Coupe de France: Rennes veut revivre les fiestas mémorables de 1965 et 1971

FOOTBALL Les Bretons défient le PSG ce samedi en finale, 48 ans après leur second et dernier trophée

Manuel Pavard

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Les joueurs rennais défilent sur l'avenue Janvier avec la Coupe de France 1971, acclamés par une foule en liesse.
Les joueurs rennais défilent sur l'avenue Janvier avec la Coupe de France 1971, acclamés par une foule en liesse. — Rouge Memoire
  • Le Stade Rennais affronte le PSG en finale de Coupe de France ce samedi
  • Les Rennais n'ont plus remporté de titre depuis 48 ans.
  • Les deux succès en Coupe de France en 1965 et 1971 avaient donné lieu à des fêtes légendaires dans les rues de Rennes.

Rennes, pas une ville de foot ? Les 30.000 supporters bretons attendus samedi au Stade de France et les milliers de fans des Rouge et Noir ayant déferlé sur ​Séville et Londres en Ligue Europa suffisent déjà à infirmer ce cliché. Mais les plus anciens, eux, savent depuis longtemps. En 1965 et en 1971, les deux Coupes de France remportées par le Stade Rennais – les seuls trophées du club – avaient en effet donné lieu à des fêtes légendaires, dans les travées du stade comme dans les rues de la ville. Des moments imprimés à jamais dans la mémoire des acteurs de l’époque.

« Rennes a explosé de joie en apprenant votre succès, l’ambiance que nous vivons aujourd’hui me rappelle celle de la Libération ». Ces propos tenus par l’ancien maire de Rennes Henri Fréville, le 31 mai 1965, symbolisent bien la douce folie qui s’était emparée de la capitale bretonne. Ce jour-là, les joueurs du Stade Rennais revenaient alors sur leurs terres cinq jours après leur victoire historique en finale de Coupe de France face à Sedan (3-1), premier titre national de l’histoire du football breton.

Rennes fédérait toute la Bretagne

Héros du triomphe au Parc des Princes avec son doublé, l’ancien attaquant Daniel Rodighiero, meilleur buteur de l’édition 1965, se souvenait, dans une interview pour le site Stade Rennais Online, de « l’accueil extraordinaire de la ville de Rennes » et de la « foule en délire dans les rues jusqu’à [leur] arrivée place de la mairie, où [les] attendait le maire Henri Fréville ». Une marée humaine de plusieurs dizaines de milliers de personnes avait ainsi accueilli les joueurs tout au long de leur parcours, de la descente du train à la présentation de la coupe sur le balcon de l’hôtel de ville.

Les joueurs rennais fêtent leur succès en Coupe de France 1965 sur une place de la mairie noire de monde.
Les joueurs rennais fêtent leur succès en Coupe de France 1965 sur une place de la mairie noire de monde. - Rouge Mémoire

Une liesse indescriptible que les hommes de l’emblématique entraîneur Jean Prouff retrouveront six ans plus tard pour leur second succès en Coupe de France, après une finale gagnée contre l’Olympique lyonnais (1-0). Ce 20 juin 1971, quelque 30.000 supporters venus des quatre coins de Bretagne garnissaient les tribunes du vieux stade de Colombes. « À l’époque, Rennes fédérait toute la région car c’était le seul club breton en D1 », souligne Serge, 69 ans, fidèle des Rouge et Noir depuis l’adolescence. « Je venais de Lamballe (Côtes-d’Armor) mais Guingamp ne valait pas grand-chose et Brest et Lorient étaient à peine passés pros, je crois. »

« Jamais vu ça à Rennes et jamais revu ça depuis »

Alors étudiant en médecine, Serge se rappelle d’une « sacrée épopée » en 1971, qu’il compare avec l’aventure européenne du Stade Rennais cette saison. « J’étais là pour la demi-finale retour contre Marseille, le stade était en feu et on était passé aux pénos grâce aux arrêts de Marcel Aubour [le mythique gardien rennais], raconte-t-il. Pour moi, c’était LE match de cette Coupe de France. Au début des années 1970, l’OM était le gros club français avec Saint-Etienne. Skoblar, Magnusson, Loubet… C’était quelque chose ! »

Vint ensuite la fameuse finale remportée sur un penalty d’André Guy, suivie « d’une fiesta et d’une cuite mémorables » dans les rues rennaises. « Les bars en ville étaient tous bondés et dès le coup de sifflet final, ça a été un gros concert de klaxons avec des gens debout sur les voitures, d’autres qui chantaient à tue-tête place Sainte-Anne et place Saint-Michel, se souvient-il. Et je ne vous raconte pas le nombre de bières descendues, on en avait plein les cheveux. »

Le capitaine rennais Louis Cardiet soulève la Coupe de France à Colombes après la victoire des Bretons face à l'OL, le 20 juin 1971.
Le capitaine rennais Louis Cardiet soulève la Coupe de France à Colombes après la victoire des Bretons face à l'OL, le 20 juin 1971. - Rouge Mémoire

Quant au retour des joueurs le lendemain, Serge n’avait « jamais vu ça à Rennes » depuis son arrivée, deux ans plus tôt, et n’a « jamais revu ça depuis » : « Ils ont défilé avec la coupe depuis la gare, il y avait un monde fou pour les acclamer tout le long de l’avenue Janvier ! »

Près de 100.000 personnes dans les rues

Le génial meneur de jeu rennais des années 1970 Raymond Keruzoré se remémorait, dans une interview pour Stade Rennais Online, ce retour « fantastique » à Rennes. Dès l’arrivée à la gare, « il y avait du monde partout sur les quais », décrivait celui qui a été élu meilleur joueur breton de l’histoire par France Football. « Plus de 100.000 personnes nous y attendaient, si mes souvenirs sont bons. On avait mis une heure et demie pour rejoindre l’hôtel de ville. »

André Guy inscrit sur penalty le but donnant à Rennes la Coupe de France 1971 face à l'OL.
André Guy inscrit sur penalty le but donnant à Rennes la Coupe de France 1971 face à l'OL. - Rouge Mémoire

En cette fin juin 1971, le Stade Rennais venait d’ajouter une deuxième ligne à son palmarès, six ans après sa première Coupe de France. Joueurs et supporters étaient alors loin de se douter que l’armoire à trophées des Rouge et Noir prendrait la poussière pendant de si longues décennies. Quarante-huit ans après, toute une ville rêve de revivre ces moments de folie. Mais pour cela, il faudra terrasser l’ogre parisien et mettre fin à la malédiction rennaise en finale de coupe.

Marcel Loncle félicité par ses coéquipiers Rodighiero et Pellegrini après avoir inscrit le 2e but rennais contre Sedan, lors de la finale 1965.
Marcel Loncle félicité par ses coéquipiers Rodighiero et Pellegrini après avoir inscrit le 2e but rennais contre Sedan, lors de la finale 1965. - Rouge Mémoire

Pourtant, ce statut d’outsider suscite paradoxalement de l’espoir auprès de certains supporters bretons. Serge y croit ainsi dur comme fer, s’accrochant à de petits signes du destin : « On a l’habitude de louper nos finales quand on est favori mais cette fois, personne ne nous voit taper le PSG, c’est notre chance. En plus, c’est l’année où on décroche notre première qualif’ en 8e de Coupe d’Europe et où on perd notre image de loser. Après une telle saison, ça ne peut que se finir sur un titre... »