JO 2024 : « Il verra quand il marchera dans la rue… », Léon Marchand à l’heure de la découverte du statut de légende
avenir•Le nageur français repart de ces Jeux de Paris avec titres olympiques et une aura désormais planétaire qu’il va falloir apprendre à gérerNicolas Camus
L'essentiel
- Léon Marchand en a terminé dimanche soir avec ses Jeux olympiques historiques, pendant lesquels il a remporté quatre titres individuels (400m et 200m 4 nages, 200m brasse et 200m papillon) et une médaille de bronze avec le relais 4x100m nage libre.
- Place maintenant à un repos bien mérité, en profitant d’abord de la deuxième semaine des Jeux à Paris, où il ira à la rencontre des supporters lundi au Club France puis mardi au Champion’s Park.
- Le Toulousain de 22 ans va également devoir apprendre à gérer son nouveau statut de star du sport français et mondial, et les sollicitations qui vont avec.
De notre envoyé spécial au Mont Olympe,
Ce lundi matin, Bob Bowman s’est envolé vers les Etats-Unis, ému et fier d’avoir vu son poulain accomplir ce pour quoi ils avaient bossé d’arrache-pied depuis trois ans. Un peu inquiet, aussi. L’ancien mentor de Michael Phelps, l’homme aux 23 titres olympiques, ne sait que trop bien ce qui attend Léon Marchand dans les prochains mois. Il le résumait ainsi vendredi soir : « Oh my God… Chaos ! » Le nageur français, qui a répondu aux immenses attentes placées en lui avec ces quatre titres olympiques claqués en six jours devant son public, « va se retrouver dans une situation très différente de ce qu’il a vécu jusqu’à maintenant », prévient son coach américain.
Un nouveau chapitre s’ouvre à partir d’aujourd’hui pour le Toulousain, qui va rester en France jusqu’au mois de décembre. Dans l’immédiat, il va goûter à sa nouvelle popularité dans l’après-midi au club France, puis mardi au Champion’s Park, dans les jardins du Trocadéro. Il sera avec tous ses potes de l’équipe de France mais on peut imaginer qu’il n’y en aura (presque) que pour lui. La « Léonmania » s’est emparée du pays, et même depuis la « bulle » où il s’était réfugié toute la semaine à Nanterre, il a commencé à s’en rendre compte.
« Au fur et à mesure, j’ai vu de plus en plus de vidéos tourner, beaucoup de photos, des choses qui se sont passées à Paris, en France, et même dans le monde, racontait-il dimanche soir, après une dernière médaille de bronze avec les copains du relais faisant de lui le Français le plus médaillé en une édition des JO d’été. C’est assez fou. » Ce week-end, il est devenu un outil de prévention pour la sécurité routière sur les autoroutes du pays, et ça l’a bien fait marrer. « Franchement, c’est drôle ! Je vais bien profiter toute la semaine aux Jeux, on va passer de bons moments ensemble avec l’équipe. »
Tout le monde voudra son petit bout de Léon
Quoi qu’il ait imaginé pour ces prochaines semaines, Marchand ne peut être que loin du compte. « Il a pris une place indescriptible dans le sport français, il ne le sait pas encore, considère Florent Manaudou, qui avait connu une déflagration en 2012 avec le combo titre olympique-frère de. Je lui ai dit "mec, tu verras quand tu marcheras dans la rue les prochaines semaines, ce sera différent". » Tout le monde voudra sa photo, son autographe, son petit mot. Son petit bout de Léon à emporter avec soi. Et ça, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Ce ne sera pas toujours simple, surtout à 22 ans. La France, en dehors du foot, n’a pas tellement l’habitude d’abriter une légende du sport sous son toit et peut se montrer maladroite.
« Il va rencontrer beaucoup de gens, qui ne sont ni moi ni Nico (Castel, son formateur à Toulouse), poursuit Bowman. Il va devoir trouver des gens de confiance qui vont pouvoir l’aider sur des paramètres qu’il ne connaît pas. On va le solliciter sur beaucoup de choses qui n’ont rien à voir avec la natation, des choses qui peuvent lui faire gagner de l’argent. » Ses parents Xavier Marchand et Céline Bonnet, anciens nageurs de niveau international, veilleront certainement à tout ça. Posés, humbles, attentionnés, ils ont été parfaits jusque-là dans l’accompagnement de son éclosion. Le défi est encore d’une tout autre ampleur aujourd’hui, mais la base est solide.
Quand tout ça sera passé, qu’il se sera offert cet indispensable break physique et mental, il sera l’heure de reprendre l’entraînement à Toulouse dans un premier temps, avant de rentrer à Austin, au Texas, là où Bowman a migré il y a trois mois. Là aussi, il faudra savoir replonger vers de nouveaux objectifs. Jamais simple après un tel accomplissement, mais entre la personnalité du garçon et celle de ses entraîneurs, il y a de quoi partir serein. Marchand carbure aux défis, c’est ce qui le fait avancer lors de ses longues séances d’entraînement. Il est un garçon dont le moteur est sa curiosité, envers son sport et ses propres limites.
Tellement d’objectifs possibles
Bowman, de son côté, a déjà réfléchi en compagnie de Nicolas Castel au programme de ces quatre prochaines années, qui représentent « autant d’étapes vers les Jeux de Los Angeles ». L’Américain, s’il a sans doute hurlé comme jamais depuis le bord du bassin pour pousser Léon ce soir-là, n’était pas mécontent vendredi soir que son nageur ait échoué pour 6 centièmes de seconde face au record du monde du 200m 4 nages. « En tant que coach, je suis content d’avoir des objectifs à lui proposer, expliquait-il après coup en souriant. Celui-là est pour du court terme. » Comme celui de passer sous les 4 minutes sur le 400m 4 nages, une barre qui a toujours semblé inaccessible mais que lui prédit Phelps depuis que Marchand a battu son record du monde l’année dernière à Fukuoka.
A plus longue échéance, ses entraîneurs aimeraient le voir sur le 200m de toutes les nages, notamment le crawl où il a été « particulièrement bon » à Paris mais où « on peut encore trouver des choses, par exemple sur sa manière de poser sa main sur l’eau », détaille Bowman. Et pourquoi pas même descendre sur 100m et défier les gros gabarits du sprint. « Il peut être très bon sur 100 brasse, et aussi sur le 100 papillon quand il sera un peu plus âgé et costaud », prédit le technicien.
NOTRE DOSSIER JO PARIS 2024En fonction de ses avancées, de ses sensations, de ses envies, le programme pour LA s’affinera peu à peu. Les Mondiaux de Singapour, l’été prochain, seront déjà une première marche. Quelles que seront les courses où il sera au départ, il devra aussi y défendre un nouveau statut. Les compliments ont plu sur sa tête toute la semaine, venus des pontes des bassins comme Chad Le Clos ou Kyle Chalmers, mais dans le sport ils sont par définition éphémères. Un point semble faire l’unanimité, toutefois, au sortir de ces fabuleux JO. Il est résumé par coach Bob : « Léon peut être meilleur. Il n’a pas atteint son potentiel. » C’est tout ce qu’on voulait entendre.



















