PSG-Manchester United: Après la remontada, le come-back... Mais quelle élimination est la plus humiliante?

FOOTBALL Difficile de ne pas penser à la remontada après l'élimination contre Manchester United

William Pereira

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Le jeu des 7 différences
Le jeu des 7 différences — AFP (montage 20 Minutes)

Au coup de sifflet final du désastre parisien, mercredi, il y avait comme des relents de remontada. Le même mal-être physique, la même frustration, les mêmes regrets, les mêmes mines déconfites, les mêmes joueurs affalés sur la pelouse. Après le match, on a vu Kylian Mbappé rester allongé dix bonnes minutes au niveau du coin supérieur droit de la surface de De Gea, entendu la voix cassée de Marquinhos en zone mixte et celle émue de Tuchel en conférence de presse. Morosité parisienne inversement proportionnelle à la joie mancunienne, elle-même proportionnelle à l’exploit réalisé par les Anglais au Parc. Comment le PSG a-t-il pu perdre contre, dira une consœur « l’équipe H de Man United » ?

A chaque fois que cette équipe croit enfin réussir à pousser son rocher au sommet de la colline des huitièmes, celui-ci finit par lui échapper et dégringoler. Parfois dans l’anonymat, comme l’an passé face au Real, mais le plus souvent avec style. A se demander si ce qu’on appelle déjà « the come-back » n’est pas encore pire que la remontada. Thomas Tuchel refuse de comparer les deux calamités (« Barcelone, c’était pas la même organisation ni le même contexte. Maintenant on va pas s’inventer des histoires pour se sentir mieux »), mais de notre côté on a allègrement cédé à la tentation pour pas tomber dans la déprime.

100 % de chances de passer

Encore une défaite pour les partisans du data-football. Les chiffres ne piffrent rien à ce sport. Comme avant le retour au Camp Nou en 2017, le PSG avait 100 % de chances de se qualifier après la victoire 2-0 à Old Trafford. A l’instar d’il y a deux ans, Paris a donc réussi à vaincre les mathématiques. Mais cette fois-ci, devant son public. Une nouvelle étape a été franchie. On a hâte de voir quelle sera la suivante.

Verdict : match nul.

L’adversaire était moins fort mercredi

« Les deux joueurs qui sont rentrés [Dalot et Chong] ont à peine le tiers de mon âge », souriait Solskjaer en conférence d’après-match. Ça en dit long sur la compo des diablotins à Paris. Dix joueurs à l’infirmerie, des mecs inconnus au bataillon sur la pelouse. Se faire poutrer par le duo Neymar-Messi, c’est quand même plus respectable que de se faire bouger par des minots au Parc (une tradition à Paris).

Verdict : avantage « come-back ».

Un scénario riche en rebondissements

Moins de buts en 2019 qu’en 2017 mais un dénominateur commun, l’ouverture du score toute moisie concédée par le Paris Saint-Germain. A chaque fois, c’est un Allemand qui choke. Kevin Trapp à Barcelone, Thilo Kehrer au Parc. Ça se joue à une minute, mais Lukaku (2e) fait un peu mieux que Suarez (3e). Pour le reste, le parallèle tient : Paris réagit et croit tenir la qualif jusqu’à se faire crucifier dans les arrêts de jeu. Tout pareil. Niveau dramaturgie, on s’est senti aussi bien servis en 2019 que sur la reprise de Sergi Roberto. Un grand merci à la VAR qui prouve à ses détracteurs qu’elle est capable de véhiculer des émotions intenses.

Verdict : léger avantage pour la « remontada ». Le « come-back » manquait d’un Paul Le Guen en cabine. Et puis un 6-1 c’est vachement plus violent qu’un 1-3.

Paris avait meilleure mine mercredi

L’inverse eut été étonnant pour les raisons évoquées précédemment (les joueurs de MU), mais le PSG peut cette fois se vanter d’avoir outrageusement dominé le match retour (12 tirs à 5, 73 % de possession contre 27 %). Ce que n’hésite pas à faire Tuchel, soit dit en passant.

C’est le même sentiment qu’en Coupe de la ligue, quand on a perdu contre Guingamp. Ils ont marqué trois buts sans occasions. Sans tir ils marquent trois buts. C’est fou. […] J’aurais été d’accord avec [les comparaisons] si on n’avait pas aussi bien réagi après le but. On a eu plein d’occasions, plein de passes décisives, on n’a pas su concrétiser. On n’a joué sans pression, on n’a pas été mis en danger. »

On peut pas en dire autant des troupes d’Emery, qui avaient pris un bouillon monumental en Catalogne et quasiment pas touché le ballon.

Verdict : avantage remontada (on rappelle que la médiocrité est ici à l’honneur)

Victoire aux points pour la remontada, donc, mais on est prêt à parier que cette défaite laissera des traces à Paris, ne serait-ce que parce qu’elle entérine un peu plus l’idée selon laquelle le PSG est présentement incapable de surmonter le stress des matchs à élimination directe en Ligue des champions (« le doute est rentré dans la tête des joueurs, je l’ai senti », s’est laissé aller Al-Khelaïfi en zone mixte). Une malédiction, un mythe, appelez-le comme bon vous semblera, qui était né à Barcelone.