Coupe de France: Blessures, tensions, décompression... Le PSG a-t-il vraiment avancé cette saison?

FOOTBALL Le club parisien, qui retrouve des forces vives pour la finale face à Rennes, interroge par sa gestion de l'effectif et la stratégie à venir

Antoine Huot

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Les hommes forts du PSG.
Les hommes forts du PSG. — AFP et SIPA / Montage 20 Minutes

«Il faut monter le niveau du foot français.» On l’avait presque oublié. Oui, Nasser al-Khelaïfi a encore de la voix. Lors de la déroute du PSG à Lille (5-1), le président du club parisien, dans une séquence captée par l’émission J+1 de Canal+, a fait quelques remontrances à l’arbitre du match ; Benoît Bastien. Rien de très marquant, direz-vous. Certes, mais, absent des tribunes lors du possible match du titre face à Strasbourg au Parc, Al-Khelaïfi a le verbe de plus en plus rare.

La dernière fois qu’on l’avait entendu, c’était après l’élimination en Ligue des champions face à Manchester United, le 7 mars. Pour dire que, comme tout le monde, il «ne comprenait pas» ce qui avait pu se passer. Depuis, plus rien, ou presque. Remarquez, c’est pareil chez les joueurs. Ça n’a jamais été Byzance en zone mixte après les matchs, mais depuis MU, on frôle le foutage de gueule. Le seul Colin Dagba - du haut de ses dix matchs en L1 - après le Classique contre l’OM, Choupo et Paredes en coup de vent après Strasbourg, Areola et Marquinhos en marche arrière pour commenter le titre après Monaco… et encore, c’était toujours mieux qu’à Nantes, quatre jours plus tôt.

On ne sait pas si c'est de leur fait ou une consigne de la direction. Si c’est de la défiance envers les médias et le monde extérieur de manière générale, exposée au grand jour par l’interdiction à L’Equipe d’entrer au Camp des Loges, fin 2018, ou un mal-être général. Quoi qu’il en soit, la finale de la Coupe de France, samedi face à Rennes, pourrait faire encore plus de mal.

«C’est une saison en demi-teinte, avec cette tache en Ligue des champions, lâche Alain Roche, ancien défenseur et ancien membre de la cellule de recrutement du PSG. S’ils ne remportent pas la Coupe de France samedi, on pourra même dire que c’est une mauvaise saison. Ça serait la première fois depuis l’ère qatarie qu’ils ne remportent qu’un titre sur une saison.»

Conflit Tuchel-Henrique

Cela suffirait dans n’importe quel autre club de Ligue 1, mais pas à Paris, évidemment. L’arrivée de Thomas Tuchel l’été dernier devait permettre au PSG d’atteindre le dernier carré de la Ligue des champions. Il ne s’en est même pas approché, et comme après chaque échec, des conflits internes affleurent. A commencer par celui entre l’entraîneur allemand et le directeur sportif Antero Henrique.

Tuchel reproche au Portugais de ne pas lui avoir livré les joueurs qu’il souhaitait, notamment au milieu de terrain, lors des deux mercatos, tout en le privant de Rabiot depuis janvier parce qu'il avait refusé de prolonger. Avec une direction sportive et un staff qui se font la guéguerre, le prochain mercato, cet été, pourrait encore en pâtir: «Qu’il n’y ait pas d’entente, ça a forcément un impact au niveau des transferts, explique l’agent de joueurs Pascal Elbaz. Avant un transfert, on rencontre le directeur sportif, mais on veut aussi avoir l’entraîneur pour voir si tout le monde est raccord et que notre joueur est vraiment désiré. Si tous les composants du club ne sont pas favorables à l’arrivée d’un joueur, on le fait pas signer. Il y a sûrement une question d’ego et de fierté de chaque côté. Antero Henrique a ses réseaux de confiance et, forcément, il traitera avec eux, mais il faut qu’ils agissent en bonne intelligence et travaillent ensemble pour le bien du club.»

Confronté à quelques soucis entre Deschamps et Anigo à l’OM lorsqu’il était président, de 2009 à 2011, Jean-Claude Dassier estime que «la situation n’est pas du tout comparable avec le PSG. Mais à Marseille, ça se réglait dans mon bureau, chacun prenait ses responsabilités. Je veillais à ce que chacun respecte l’autre. Mais faire de l’interventionnisme démesuré, comme l’a fait mon successeur [Vincent Labrune], ça se finit toujours très mal.»

Pour Nasser Al-Khelaïfi, pas question de se mêler directement du sportif. Tuchel et Henrique devront cohabiter. Après le match contre Monaco, le week-end dernier, le coach allemand a commencé à avancer ses pions pour l’été prochain. «Ce n'est pas nécessaire de changer beaucoup de postes pour que les joueurs aient plus d'automatismes, a-t-il lancé. C'est nécessaire qu'on ait un groupe capable de jouer avec de l'intensité tous les trois jours. Et pour ça, il faut avoir plus de joueurs fiables à un niveau absolument top pour combattre, pour être prêt à chaque défi.»

Derrière cette phrase, l’ancien du Borussia Dortmund pointe aussi les nombreuses blessures qui ont touché les joueurs parisiens (Cavani, Neymar, Silva, Di Maria, Draxler…) cette saison. Au total, ils ont manqué 119 matchs sur blessure, toutes compétitions confondues, a calculé L’Equipe. La faute à pas de chance ? Pas vraiment. «Avoir autant de blessures, qui ne sont pas dues à des chocs avec des adversaires, ça vient soit d’un problème médical, soit d’un problème de préparation physique, soit d’un problème d’hygiène de vie», assure Jean-Marc Pilorget, ancien joueur du PSG entre 1975 et 1989.

«Un problème dans la préparation invisible des joueurs»

Avec notre bac ES (RIP avec la réforme Blanquer), on laissera à Nicolas Dyon, préparateur physique passé par le Stade Rennais et Nice et aujourd’hui à Lugano, le soin d’analyser cette cascade de blessure:

«C’est un problème de calendrier, plus la saison avance, moins ils s’entraînent. Avec la répétition des matchs, il est difficile de placer des séances de renforcement musculaire ou d’explosivité. Après, il y a aussi sûrement un problème dans la préparation invisible des joueurs, que ce soit dans le sommeil, les soins, l’alimentation, l’hydratation. Plus vous montez de niveau, plus c’est important, et là, il y a peut-être des failles. Le staff de Tuchel, un des plus étoffés avec des gens très compétents, doit aussi se heurter aux coachs persos, sur qui ils n’ont pas la mainmise. C’est un gros problème, le travail additionnel fourni par les coachs persos n’entre souvent pas dans le programme concocté par les staffs. Il faudrait réguler ça.»

L’institution au cœur du projet

Cela semble pourtant en cours, hormis pour Neymar, dont le traitement spécial vaut aussi au niveau médical - son préparateur physique Ricardo Rosa et son physio Rafael Martini sont venus avec lui à Paris. De manière générale, on sent chez Tuchel la volonté de faire émerger une «entité PSG» forte. Un travail auquel doit s’associer Nasser Al-Khelaïfi. «Il n’y a pas de sentiment dans le foot, affirme Alain Roche. Il faut surtout que le club soit au-dessus des joueurs, du staff, de la direction. Et ça, ça fait déjà quelque temps que ce n’est pas toujours respecté à Paris. Et le principal responsable, c’est le président.»

A ce titre, la prolongation annoncée (mais pas encore officialisée) de l’entraîneur jusqu’en 2021 malgré le crash face à MU peut être perçu comme un bon signe. «Le plus important, c’est la stabilité de l’institution et la confiance des dirigeants dans le projet qui est porté par l’entraîneur», nous disait un confrère catalan à l’occasion d’un précédent article sur le PSG. Il prenait en exemple le Barça, et la patience qu’il avait fallu aux dirigeants avant d’en faire une équipe qui gagne des coupes d’Europe.

L’importance de Neymar et Mbappé

Le président parisien peut également être confiant sur la stabilité de son effectif. En tout cas chez ses cracks, malgré la grande offensive à venir du Real Madrid sur tout ce qui brille en Europe. Neymar et Mbappé ont récemment déclaré qu’ils souhaitaient rester, en s’inscrivant dans ce fameux projet. «Tant mieux pour le Real s’ils ont Zizou, je regarderai les matchs en tant qu'admirateur», a tenu à rassurer Kyky après le titre acquis dimanche dernier.

Ouf, Paris respire. «Ça a été comme un grand verre d’eau froide pour les supporters du Real Madrid, qui rêvaient d’avoir l’attaquant français, indique Edu Herrero, journaliste à As. Plus la saison du Real empirait, plus les gens avaient l’espoir que Florentino Pérez [le président du Real] allait faire une folie pour lui. Mais, aujourd’hui, ça paraît impossible. Quant à Neymar, il fait rêver de moins en moins, que ce soit Pérez ou le madridisme. Je ne vois aucune possibilité.» Tant mieux pour les Parisiens, qui tiennent là, quand même, l’embryon de quelque chose qu’ils imaginent très grand.