Stade de Reims: «Si on peut encore manger des points…», Guion et Reims restent ambitieux

INTERVIEW Première partie de notre entretien fleuve avec David Guion, l'entraîneur du Stade de Reims

Propos recueillis par William Pereira

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David Guion
David Guion — Jean-Charles Gutner / SIPA

Des bruits de claquettes, des bonjours et des sourires. Voilà comment se réveille le Stade de Reims en période de trêve. Après avoir eu la politesse de nous serrer la main un par un, joueurs, membres du staff et jeunes de la formation sont partis prendre un petit-déjeuner comme c’est toujours le cas une fois par semaine. « Un truc qu’on a instauré l’année dernière », quand le club survolait la Ligue 2, confie le coach David Guion, mains dans les poches et regard au loin.

Il fait beau, le soleil brille. Un matin printanier qui renvoie à la saison de Reims, actuel 5e de L1, dont le succès tient beaucoup à son entraîneur depuis 2017-18. Ça valait bien un entretien fleuve en deux parties, dont voici la première.

Elle se passe pas mal cette première saison en L1 pour vous..

On est vraiment satisfaits parce qu’à l’origine, l’objectif du club, ça reste le maintien. Si on m’avait dit au mois d’août qu’en février l’équipe serait maintenue, j’aurais crié au fou. Donc voilà, on vit une très belle saison.

Le début d’automne a été laborieux. Vous avez eu peur de la saison galère ?

Non, je n’ai jamais eu un sentiment de peur. A chaque fois, j’ai essayé de trouver des objectifs précis. Et en début de saison, après cette longue trêve, ce qui m’intéressait c’était de garder cette dynamique de la saison dernière et d’intégrer les nouveaux joueurs pour leur faire comprendre quelle était notre philosophie. Une saison ça se construit et on avait changé pas mal de joueurs notamment sur le plan défensif. On était conscients qu’on allait bâtir notre saison. Les semaines de préparation et d’entraînement étaient bonnes.

Vous disiez l’année dernière ne pas vous expliquer pas votre super saison en Ligue 2. Qu’en est-il de cette année ?

C’est difficile parce qu’on est à nouveau en train de vivre quelque chose de fort, surtout pour un promu. Aujourd’hui, quand on connaît la concurrence qu’il peut y avoir, quand on connaît le budget des clubs – qui sont pour certains derrière nous ou en concurrence avec nous dans cette partie de classement – on s’aperçoit que ce que font les joueurs, ce n’est plus de la performance mais de la super-performance. Et ça depuis deux ans. L’année dernière on était le 6e budget de Ligue 2 et on a survolé le championnat. Cette année on a le 14e budget et on est très, très bien placés. On sait souvent que par rapport au budget, c’est + 2 ou -2 [places]. +2 si on performe et -2 si on est moins bien.

On a déjà vu des dirigeants et coach de L1 se plaindre de la différence de budget avec les grosses machines du championnat. Là, on voit que c’est possible de performer sans avoir un budget colossal. C’est important, la structure d’un club ?

Oui, c’est important. Ce qui fait la force du Stade de Reims aujourd’hui, c’est la stabilité de la gouvernance, puisque Jean-Pierre Caillot et Didier Perrin sont là depuis plus de 15 ans. Il y a une stabilité sportive aussi parce que le directeur de la formation est là depuis 8 ans. Ici, le staff médical est là depuis de nombreuses années, la cellule de performance aussi. En fin de compte il n’y a que le staff technique qui bouge. Et cette stabilité, c’est un gage de réussite inévitable et de performance, c’est sûr.

Le boss est dans la place
Le boss est dans la place - Jean-Charles Gutner / SIPA

Parlant de réussite, on vous découvre à 51 ans, vous enchaînez une deuxième saison de haut niveau. Pourtant votre carrière d’entraîneur, elle remonte à très loin…

Je passais mes diplômes d’entraîneur quand j’étais stagiaire pro à Lille comme joueur. Et j’ai pris ma première équipe, une équipe senior, quand j’avais 19 ans à Lille. Alors que j’étais dans ma première année professionnelle.

Comment on gère à 19 ans un groupe de joueurs plus âgés ? Comment on est légitime ?

En proposant des choses intéressantes sur le terrain. C’est toujours pareil, en amateur ou en pro, à partir du moment où les garçons sentent qu’ils peuvent progresser, qu’il y a des choses à prendre et à apprendre, ils adhèrent.

On sent que la psychologie prend une place importante dans votre travail…

(Il coupe) Elle n’a pas une place plus importante que d’autres composantes. Elle reste une composante de la performance, elle est essentielle mais pas au-dessus de l’aspect tactique, technique, physique ou stratégique. Ce qui est important ça reste les aspects technico-tactiques, les principes de jeu, le terrain et puis de mettre tout ça en place. On est sur une vision plutôt globale. Et si en plus de ça, on peut intégrer une dimension mentale, c’est une bonne chose.

Vous organisez quand même des séances d’entraînement uniquement orientées vers l’aspect psychologique. En quoi ça consiste ?

Tout simplement si je veux un entraînement où il y a de l’engagement, je vais mettre des formes jouées qui vont répondre à ça. Si je veux un entraînement où il y a de la créativité, je vais pas faire la même chose que s’il y a des entraînements sur l’engagement et l’agressivité. Donc c’est ce genre de paramètres, mais tous les entraîneurs font ça.

Vous vous considérez plus comme un manager à l’anglaise qui supervise un peu tout ou comme un coach qui s’occupe de son domaine ?

Je ne suis que sur le pôle sportif professionnel, j’ai une très bonne relation avec le directeur de la formation, on a des échanges sur la manière dont il mène sa politique sportive, je lui donne des conseils mais n’interviens que s’il me le demande. Sinon je suis concentré et responsable sur la politique sportive du groupe pro.

La formation c’est de là d’où vous veniez avant de prendre les pros. Quelle part de votre réussite vous accordez au fait de connaître le club, les joueurs, etc. ?

J’ai toujours dit que je voulais passer par la formation. Ça m’a permis de me construire. Je n’envisageais pas un autre chemin. La formation m’a appris à découvrir le joueur et surtout de voir comment on pouvait le faire progresser et comment on pouvait l’amener au bout de sa marge de progression. Donc ça me semblait être un très bon chemin pour moi avant de prendre une équipe pro.

Maximiser le potentiel d’un joueur quand on entraîne un club à petit budget, c’est cohérent…

C’est important. Aujourd’hui ce que j’aime, c’est avant tout de faire progresser mes joueurs. Ici, c’est un environnement que je connais très bien, j’ai été le directeur du centre pendant cinq ans donc les jeunes, je les connais. Ça permet de faire progresser des garçons, de promouvoir des garçons. L’année dernière, c’était Siebatcheu qui est parti à Rennes. Cette année, c’est Oudin, qui vient aussi du centre de formation, qui performe. Ce sont des jeunes que j’avais et que je continue de faire progresser en pro pour que le club continue de récupérer sur investissement.

Leonardo Jardim disait, à l’époque où il n’avait encore rien gagné avec Monaco, que ses trophées, c’était de voir les joueurs qu’il avait lancés jouer dans des très grands clubs. Vous partagez cet avis ?

Ouais, en effet pour un entraîneur, c’est toujours valorisant de faire progresser un joueur et de le voir partir pour mieux ou arriver en équipe de France et dans les équipes nationales en général. C’est vraiment une grande satisfaction. Ce qui est vraiment plaisant aussi c’est qu’on a aussi un Yunis Abdelhamid, 31 ans, qui retourne en sélection après l’avoir quittée après de nombreux mois, Alaixys Romao, 35 ans, qui grâce à sa super saison retourne en sélection. Ce sont des choses qui sont valorisantes pour tout un staff parce que ça veut dire que le joueur est dans un cadre qui l’épanouit.

Comment on fait progresser un joueur en général ?

En lui apportant de la confiance pour qu’il puisse évoluer. D’abord le convaincre de ses qualités, ses points forts. Lui faire comprendre ce qu’il peut apporter à l’équipe. Et quand ça marche, qu’il commence à prendre confiance en lui, commencer à le faire travailler sur ses points faibles. Il faut bien connaître son joueur.

L’exemple c’est Rémi Oudin. Récemment contre Dijon, il a eu six occasions nettes, très sincèrement c’est un garçon est très adroit à l’entraînement… Sur les six, il en met quatre minimum. Mais ce soir-là, hélas, ça voulait pas rentrer. Mais je le connais parfaitement et sais qu’à n’importe quel moment, il peut être efficace. Donc c’était important de continuer à lui apporter du soutien, à le laisser sur le terrain, à lui faire prendre conscience que les gestes qu’il avait fait, c’était ceux qu’il fallait tenter. Et le match d’après, il nous donne la victoire avec un but magnifique contre Nantes.

Vous êtes sur une série d’invincibilité que seul le FC Barcelone surpasse. Là, il y a eu une trêve internationale. Ce genre de pause quand on est dans un contexte positif, c’est un ennemi ?

Non, on en avait besoin.On avait besoin de prendre un peu de recul, tous. Les joueurs, le staff et moi-même pour bien analyser ce début d’année merveilleux. Et d’un point de vue aussi athlétique, il y avait aussi un besoin de baisser les charges de travail. De reprendre un petit peu le ludique, de laisser un peu le cerveau des joueurs tranquille. On avait besoin de ça je pense, pour savoir aussi où on va aller dans ces neuf derniers matchs. Optimiser cette mini-trêve à tous les niveaux, c’est important.

Comment éviter que les joueurs se démobilisent sur cette période ?

On est vigilants sur les détails, que les garçons soient toujours impliqués. On fait attention à l’ambiance du vestiaire, sur ce qu’on fait, sur la qualité des entraînements. Le baromètre, c’est ça : les entraînements. C’est plein de détails qui font que le groupe n’a pas le droit de se démobiliser parce qu’ils sentent qu’autour d’eux il y a de l’exigence.

Ça va être quoi l’objectif de la fin de saison, essayer de gratter un peu plus ?

Ouais, on a hâte… On est content de rentrer dans cette dernière ligne droite. Je veux voir comment mes joueurs vont réagir pendant ces neuf matchs qui sont vraiment super intéressants à jouer. Je veux voir leur comportement, leur capacité à se transcender parce que ça va être le moment. Et aussi à garder leur calme car on va rentrer dans des matchs à enjeux, où ça va être difficile.

C’est bien d’avoir des Martin, Romao dans ces moments-là…

Oui, parce qu’il n’y a que Marvin et Alaixys qui ont connu le Top 5, en France en tout cas. c’est important qu’ils fassent partager leur expérience. Mais l’idée c’est de continuer comme on le fait, prendre les matchs un par un et prendre du plaisir et tout faire pour gagner ce match-là, toujours avec beaucoup d’ambition, beaucoup d’humilité.

On vous sent très enthousiaste.

Oui, je suis franchement content d’aborder cette dernière ligne droite avec les joueurs. C’est pour ça que cette trêve a fait du bien pour, se vider psychologiquement. Au début c’est quand même assez lourd. Maintenant c’est que du bonheur, on était en L2 l’année dernière, on est promus. On n’était pas invités à la table, on verra si on peut encore manger des points. Il reste un quart de championnat, neuf matchs, 27 points. C’est loin d’être fini. J’ai envie d’optimiser le potentiel de mon groupe et de voir jusqu’où il peut aller.

>> Retrouvez la deuxième partie de l'entretien avec David Guion dès mardi sur 20 Minutes