Coupe de France: Julien Stéphan, l’homme qui a réveillé le Stade Rennais

FOOTBALL Avant la finale face au PSG, le Breton de 38 ans est déjà considéré comme l'une des révélations de la saison parmi les entraîneurs français

Manuel Pavard

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Depuis son arrivée à la tête du Stade Rennais, Julien Stéphan séduit à la fois par son calme et sa capacité à transcender ses joueurs.
Depuis son arrivée à la tête du Stade Rennais, Julien Stéphan séduit à la fois par son calme et sa capacité à transcender ses joueurs. — Jed Leicester / BPI / REX / SIPA
  • L'un des principaux atouts du Stade Rennais face au PSG ce samedi, en finale de Coupe de France, se trouvera sur le banc avec Julien Stéphan.
  • Le fils de Guy Stéphan a été nommé entraîneur des Rouge et Noir en décembre dernier, après plusieurs années à coacher des équipes de jeunes.
  • Depuis son arrivée, Julien Stéphan s'affirme comme l'un des entraîneurs français les plus prometteurs du moment.

Lorsqu’il a pris les rênes du Stade Rennais, début décembre, en remplacement de Sabri Lamouchi, beaucoup le connaissaient seulement comme le fils de Guy Stéphan, l’adjoint de Didier Deschamps chez les Bleus. Il n’aura pourtant fallu que quelques semaines à Julien Stéphan pour se faire un prénom. En ramenant les Rouge et Noir dans le premier tiers du classement à la fin de l’hiver, et surtout en guidant son équipe vers une qualification historique pour les 8e de finale de Ligue Europa, le nouvel entraîneur breton a vite insufflé un vent de fraîcheur dans le football français.

Longtemps ignoré ou raillé pour sa lose légendaire, le Stade Rennais s’attirait subitement la bienveillance du milieu… Le tout avec un jeune coach de 38 ans proposant un football audacieux, plutôt tourné vers la possession tout en conservant une certaine flexibilité tactique. Il n’en fallait pas plus pour déclencher une hype Julien Stéphan, érigé en symbole du renouveau rennais par de nombreux médias et fans de ballon rond. Si depuis, le soufflé est légèrement retombé, la faute aux derniers résultats en dents de scie des Bretons, le natif de Rennes reste souvent considéré comme la révélation française à son poste, cette saison.

« Une confirmation plus qu'une révélation »

Ceux qui l'ont côtoyé au cours de ses expériences précédentes, à la tête des U17 du FC Lorient puis des U19 et de la réserve du Stade Rennais, ne sont pas du tout surpris. « Pour moi, c’est une confirmation plus qu’une révélation », estime Rolland Courbis, qui salue « la très bonne idée d'Olivier Letang » (le président du Stade Rennais). « C’est un jeune coach qui a déjà une dizaine d’années d’expérience, ajoute-t-il. Entraîner une équipe réserve d’un club de Ligue 1, c’est loin d’être simple. »

L’actuel conseiller sportif du SM Caen se rappelle avoir « voulu récupérer Julien Stéphan comme adjoint » lors de sa venue à Rennes, en 2016. « Mais ce n’était pas possible car il entraînait alors l’équipe réserve qui était mal barrée, poursuit-il. Il m’a quand même beaucoup aidé pour identifier les qualités et défauts des joueurs. »

Réputé pour sa faculté à galvaniser ses joueurs

Connu pour avoir contribué à l’éclosion de certains grands espoirs de la formation rennaise comme Ousmane Dembélé ou Joris Gnagnon, Julien Stéphan séduit partout où il passe par ses qualités professionnelles et humaines. Calme, posé, réfléchi, présentant bien, mais également bon communicant, charismatique, proche de ses joueurs et réputé pour sa faculté à galvaniser ses joueurs. Benjamin Bourigeaud y faisait d’ailleurs référence dans une interview à L’Equipe, le 13 mars dernier. « À chaque causerie, il a cette personnalité qui fait qu’il te donne envie de jouer, de te surpasser », apprécie le milieu rennais.

Pour Rio Mavuba, consultant sur RMC Sport, « l’arrivée de Julien Stéphan a fait du bien au Stade Rennais car il a réussi à faire passer son message aux joueurs, même s’il ne faut pas occulter l’apport de Lamouchi auparavant ». « Je crois que c’est un entraîneur qui, avec sa manière d’aborder les choses, a pu tirer la quintessence de son groupe », ajoute l’ancien milieu du Losc. Chez les supporters de clubs rivaux, la cote de sympathie de Julien Stéphan n’est pas non plus négligeable. « Il apporte de la nouveauté en Ligue 1 où on a longtemps été habitué à voir tourner les éternels Dupraz, Lacombe, Antonetti ou Girard de club en club », affirme ainsi Sandro, supporter monégasque.

« Soyons mesurés avant d’en faire le "Guardiola Breton" »

Ce dernier est bien placé pour juger, Julien Stéphan ayant un temps été pressenti pour devenir l’adjoint de Thierry Henry à Monaco – avant sa nomination à la tête des Rouge et Noir. Sandro a-t-il des regrets aujourd’hui ? « Les contextes sont différents et de toute façon, ça n’aurait pas été pour être coach principal donc impossible de dire si Henry aurait fait mieux avec lui, juge-t-il. Et puis, soyons un peu mesurés avant d’en faire le "Guardiola Breton", Rennes a aussi sorti quelques matchs pourris avec lui. »

Le fan de l'ASM rappelle d'ailleurs que « d'autres entraîneurs de Ligue 1 se sont vraiment révélés cette saison », sans bénéficier pour autant de la même reconnaissance médiatique que leur confrère. On songe par exemple à David Guion à Reims, Thierry Laurey à Strasbourg ou encore Bernard Blaquart à Nîmes. Selon Sandro, l'aura particulière dont jouit Julien Stéphan tiendrait à deux éléments : « sa jeunesse [il est plus jeune que des joueurs comme Vitorino Hilton ou Gianluigi Buffon] et le parcours européen du Stade Rennais qui l'ont forcément mis plus en avant que les autres ».

Sur les traces de l'emblématique Jean Prouff

Désormais préparateur mental, Denis Troch tient aussi à relativiser cet engouement, même s’il « ne minimise pas les bienfaits du coach » rennais, qu’il « connaît bien ». « Il n’aurait pas pu impulser cette nouvelle dynamique tout seul, ça voudrait dire que c’est un gourou », explique l’ancien adjoint d'Artur Jorge.

Quoi qu’il en soit, Julien Stéphan aura ce samedi l’occasion de devenir le deuxième entraîneur rennais de l’histoire à soulever un trophée, 48 ans après l’emblématique Jean Prouff, vainqueur des Coupes de France 1965 et 1971. Et s’il parvient à renverser le PSG en finale, il égalera tous les gourous du monde.