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Léon Marchand est définitivement entré dans la caste des mutants

JO 2024 – Il y a un an : « C’est une dinguerie »… Léon Marchand est définitivement entré dans la caste des mutants

souvenez-vous l'été dernier (7/18)Le prodige français a réalisé un doublé inédit dans l’histoire de la natation en remportant deux épreuves à moins de heures d'intervalle, marquant ces Jeux parisiens d'une empreinte indélébile
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Léon Marchand a remporté mercredi soir les finales du 200m papillon et du 200m brasse lors des JO de Paris.
  • Un authentique exploit, puisque personne ne s’était jamais attaqué à ce doublé insensé, les deux nages ayant lieu le même jour et étant très différentes.
  • Mais le prodige français n’est pas fait du même bois que les autres humains, et le voilà désormais à trois titres dans ces Jeux qui le font entrer dans une nouvelle dimension.

Il y a un an se tenaient les plus beaux Jeux olympiques de l'histoire (oui, on le pense toujours). Du 26 juillet au 12 août, « 20 Minutes » vous propose de revivre un grand moment de chaque journée, à travers les récits de ses envoyés spéciaux. Une manière de faire revivre l'émotion, et se rappeler où l'on était quand ils se sont déroulés.

A Paris La Défense Arena,

Une autre dimension, quelque part, dans une galaxie très très lointaine. Voilà d’où vient Léon Marchand, qui a réalisé mercredi soir ce qu’aucun autre nageur avant lui n’avait ne serait-ce qu’osé imaginer. Normal, ce sont de simples mortels, là où le Français a davantage à voir avec un sous-marin à propulsion nucléaire. Il a remporté deux titres olympiques à très exactement 114 minutes d’écart, sur deux nages aussi antinomiques que le papillon et la brasse. Même Michael Phelps n’était pas allé sur ce terrain du temps de sa splendeur. Car c’est insensé, tout simplement.

« Je sais pas quoi dire, c’est une dinguerie, réagissait le héros de la soirée quelques minutes après sa deuxième Marseillaise. Déjà que je ne réalise toujours pas le 400 4 nages de dimanche, alors là… Mais j’ai kiffé, c’était énorme. » Tu n’es pas le seul Léon, les 15.000 chanceux présents en tribunes et les on ne sait pas combien de millions de personnes devant leur télé ont pris leur pied également. Dans les salles de hand, d'escrime et de ping, on s’est même arrêté quelques instants de jouer, le temps que les spectateurs qui regardaient ça sur leur téléphone hurlent leur bonheur.

La soirée a démarré comme dans un rêve pour le Toulousain, avec ce titre sur 200m papillon qui a dû faire trembler jusqu’aux tours de la Défense. Dix minutes après la course, on avait encore des frissons sur les bras, souvenirs de ce dernier 50 m de Martien où, porté par un public en fusion, il a mis plus d’une seconde dans la vue de Kristof Milak, champion du monde (2019, 2022), champion olympique (2021) et recordman du monde de la distance, pour venir taper le mur en premier.

« Le scénario qu’on avait imaginé »

Alors certes, le Hongrois a aussi baissé de rythme, conséquence certainement d’une année 2023 passée loin des bassins pour éviter le burn-out, et d’un retour seulement en février. Mais quand même ! Le finish du Français a estomaqué tout le monde, et fera partie des vidéos qu’on se gardera bien au chaud dans un coin pour les longues soirées d’hiver, juste à côté de celle de Yannick Agnel boulottant le sextuple champion olympique Ryan Lochte dans la dernière ligne droite du relais 4x100 à Londres.

Un retournement de situation préparé avec minutie par la team Marchand. Car Milak, également spécialiste du 50 et du 100m, est du genre à partir fort. « C’est un peu le scénario qu’on avait imaginé ce matin, révèle Nicolas Castel, son entraîneur historique, toujours auprès de lui quand il est en France. Je savais qu’il était capable, qu’il avait les ressources physiques et mentales pour aller le chercher sur la fin. Il a réussi, avec ce public qui le pousse, sa famille, ses amis. Il est très fort. »

La gestion émotionnelle après le premier titre

Dans l’eau, l’intéressé a « eu des frissons pendant toute la course ». Dans les tout derniers mètres, il a arrêté de respirer et allongé au maximum pour aller taper en premier. Et quand il s’est tourné pour voir le résultat, « une émotion de dingue » l’a envahi. En plus de l’or, son temps est phénoménal : 1'51''21, record olympique chipé à son adversaire hongrois, et record de France ratiboisé de plus d’une seconde. Le deuxième chrono de l’histoire, tout simplement.

C’est là qu’on entre dans ce qui fait l’extrême difficulté de ce qu’a entrepris le Français. A la sortie du bassin, alors que ça ne devait pas être l’envie qui manque de partir faire le tour de la piscine en moonwalk, Léon a simplement remercié le public pour son aide, avant de filer à la récup’. C’est d’ailleurs là où le jeune homme de 22 ans est peut-être le plus impressionnant, cette capacité à vite redescendre sur terre.

« Ce n’est pas simple, il faut apprendre à gérer ses émotions, et rester assez professionnel, décrit Castel. Mais on a organisé ça depuis un moment, il était prêt. » Prêt à ne profiter qu’à moitié d’une première Marseillaise qui nous aurait largement fait la soirée en temps normal. Mais non, on était encore loin du compte. 21h40, descente du podium. Marchand est autorisé à ne pas faire les photos protocolaires avec les deux autres médaillés. Pas de petit tour d’honneur non plus, ni de selfies. Dans un moins d’une heure, il attaque l’Everest par l’autre côté du sommet sans assistance respiratoire. « Quatre longueurs en papillon, un petit coup frais, une cérémonie et on y retourne ? Il est sauvage lui », saluait la star Kyle Chalmers, médaillé d’argent sur le 200 libre juste après.

La classe en doudoune, oui.
La classe en doudoune, oui.  - Laurent Vu

Cette deuxième finale sera moins disputée que la première. Marchand le savait, il avait plus de marge sur la brasse. Alors il est parti comme un bolide, laissant le champion olympique en titre Zac Stubblety-Cook dans le rétro. En tête du début à la fin, porté par les désormais traditionnels « olééééé » à chaque fois qu’il sort la tête de l’eau, le Français a déroulé, pour s’imposer en 2'05''85. Record olympique, encore une fois. Son troisième dans ces JO.

Une fois le mur touché, il a cette fois laissé vraiment éclater sa joie, tapant rageusement dans l’eau. OUI LEON, tu l’as fait. « Je suis vraiment très fier de lui, dira son entraîneur Bob Bowan quelques minutes après. C’est un effort formidable et historique qu’il vient de faire. Son attitude a été incroyable, la manière dont il a géré toute cette soirée a été bluffante. »

L’émotion de Bob Bowman

Le mythique coach américain est ému. Il est heureux d’avoir « rempli une promesse faite à un gamin, il y a trois ans », quand Léon Marchand a décidé de le rejoindre en Arizona pour qu’il l’aide à devenir le roi des JO à la maison. « C’était un énorme challenge pour lui, mais pour moi aussi. On s’y est mis ensemble, poursuit le technicien. Et faire ça aujourd’hui, c’est vraiment satisfaisant. L’aider à être prêt pour ce grand moment, c’est génial. »

Tout n’a pas été linéaire pourtant dans l’approche de ce défi inconscient de doubler papillon et brasse. Ancien mentor de Phelps, Bowman n’avait pas qualifié ce projet comme tel, ces dernières semaines, mais il l’avait pensé très fort. « Est-ce que c’est possible ? C’est un énorme défi, peut-être trop », disait-il lorsqu’il était interrogé sur ce doublé que Marchand a poussé pour tenter. De quoi faire vaciller son poulain. « J’ai beaucoup douté parce que tout le monde me disait que ce n’était pas possible, avoue aujourd’hui ce dernier en riant. Surtout après les championnats de France, je me suis rendu compte que ce n’était vraiment pas facile. Mais après le 400 4 nages [dimanche], Bob m’a dit "allez, on le fait". Ça m’a fait plaisir, et ça m’a donné la confiance qui me manquait. »

NOTRE DOSSIER JO 2024

Il n’y avait plus qu’à nager. Et ça, Léon sait faire. Marquer l’histoire, aussi. En une soirée, il est devenu le premier double champion olympique de la natation française, avant de gravir encore une marche supplémentaire vers le Panthéon de son sport une heure après. Mais qu’est-ce qu’il va bien pouvoir nous sortir encore après ça ? « Je sais pas, ça va commencer à être compliqué là, répondit-il, toujours avec un grand éclat de rire. J’ai réalisé beaucoup de rêves depuis que je suis ici. Ce doublé, je m’en sentais capable, mais de le faire grandeur nature comme ça, c’est autre chose. Maintenant, il va falloir que je réalise, que je profite et que je me reconcentre. » Et oui, déjà. Ce jeudi matin, on le retrouve pour les séries du 200 m 4 nages, comme si de rien n’était. Ou presque.