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Prime canicule : Les salariés qui y ont droit et comment la demander

Prime canicule : Les salariés qui y ont droit et comment la demander

Protection des salariésLes épisodes de chaleur intense bouleversent les conditions de travail. Mais les salariés exposés peuvent-ils réellement prétendre à une compensation ?
Fostine  Carracillo pour 20 Minutes

Fostine Carracillo pour 20 Minutes

L'essentiel

  • La « prime canicule » n’est pas une indemnité automatique prévue par la loi, mais certains salariés exposés durablement à des températures extrêmes peuvent bénéficier de dispositifs liés à la pénibilité.
  • Dans le BTP notamment, des indemnisations peuvent s’appliquer lorsque la chaleur entraîne un arrêt de chantier, tandis que l’employeur doit mettre en place des mesures de protection adaptées.
  • En cas de conditions dangereuses, les salariés disposent aussi de droits comme le droit de retrait pour préserver leur santé.

Alors que les épisodes de fortes chaleurs deviennent de plus en plus fréquents, la question revient chaque été sur les lieux de travail : les salariés exposés à la canicule peuvent-ils bénéficier d’une prime spécifique ? La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît. Contrairement à certaines idées reçues, il n’existe pas de « prime canicule » automatique versée à tous les travailleurs dès que les températures grimpent. En revanche, certains salariés peuvent percevoir une compensation financière liée à la pénibilité, notamment lorsque leur activité les expose durablement à des températures extrêmes. D’autres dispositifs permettent également de protéger les travailleurs lorsque la chaleur rend les conditions de travail dangereuses.

Une prime canicule existe-t-elle vraiment en 2026 ?

Avec la multiplication des vagues de chaleur, certains salariés espèrent voir apparaître une indemnité systématique pour compenser les journées passées sous des températures élevées. Pourtant, le Code du travail ne prévoit pas aujourd’hui de « prime canicule » obligatoire pour l’ensemble des employés. Son versement dépend généralement d’un accord collectif, d’une convention professionnelle, d’un accord d’entreprise ou d’une décision de l’employeur.

La chaleur peut toutefois être reconnue comme un facteur de pénibilité lorsqu’elle correspond à une exposition prolongée à des températures extrêmes. Dans ce cadre, certains travailleurs peuvent bénéficier de dispositifs liés à la pénibilité au travail. Pour être concerné, il faut notamment être exposé à un facteur de risque au-delà d’un seuil défini, disposer d’un contrat de travail d’au moins quatre semaines et relever du régime général de la Sécurité sociale ou d’un régime assimilé.

La loi considère notamment comme facteur de pénibilité le travail dans un environnement soumis à des températures extrêmes, avec un seuil fixé à une température inférieure ou égale à 5 °C ou supérieure ou égale à 30 °C pendant une durée minimale de 900 heures par an.

Les salariés les plus concernés par une compensation

Les personnes travaillant en extérieur sont naturellement les premières exposées aux effets des fortes chaleurs. C’est notamment le cas dans le bâtiment, les travaux publics, l’agriculture, les espaces verts, la collecte des déchets ou encore certains métiers de la logistique et de la livraison.

Dans le secteur du BTP, la réglementation prévoit des mesures spécifiques. Depuis le décret du 28 juin 2024, les périodes de canicule peuvent être reconnues comme des intempéries, ce qui permet, sous certaines conditions, d’ouvrir un droit à indemnisation lorsque les chantiers doivent être interrompus. Le salarié concerné peut alors percevoir une indemnité correspondant à 75 % de son salaire horaire, dans la limite de 9 heures par jour, 45 heures par semaine et 55 jours ou 495 heures par an.

Cette indemnisation ne constitue toutefois pas une prime canicule versée directement en raison de la chaleur : elle intervient lorsque l’activité est suspendue parce que les conditions météorologiques rendent le travail impossible ou dangereux.

Comment savoir si l’on peut bénéficier d’une prime ?

La première étape consiste à vérifier les règles applicables dans son entreprise. Certaines conventions collectives ou certains accords internes prévoient des primes liées aux conditions de travail difficiles, parmi lesquelles peuvent figurer les fortes chaleurs. Le montant n’est donc pas fixé par la loi et peut varier selon les secteurs.

Les salariés concernés peuvent se rapprocher de leur service des ressources humaines, de leurs représentants du personnel ou consulter leur convention collective afin de connaître les éventuels dispositifs existants. Lorsque l’exposition à la chaleur relève de la pénibilité, l’employeur doit également déclarer les facteurs de risques auxquels le salarié est exposé via la déclaration sociale nominative, permettant l’alimentation du compte professionnel de prévention (C2P).

Ce compte permet ensuite d’obtenir des points pouvant être utilisés pour suivre une formation, bénéficier d’un temps partiel sans perte de rémunération ou anticiper son départ à la retraite.

Les obligations de l’employeur face aux fortes chaleurs

Même lorsqu’aucune prime n’est prévue, l’employeur reste tenu de protéger ses salariés contre les risques liés aux températures élevées. Le Code du travail impose de « prendre toutes les mesures nécessaires » pour préserver la santé physique et mentale des travailleurs, conformément à l’article L4121-1.

Depuis le 1er juillet 2025, les obligations ont été renforcées. L’employeur doit intégrer le risque lié aux fortes chaleurs dans son document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), adapter l’organisation du travail et mettre en place des mesures de prévention lorsque les températures deviennent dangereuses.

Cela peut passer par des horaires décalés, des pauses supplémentaires, une réduction des tâches physiques aux heures les plus chaudes, l’installation de ventilateurs ou de dispositifs de rafraîchissement, ainsi que la mise à disposition d’eau potable fraîche. Dans le BTP, les salariés doivent notamment avoir accès à au moins trois litres d’eau par jour et par personne, ainsi qu’à un espace permettant de récupérer à l’abri de la chaleur.

Selon l’Institut national de recherche et de sécurité : « Au-delà de 30 degrés Celsius pour une activité sédentaire, et 28 degrés Celsius pour un travail nécessitant une activité physique, la chaleur peut constituer un risque pour les salariés. »

Peut-on arrêter de travailler en cas de canicule ?

Il n’existe pas de température maximale légale au-delà de laquelle il serait automatiquement interdit de travailler. En revanche, un salarié peut exercer son droit de retrait lorsqu’il estime, de manière raisonnable, que sa situation présente un danger grave et imminent pour sa santé ou sa vie.

Ce droit, prévu par l’article L4131-1 du Code du travail, peut notamment concerner un salarié travaillant dans un environnement très chaud, mal ventilé, effectuant des efforts physiques importants ou lorsque l’employeur n’a pas mis en place les protections nécessaires.

Le salarié doit toutefois prévenir immédiatement son employeur ou son responsable hiérarchique et expliquer les raisons de son retrait. S’il agit de bonne foi et qu’un danger réel pouvait être raisonnablement redouté, il ne peut pas être sanctionné ni subir de retenue sur salaire.

Que faire si l’employeur ne prend aucune mesure ?

Lorsqu’un employeur ne respecte pas ses obligations face aux fortes chaleurs, les salariés disposent de plusieurs recours. Ils peuvent d’abord signaler la situation à leur hiérarchie, solliciter les représentants du personnel ou contacter le comité social et économique (CSE) lorsqu’il existe.

L’inspection du travail peut également être saisie en cas de manquement persistant. Les salariés particulièrement vulnérables, comme les femmes enceintes, les personnes souffrant de certaines maladies chroniques ou les travailleurs âgés, peuvent aussi demander un accompagnement auprès de la médecine du travail afin d’étudier un éventuel aménagement du poste.

Ainsi, si la « prime canicule » n’est pas un droit automatique pour tous les salariés, la réglementation impose bien un ensemble de protections destinées à limiter les effets de la chaleur. Dans certains secteurs, notamment les métiers exposés en extérieur, ces dispositifs peuvent s’accompagner d’une indemnisation lorsque les conditions de travail deviennent incompatibles avec la sécurité des travailleurs.