison galère… La suite m’a prouvé que j’avais tort ! » Sylvain, lui, n’a pas changé d’avis : « Cette série prouve justement qu’il est avant tout dans la recherche de non-défaite, ce qui lui permet de protéger son image et son énorme ego. Mais qui était fier après les matchs à Montpellier, Bordeaux ou Strasbourg ? »

Les fois où Genesio et Garcia les ont retournés. Difficile de ne pas louer la qualité de jeu affichée pour les débuts sur le banc de Bruno Genesio, entre janvier et mai 2016, avec des succès de prestige contre le PSG (2-1) et Monaco (6-1) pour boucler une folle remontada vers la deuxième place. « Je ne m’explique toujours pas cette période, sourit Hugo. C’était peut-être l’euphorie de l’inauguration du Parc OL. Mais Ghezzal, Cornet et Mapou ont par exemple été en feu durant cinq mois. »

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« L’aventure en Ligue Europa [demi-finale l’an dernier] était l’arbre qui cachait la forêt, indique Thierry. Mais c’est sûr qu’on voyait au Parc OL une équipe plus conquérante qu’en Ligue 1 et qu’on ne pouvait pas critiquer le coach. » Concernant cette première partie de saison lyonnaise réussie (2e en L1 et une qualification pour les 16es de Ligue Europa), Hugo reconnaît qu'« il m’a fait mentir en faisant comprendre aux trois solistes de devant, Diaz, Depay et Traoré, qu’il fallait jouer collectivement ».

Le plus beau, c’est le Classico

C’est assez rare pour être signalé : le 22 octobre dernier, les Marseillais sont allés au Vélodrome avec la peur au ventre. Le souvenir des corrections de l’année passée, un sale match le week-end précédent à Strasbourg (3-3). Même les plus chauds des ultras nous confiaient alors leur peur « de prendre une pilule. » Verdict ? Face au PSG, l’OM obtient un nul au goût de victoire ( 2-2). Le lendemain, dans sa minute (qui en dure 7), René Malleville résume pas mal le sentiment général :

Ce matin, j’ai qu’un mot à dire : bravo. Vous nous avez rendus fiers ! Y avait longtemps que je n’avais pas vu mon club mettre les couilles sur le gazon et tenir tête au PSG. […] Pour moi, c’est une victoire ce match.

« On se demandait si Rudi Garcia était capable de motiver ses joueurs avant les gros matchs, se souvient Thierry. Il nous a prouvé que oui : ils avaient la rage ! »

Les fois où Genesio et Garcia les ont surpris. Si son bilan global ne convainc guère les supporters, Bruno Genesio a réussi quelques jolis coups depuis le début de cette saison. A commencer par cette décision inattendue de promouvoir Nabil Fekir capitaine. « C’est le seul choix fort et payant que je lui reconnais », concède Nicolas. D’autres suiveurs de l’OL louent également « la gestion du cas Memphis Depay ». « Il l’a écarté du groupe [contre Dijon], mis sur le banc avant un retour en forme. Il a même su le pousser à défendre… un peu », sourit David.

« Le voir capable de se passer d’un Memphis pour promouvoir Houssem Aouar, un jeune du centre de formation, je dis chapeau car je n’avais rien vu venir », complète Thierry. « Pour lui l’adepte du giga frileux double pivot Gonalons-Tousart l’an dernier, c’était plutôt une bonne surprise » de le voir titulariser le si technique Aouar à Everton, apprécie Hugo.

L’étonnante remise en question de Garcia après Rennes

Ils le pensaient agrippé à son 4-3-3 comme Gourcuff à son 4-4-2. « Franchement, quand Rudi Garcia est passé en 4-2-3-1, j'ai dit “alléluia” », s’enflamme Thierry. Il a bien fait : l’OM vient d’enchaîner 12 matchs sans défaite en Ligue 1.

Laurent, qui avait assassiné dans un post de blog les « inquiétantes limites tactiques » de Rudi Garcia, reconnaît que l’équipe tourne mieux. Sans s’emballer, tout de même :

C’est vrai, l’OM est meilleur, a plus de maîtrise avec ce système : notre meilleur joueur, Luiz Gustavo, est au cœur du jeu, et on a le 10 plus proche du 9, donc plus de présence devant ! Après, c’est le dispositif le plus utilisé en Europe. L’avoir essayé et adopté ne me semble pas relever de l’exploit ! Et on ne fait pas non plus que des beaux matchs.

Rudi Garcia a aussi abandonné deux ou trois certitudes quant à la compo de l’équipe : out Maxime Lopez, Dimitri Payet parfois renvoyé sur un côté (et même sorti à la mi-temps, à Bordeaux). Sylvain ajoute au crédit du coach olympien « sa gestion de l’effectif » dans l’enchaînement des matchs : « Il relance peu à peu Lopez et gère bien le duo, plutôt décevant, d’avant-centres ».

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Les fois où la com' de Genesio et de Garcia les a soûlés. Ce n’est certes pas le point qui perturbe le plus les supporters. Mais en regrettant avec ironie de « ne pas s’appeler Ramirez ou Sanchez » ou en refusant de répondre à des questions d’ordre tactique et sur des individualités, Bruno Genesio a livré quelques sorties médiatiques mal maîtrisées la saison passée. « Voir son président marteler qu’il est un grand coach et l’homme de la situation l’a peut-être conduit à une forme d’egotrip », suggère Hugo.

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Rudi Garcia, l’entraîneur le plus ambitieux de L1

C’est souvent l’arbitrage, plus rarement la pelouse, parfois le contexte. « Les conférences de presse de Rudi Garcia sont une succession de complaintes, d’excuses avancées sur tout et n’importe quoi », s’énerve Sylvain, abonné en Ganay. La frilosité de l’ancien entraîneur lillois agace beaucoup les Marseillais : « Il n’ose même pas dire qu’on vise le podium, alors qu’évidemment c’est le minimum. » « Quand il pavane après un 1-0, j'ai envie de jeter un truc à travers mon écran de télé », illustre Antoine.

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Rudi Garcia a eu le malheur, un jour en interview, de dire qu’il était « l’entraîneur le plus ambitieux de France ». C’est depuis un mème, sur Twitter, surtout pour commenter un changement du style Thauvin > Anguissa, à la 78e, à 1-1.

« Franchement, s’il nous refait le coup de démarrer à cinq défenseurs à Lyon où qu’il fait ce genre de changement, je ne lui pardonnerai pas, assure Thierry. Les Lyonnais, il faut les écraser, point barre ! »