JO 2024 – Natation : Série, repos, titre, dodo… Les Jeux de Léon Marchand en mode « Un jour sans fin »
recommencement•Pour réussir sa razzia de médailles d’or, Léon Marchand doit s’astreindre à un emploi du temps millimétré pendant toute cette semaine de JeuxNicolas Camus
L'essentiel
- Déjà triple champion olympique dans ces Jeux, Léon Marchand compte bien renforcer encore sa légende naissante avec une quatrième médaille d’or, ce vendredi soir, sur le 200 m 4 nages (à 20h43).
- Pour réussir son pari fou de cinq médailles à la fin des Jeux (voire six, en fonction des relais samedi et dimanche), le Toulousain doit s’astreindre à un emploi du temps millimétré, entre courses, repos, obligations médiatiques, alimentation… et Marseillaise pour fêter chaque médaille d’or.
- Ses journées se ressemblent tellement qu’on a l’impression que toute cette semaine de Léon Marchand aux Jeux olympiques, c’est le 2 février de Bill Murray dans Un jour sans fin. Non ?
A Paris La Défense Arena,
Tutut tutut tutut… Il est 8 heures, le réveil de Léon sonne. Est-ce qu’il diffuse la mythique chanson I Got You Babe, de Sonny and Cher ? Dans notre esprit en tout cas, c’est certain. Le nageur français ouvre un œil, puis le deuxième. Il se lève, se met un peu d’eau sur le visage et regarde par la fenêtre. L’Arena est toujours là, à quelques centaines de mètres. Un bon petit déj, une petite douche et le voilà en route. En bas de l’escalier, il répond au bonjour du facteur avant même que celui-ci n’ait ouvert la bouche. Il a déjà vu cette scène. A 9 heures, Léon est à la piscine et quelques minutes plus tard, dans le bassin pour une demi-heure d’échauffement. Encore.
Habitudes
La série du matin est gérée avec aisance. Trois minutes après la course, prise de lactate pour évaluer sa fatigue. Il connaît déjà les résultats, ils sont bons. Un petit détour pour répondre aux questions de Nelson en bord de piscine, puis par la zone mixte où l’attendent une bonne vingtaine de journalistes.
Avec le temps, il a trouvé la formule parfaite : « Je me suis senti bien, je suis chanceux d’être ici, en bonne forme. Le public a été incroyable, j’ai vraiment utilisé toute l’énergie des tribunes. » Il n’a même pas besoin de réfléchir à la suite, son corps se déplace tout seul : nage de récupération pendant trente minutes, retour à l’appart, déjeuner, sieste, petit goûter.
Fin d’après-midi, nouveau départ pour la piscine. Arrivée 19 heures, trente minutes d’échauffement. Petits gels sucrés pour garder la pêche. Programmée dès le début de la session du soir, la finale se déroule comme dans un rêve. Dans une ambiance survoltée, Léon croque la concurrence et est sacré champion olympique, à la maison – record de la compétition raboté au passage, bien sûr. La foule rugit, la sono crache Que je t’aime de Johnny pendant que le jeune nageur salue son public telle une rock star. Il ne s’en lasse pas.
C’est toujours les mêmes gestes, toujours
Trois minutes après la course, prise de lactate pour évaluer sa fatigue. Il connaît déjà les résultats, ils sont bons. Après une nage de récupération de quelques minutes, il est déjà l’heure du podium. Léon décale un fil qui traîne par terre, ça évitera au caméraman qui le filme en reculant de finir par terre, il a déjà vu la scène. La Marseillaise est immense, Marchand sourit. Il tourne la tête juste avant que son petit frère Oscar ne dégaine son portrait géant en carton qu’il trimballe partout.
Après un demi-tour d’honneur, beaucoup de tapes dans les mains et quelques photos, il faut quitter la piscine. Un petit détour pour répondre aux questions de Nelson, puis par la zone mixte où l’attendent une bonne vingtaine de journalistes. « C’était dingue, je réalise pas encore je crois. Je suis chanceux d’être ici, en bonne forme. Le public a été incroyable, j’ai vraiment utilisé toute l’énergie des tribunes. Maintenant il faut que je profite et que je me reconcentre pour demain. » Après la conférence de presse officielle et un passage par l’antidopage, retour à l’appart. Appel aux parents, dîner, massage. A 1 heure du mat’, dodo. Tutut tutut tutut… Il est 8 heures, le réveil de Léon sonne.
Un plan préparé au millimètre
Le déroulé exact de la journée a été un peu remodelé pour les besoins du scénario, parce qu’en vrai ça dépend si c’est jour de série(s)-demie(s) ou jour de finale(s), mais cette semaine de natation de Léon Marchand aux Jeux olympiques, c’est le 2 février de Bill Murray dans Un jour sans fin. Le Toulousain est enfermé lui aussi dans une boucle temporelle, à la différence près que lui l’a choisi avec ce défi absolument dingue de briguer cinq médailles d’or.
Ce vendredi matin, à l’aube de sa quatrième finale sur le 200 m 4 nages, le Français est toujours en lice pour remporter son pari. Forcément, tout ça se fait au prix d’un emploi du temps millimétré, réglé comme du papier à musique et répété bien en amont de ces JO, notamment lors des championnats de France à Chartres.
Lui et ses entraîneurs, Bob Bowman en tête, avec l’appui de Nicolas Castel en France, ont tout planifié. « Notre stratégie est prête », disait ce dernier dimanche, au soir du premier titre sur 400 m 4 nages. L’appartement loué avec l’aide de la Fédé à côté de la piscine, les mesures de fatigue, les temps de récupération, les moments des repas et des collations, rien ne pouvait être laissé au hasard s’ils voulaient se lancer dans cette entreprise.
Un emploi du temps de ministre qui se répète jour après jour, inlassablement. Lui-même ne savait plus exactement à combien de courses il en était, jeudi matin, après sa série du 200 m 4 nages. « Il est complètement automatisé, mais c’est ce qui lui permet de réaliser des choses incroyables, parce qu’il est débarrassé de toute contrainte, observe Denis Auguin, le directeur de l’équipe de France. Et après, il peut s’exprimer. »
Notre dossier JO de Paris 2024Dans le bassin, oui, en dehors pas tellement. Il y a certainement une petite frustration à ne pas pouvoir prendre le temps de célébrer ses titres avec sa famille et ses amis, présents chaque jour en tribunes. Ça, ce sera pour dimanche soir, espérons-le après un cinquième titre avec les copains du relais 4x100 m 4 nages (voire un sixième, s'il participe à ce même relais en mixte, samedi). Là, il pourra se lâcher un peu et traîner jusqu’à pas d’heure. Et si son réveil sonne lundi matin, il aura droit lui aussi de le fracasser par terre, histoire de pouvoir dormir – enfin – comme une marmotte.



















