Ligue des champions: Entre poisse et couacs en interne, le PSG va-t-il devenir un jour un grand club européen?

FOOTBALL Les Parisiens ont tendance à ne jamais aborder les matchs les plus importants de la saison dans les meilleures conditions...

Nicolas Camus (avec J.L.)

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Le PSG est affaibli avant de rencontrer Manchester United en 8e de finale de la Ligue des champions, le 12 février 2019.
Le PSG est affaibli avant de rencontrer Manchester United en 8e de finale de la Ligue des champions, le 12 février 2019. — Montage / SIPA
  • Le PSG affronte Manchester United en 8e de finale aller de la Ligue des champions, mardi, à Old Trafford.
  • Entre les blessures de Neymar et Cavani, le cas Rabiot et le mercato pas totalement satisfaisant, le club parisien se trouve affaibli au pire des moments.
  • Ce n'est pas la première fois, et cela pose question quant à la capacité du PSG à devenir un grand club européen.

Ce bon Javier Tebas n’en rate pas une. Le président de la Ligue espagnole, jamais aussi inspiré que quand il faut casser les pieds du PSG depuis le transfert de Neymar, a tenté d'empêcher la nomination, en fin de semaine dernière, de Nasser Al-Khelaïfi au sein du comité exécutif de l’UEFA. Son argumentation sur « la violation de toutes les règles de bonne gouvernance » à cause de la double casquette de Nasser, président de club et de la chaîne beIN Sports, ont suscité une indifférence polie. Mais peu importe. Comme pour tonton René et son discours sur les « Gilets jaunes » au repas de Noël, l’important était de marquer le coup.

Un chef-d’œuvre à l’envers

Ce petit hic dans cette grande avancée sur le poids politique du club parisien dans les instances continentales illustre bien le fait que rien ne sera facile pour le PSG dans son ascension vers le statut de grand club européen auquel il aspire. C’est de bonne guerre. Mais de toute façon, avant de regarder ce qu’il se dit à l’extérieur, les Parisiens vont devoir en passer par une introspection pour ne pas se perdre en chemin.

Vu de notre fenêtre, l’état dans lequel se trouve le PSG à la veille du très attendu 8e de finale aller de la Ligue des champions face à Manchester United est à peine croyable. Une sorte de chef-d’œuvre à l’envers, subtil alliage de poisse et d'accrocs en interne. Neymar et Cavani sont blessés, Rabiot à la cave, le mercato a été une longue souffrance à peine soulagée le 29 janvier par l’achat d’un milieu de terrain ne correspondant pas tout à fait au profil prioritaire, le tout relevé par un conflit larvé entre Antero Henrique et Thomas Tuchel, numéros 3 et 4 du club. Les années d’avant, c’était la blessure du Brésilien, déjà, mais aussi Lucas « dégoûté » de la manière dont il avait été traité, Emery qui ne sait pas quand Cavani revient de vacances ou le Periscope de Serge Aurier

« Un grand club, c’est de la sérénité, à tous les niveaux et à chaque instant. Tu ne surjoues pas l’émotion. Plus les matchs sont importants, moins tu vas dans la charge émotionnelle. Il faut être tranquille. » Voilà où Bixente Lizarazu situait la marge de progression du PSG l’an dernier, après l’élimination face au Real Madrid. Difficile de dire que l’expérience a payé. Il y a de la malchance avec les blessés, certes, mais le reste est entre les mains des dirigeants.

« Chaque année, la première partie de saison se passe bien, et puis c’est plus difficile à partir de la reprise, alors que ça coïncide avec les grands rendez-vous. On doit manquer de maturité, encore, estime Anwar, membre du Collectif Ultras Paris (CUP). Au fond, on ne doit pas encore être prêt à aller plus loin dans l’aventure européenne. C’est frustrant parce que ça fait un moment que ça dure. »

«Ancelotti, Blanc, Emery, Tuchel, ça fait beaucoup de noms en peu de temps»

Cette propension à se mettre des bâtons dans les roues seuls comme des grands n’est pas très bonne pour l’image. Un grand club se doit de dégager une impression de puissance, que rien ne peut ébranler. Marcos Lopez, journaliste pour El Periodico de Catalunya, a vu grandir le Barça. Il en a retenu une leçon principale : « Le plus important, c’est la stabilité de l’institution et la confiance des dirigeants dans le projet qui est porté par l’entraîneur, explique-t-il. Ancelotti, Blanc, Emery, Tuchel, ça fait beaucoup de noms en peu de temps. Tuchel est un entraîneur de grand talent, il doit être rassuré sur son sort même si le PSG est éliminé par Manchester ou ne dépasse pas les quarts. Les joueurs sentent quand l’entraîneur est en position de faiblesse. Peut-être que c’est un peu trop l’impression qui se dégage dans le vestiaire du PSG. »

Evidemment, cela n’a rien d’irrémédiable. Il faut aussi remettre les choses dans leur contexte. Le PSG n’a pas encore fêté ses 50 ans, quand les plus grands clubs espagnols, anglais, italiens et allemands sont largement centenaires. Notre confrère espagnol reprend: 

C’est un processus qui prend du temps. Le Barça a attendu 1992 pour gagner sa première C1 alors que c’était un club qui avait déjà construit son histoire, à la différence du PSG. Et pourtant il gagnait des championnats, des Coupes nationales, et il avait aussi des grands joueurs. Maradona et Schuster y jouaient ensemble à l’époque, comme Neymar et Mbappé aujourd’hui. Pourtant cette équipe n’a laissé aucune trace en Europe, elle trouvait toujours des excuses dans la défaite. Un peu comme le PSG aujourd’hui. Il a fallu de la patience avant d’en faire un club qui marque une époque. »

 

Et puis Paris avance sur d’autres fronts. Au niveau business, par exemple, même si cela se voit moins que l’incapacité à gérer comme il se doit le cas Rabiot. « Le PSG a du retard, mais aussi une marge de progression plus grande, note Florian Brejon, analyste au sein de l’agence d’informations News Tank Football. Les dirigeants font les choses bien, par exemple les 100 millions d’euros annuels de recettes "match day" (la billetterie et le food&beverages, principalement), c’est colossal. Cela en fait le sixième club européen, alors que leur stade est presque deux fois plus petit que les autres (47.500 places). »

Aujourd’hui, les indicateurs pour accéder au label « grand club européen » sont multiples, du poids dans les instances au palmarès, du chiffre d’affaires au nombre de fans actifs sur les réseaux sociaux. Derrière les intouchables FC Barcelone et Real Madrid, la lutte est âpre avec le Bayern, la Juventus, les deux Manchester ou Liverpool, chacun disposant de ses points forts.

« La puissance du PSG est réelle mais elle n’existe que depuis 2011-2012. On n’a pas encore le recul nécessaire pour mesurer ça, rappelle Florian Brejon. On voudrait tout, tout de suite, mais ce n’est pas parce que le PSG a des moyens hors normes qu’ils vont gagner la Ligue des champions et régner sur l’Europe. Une victoire couronnerait quelque chose, mais il faudra une suite. »

Tous les soubresauts actuels et les manquements dans le management seraient donc comme des crises de croissance. « Si on gagne la Ligue des champions, ça aura valu le coup d’avoir connu ces difficultés, d’avoir pété des câbles, d’avoir eu des ascenseurs émotionnels comme celui contre le Barça », imagine Anwar. Qui garde plus que jamais espoir.