Coupe de France: Mental, sérénité, force de caractère… De loser à winner, le Stade Rennais poursuit sa mue

FOOTBALL Vainqueur 3-2 à Lyon, Rennes a déjoué les éléments contraires pour rejoindre la finale de la Coupe de France

Manuel Pavard

— 

Les Rennais célèbrent leur victoire au Parc OL, mardi 2 avril 2019.
Les Rennais célèbrent leur victoire au Parc OL, mardi 2 avril 2019. — JEFF PACHOUD / AFP
  • Rennes s'est qualifié pour la finale de la Coupe de France en s'imposant à Lyon (3-2) mardi soir.
  • Malgré des éléments contraires, le Stade Rennais a impressionné par sa force de caractère.
  • Le scénario de ce match confirme la profonde transformation entreprise par le club depuis quelques mois.

Lorsque Benoît Bastien a accordé aux Lyonnais, à la 75e minute, un penalty très généreux converti par Dembélé, les supporters rennais ont vu ressurgir les vieux démons du passé. Des deux finales de Coupe de France perdues contre Guingamp au but assassin de Fauvergue privant les Bretons de Ligue des champions en 2007, l’histoire récente du Stade Rennais est en effet jalonnée de ces déceptions et occasions manquées.

Tous les éléments contraires étaient en outre réunis, mardi soir, au Groupama Stadium : un match à l’extérieur, un arbitrage défavorable, deux égalisations lyonnaises successives, un possible avantage psychologique pour l’OL, vainqueur au Roazhon Park quatre jours plus tôt en championnat, et même une énorme balle de 3-1 ratée par Niang.

Galvanisés par ces coups du sort

Les saisons passées et même il y a quelques mois, les Rouge et Noir se seraient peut-être écroulés, laissant de nouveau filer un match à leur portée. Le 2 décembre dernier, au sortir d’une lourde défaite 4-1 face à Strasbourg qui sera fatale à Lamouchi, Rennes avait ainsi déjà perdu 20 points après avoir ouvert le score, plus que toute autre équipe de L1 depuis le début de saison.

Mais ça, c’était avant. Car ce Stade Rennais cuvée 2019 semble décidé à rompre définitivement avec sa lose légendaire. À deux reprises, l’OL est revenu dans la partie, un peu contre le cours du jeu. Pourtant, dans les deux cas, les Bretons ont paru galvanisés par ces coups du sort, reprenant à chaque fois l’avantage moins de 10 minutes après l’égalisation des hommes de Genesio. Comme si rien ne pouvait leur arriver. Julien Stéphan ne s’y est pas trompé, vantant ainsi « un match référence, dans un contexte particulier, avec des éléments contraires ».

« Un parcours européen fait grandir un club »

« Cette équipe a pris de la maturité, de la consistance », a ajouté l’entraîneur rennais, rappelant que ses joueurs avaient « accumulé énormément d’expérience ces derniers mois avec les doubles confrontations contre le Betis et Arsenal », dont il s’est d’ailleurs « servi dans [sa] causerie ». « Un parcours européen fait grandir un club et des joueurs », confirme Rio Mavuba, consultant pour RMC Sport sur les derniers matchs de Ligue Europa des Bretons. L’épopée en C3 a « donné de la confiance aux joueurs et a permis de révéler des mecs comme Hunou », souligne l’ancien Lillois.

Rio Mavuba estime également que « Rennes a franchi un palier en recrutant Grenier, qui a équilibré le milieu de terrain, et en tentant des paris comme Ben Arfa ou Niang qu’il fallait oser ». Selon lui, c’est un « contexte global » qui a transformé le Stade Rennais : aux éléments précités s’ajoutent « l’engouement des supporters, que toute la France a découvert, et bien sûr l’apport de Stéphan qui a su faire passer son message aux joueurs ».

« Une prise de conscience collective »

Il serait d’ailleurs tentant de faire de Julien Stéphan l’homme providentiel du Stade Rennais. Son bilan parle pour lui, avec ses 14 matchs consécutifs sans défaite au Roazhon Park - avant son premier revers vendredi dernier contre l’OL. Difficile de nier le déclic lié au changement d’entraîneur. Néanmoins, Denis Troch, aujourd’hui préparateur mental, préfère relativiser : « Pour impulser une dynamique et changer des croyances ancrées [comme l’image de loser du SRFC], il faut une prise de conscience collective de l’ensemble du club. » « Je ne minimise pas les bienfaits du coach, que je connais bien, précise l’ancien entraîneur moustachu. Mais seul, c’est impossible, ça voudrait dire que c’est un gourou. »

Pour Denis Troch, « les joueurs doivent aller chercher des choses qu’ils ont déjà en eux : ils savent gagner, renverser un score, jouer sans pression… Ils doivent juste prendre conscience que ce qui a déjà été réalisé peut être de nouveau réalisable. » Les Rouge et Noir semblent en tout cas sur le bon chemin, d’après Rio Mavuba : « Ils ont enfin réussi à décrocher leur étiquette de loser. Même contre Paris en finale, ils y croiront vraiment ! »