Arsenal-SRFC: «La "lose" n'est pas éternelle!»... Le Stade Rennais Losers Club est mort, vive le Stade Rennais Football Club

FOOTBALL Avec leur épopée européenne, les Rennais ont mis fin à des années de poisse et de moqueries

Aymeric Le Gall

— 

Le Stade Rennais est devenu super sexy cette saison.
Le Stade Rennais est devenu super sexy cette saison. — Jean-Hervé Montage Foireux
  • Pendant très longtemps, le Stade Rennais s’est traîné une image de loser en France et a souvent été la cible de moqueries de la part des supporters adverses.
  • Mais l’épopée européenne des Bretons est en train de changer peu à peu cette image.
  • On a voulu savoir ce que ça faisait aux fans du Stade Rennais de ne plus être le symbole de la lose du foot français.

De notre envoyé spécial à Londres,

Cette saison, c’est tout le football français qui a l’impression d’avoir perdu un vieux pote, celui dont on se moquait un peu en soirée parce qu’il ramait avec les filles et qu’il lui arrivait toujours une tuile au moment de conclure. Mais aujourd’hui cet ami n’est plus. Plus sexy et sûr de lui que jamais, c’est lui l’attraction du village désormais. Après des années passées à s’être fait moquer, le Stade Rennais et ses supporters tiennent enfin leur revanche. Sur nous, beaucoup, sur eux-mêmes, un peu, sur le destin, enfin.

Et si on se posait encore la question d’une possible disparition de cette étiquette de perdant avant le match aller face au Betis, on n’en est plus là aujourd’hui. Car depuis, Rennes a fait rêver la France entière en sortant les Andalous au terme de deux matchs aux scénarios épiques.

Alors que le club breton s’apprête à jouer contre Arsenal, ce jeudi soir à l’Emirates (21 heures), une place en quart de finale de Ligue Europa, les fans des Rouge et Noir semblent avoir définitivement gagné le droit de ne plus être l’incarnation de la lose à la française. Alors les amis, heureux ?

« La lose n’est pas éternelle »

« Eh bien oui, ça fait plaisir, s’enthousiasme Mathieu, fidèle parmi les fidèles du SRFC. Après ça reste simplement une image. Un supporter, quel qu’il soit, même si son club a une certaine lose, il continuera de le soutenir que ce soit dans la victoire ou la défaite. Donc personnellement je reste assez détaché de ça. » De son côté, Gwennole, aka Wayne Rennais, l’un des membres actifs de la twittosphère rennaise, se la joue philosophe et épicurien : « La lose n’est pas éternelle. Il faut profiter de l’instant présent, savourer ce qui nous arrive. Une telle euphorie peut paraître pathétique aux yeux des supporters adverses, mais pour nous c’est la résultante d’une charge émotionnelle intense. D’une part parce que ce qui nous arrive actuellement est exceptionnel et quasi utopique mais aussi parce que l’on a connu énormément de désillusions par le passé. »

On ne va pas (encore) vous refaire le palmarès estampillé « perdant », mais c’est vrai que, question couleuvres avalées, les Bretons ont eu leur dose. Presque autant que de galettes-saucisses, c’est dire. Et c’est avec une certaine émotion et de petits pincements dans la voix que les meilleurs représentants de cette France qui perd avec panache, j’ai nommé la FFLose, nous parle de la fin d’une ère. Antoine est tiraillé, partagé entre un sentiment de fierté, de joie et de douce mélancolie : « On est comme des parents qui voient leurs ados quitter le cocon familial. Un peu triste mais surtout heureux pour eux, ils ont bien mérité leur liberté. »

Les fidèles récompensés

C’est peu de le dire. Car après tant d’années drapés de la cape de la honte ou de la poisse, les supporters rennais n’ont jamais abandonné le navire. « Certaines périodes ou saisons ont peut-être été longues mais je n’ai jamais perdu espoir, sinon autant abandonner tout de suite, explique Mathieu, qui se cache sous le compte Twitter « Fire Of La Vilaine ». Ces obstacles ont tendance à renforcer encore plus la passion, le supporter rennais a certainement une des plus fortes capacités de résilience dans le foot français ! Le supporter est amoureux de son club, et l’amour rend aveugle. » Alors aujourd’hui, les Bretons ont bien gagné le droit de profiter à fond de leur quart d’heure de célébrité. Et de respect. Pour Mathieu, cette lose « est une faiblesse autant qu’une force. Il y a tellement de passion et d’énergie dépensées dans ces émotions vécues que lorsque la vapeur s’inverse enfin, ça devient un formidable exutoire, une vraie catharsis. »

Dans la bouche de Benjamin Keltz, auteur de Supporters du Stade Rennais, le manuel officieux, « un livre à mi-chemin entre le guide de survie et le manifeste », les mêmes mots : « On a fait preuve d’une énorme capacité de résilience, d’une fidélité incontestable. Malgré tout ce qu’on a vécu, on est toujours là. »

Et puis il faut bien leur reconnaître une chose : moqués de toute part, les supporters rennais n’ont que rarement pris la mouche. Ils ont accepté les blagues parfois de mauvais goût sans jamais hausser le ton. Il y avait pourtant de quoi. S’il a toujours eu la défaite tolérante, c’est parce que le Rennais « sait faire preuve de beaucoup d’humour et d’autodérision », dixit Antoine de la FFL. « On en joue aussi de cette image, c’est vrai, admet Mathieu. Même si on préfère que ce soit nous qui l’utilisions contre nous-mêmes – un procédé un peu masochiste je l’admets – plutôt que ce soit d’autres qui essaient de nous dénigrer avec. » « Bon, dire que ce n’était pas saoulant serait hypocrite, rigole Gwennole. Mais on s’était habitués à cette image. »

Sur un ton plus sérieux, Mathieu se félicite de la fin de cette image négative portée sur son club de cœur : « C’est très bien qu’au niveau national ça change car on était vraiment agacés du traitement du club par certains médias nationaux qui, bien souvent ne regardent pas (ou pas assez) le Stade Rennais jouer ou connaissent très peu son histoire, et ensuite en disent un peu n’importe quoi. C’est cette méconnaissance qui est tout aussi agaçante, voire plus, que cette image de losers. En perdant cette image, le traitement du Stade Rennais sera certainement plus juste. Enfin, il faut l’espérer. »

A qui le tour ?

Dans leur testament de loser, les Rennais ont-ils pensé à désigner leur digne successeur ? Là, trois témoins, trois sons de cloche.

  • Le revanchard (Benjamin) : « Le témoin du loser magnifique, on va le donner aux Guingampais. »
  • Le beau joueur (Mathieu) : Je me refuse à remettre le flambeau à qui que ce soit, Reims et Toulouse attendent depuis longtemps de regagner un titre, mais ce serait dénigrer leurs supporters qui soutiennent vaille que vaille leur club, et ils ne méritent pas ce traitement. Aucun supporter ne le mérite.
  • Le réaliste (Gwennole) : Pourquoi d’aussi grands clubs que Caen ou Toulouse pour reprendre notre flambeau ? »

Antoine de la FFLose souhaite aussi donner son avis de spécialiste. Pour lui, impossible de ne pas penser au PSG : « Ce que fait Paris, c’est du grand art. Ce n’est pas tant la défaite en elle-même qu’on met en valeur, c’est plutôt la manière dont tu perds. » Chacun a donc un avis différent sur la question, mais tous partagent en revanche la même prudence vis-à-vis de l’avenir, la même méfiance quant à un possible retour de bâton. « Il faut rester humble et être lucide, cette situation ne restera pas telle quelle indéfiniment », prévient Wayne Rennais.

« On ne peut pas encore complètement tirer un trait sur cette image négative, on nous chambre encore pas mal sur notre armoire à trophées poussiéreuse, enchaîne Mathieu. Par contre, je ne crois pas au retour de bâton car notre campagne européenne est déjà pleinement réussie, le club est en vrai progrès. Quoiqu’il arrive jeudi soir, on sera heureux et on remerciera les joueurs, le club et tous les autres Rennais d’avoir vécu cela ensemble. Et si élimination il y a, ce sera certainement la plus enthousiaste – toutes proportions gardées – de l’histoire du club. » « On se doit de rester humble, on sait d’où l’on vient, conclut Benjamin. Je ne sais pas combien de temps va durer cette parenthèse enchantée mais ce qui est sûr c’est qu’il y aura un avant et un après 2018-2019. »