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Un an après son accident, Côme vise le titre de champion du monde de døds

« Le moindre faux mouvement pouvait me rendre paraplégique à vie »… Côme, champion des « plongeons de la mort »

TÉMOIGNAGEEn août 2025, Côme Girardot, 24 ans, l’un des meilleurs dødser du monde, ne savait pas s’il allait pouvoir remarcher un jour après une grave blessure lors d’un saut d’une falaise de 34 m. Aujourd’hui, il vise le titre de champion du monde individuel
Elise Martin

Elise Martin

L'essentiel

  • Côme Girardot, 24 ans, est un dødser professionnel, du nom de ce saut extrême qui consiste à s’élancer en « plat » avant de se recroqueviller pour atterrir dans l’eau.
  • Ce Bordelais a réalisé plusieurs records du monde en hauteur, et détient le titre de champion du monde par équipe dans sa discipline. Mais en août 2025, alors qu’il tente un nouveau record en tandem en Espagne, il se blesse lors de son arrivée dans l’eau. Une blessure qui aurait pu le paralyser à vie.
  • Il raconte à 20 Minutes sa passion ainsi que sa reconstruction pour revenir à son sport après cet accident. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas perdu l’envie de sauter, il tentera le mois prochain de remporter le titre de champion du monde individuel. Il veut simplement faire sa discipline « autrement ».

«Les médecins m’ont dit que le moindre faux mouvement pouvait me rendre paraplégique à vie ». En août 2025, alors qu’il saute d’une falaise à 34 m de hauteur, en Espagne, Côme Girardot se fracture le dos en atterrissant dans l’eau. Cette luxation des deux vertèbres aurait pu le laisser paralysé à vie.


Pourtant, ce champion du monde par équipe de døds - également appelé « plongeon de la mort » –, détenteur de plusieurs records du monde, vient de réaliser une première mondiale en sautant d’un iceberg au Groenland, et vise désormais le titre individuel aux mondiaux 2026, le mois prochain, en Norvège. Retour sur ce « Côme back », - triple jeux de mots entre le « retour » en anglais, son prénom et son dos blessé (back en anglais), qui est le titre du documentaire qu’il vient de sortir sur YouTube.

Les croisés et la découverte d’une discipline

« Je saute des falaises depuis que je suis tout petit et mes premières vacances en Méditerranée avec mes parents », raconte le Bordelais de 24 ans. Mais Côme découvre la pratique du døds pendant le confinement, en visionnant des vidéos sur Internet. Cette discipline de saut de falaise extrême, née en Norvège, consiste à s’élancer dans le vide en donnant l’illusion d’un plat « avant de se recroqueviller au dernier moment pour atterrir les poings et les pieds en premier », explique-t-il. Et d’ajouter : « Les championnats existent depuis 2008 mais ça s’est popularisé ces dernières années avec la viralisation de vidéos sur les réseaux sociaux. » Lui s’entraîne d’abord depuis le toit d’une cabane, au-dessus de la piscine de ses parents.

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Quelques mois plus tard, une rupture des ligaments croisés au ski accélère paradoxalement sa progression. « Mon kiné m’a dit que je pouvais continuer de sauter à condition d’atterrir dans l’eau en position døds. Comme je ne voulais pas rater les mondiaux, je n’ai fait plus que ça. » Il devient rapidement champion du monde par équipe et bat son premier record avec un saut à 31,5 m, puis 34,25 m, 36,5 m, avant d’atteindre 44,3 m en 2024 - ce qui est plus haut que le Christ Rédempteur de Rio. « Ce jour-là, le temps s’est arrêté pendant quelques secondes, je voyais en 360° autour de moi. C’est souvent comme ça quand je saute. Je rentre dans ma bulle, dans un état impossible à atteindre autrement que par mon sport, je ressens tous les sens. C’est irréel et quand j’atterris, c’est une satisfaction personnelle et une euphorie indescriptible », affirme-t-il, le sourire dans la voix.

Un nouveau record et une blessure

C’est dans cet élan qu’il tente, en août 2025, un nouveau record en tandem à Majorque, avec son coéquipier norvégien Truls Torp. « Après la chute, quand je suis sous l’eau, j’envoie l’information à mes jambes pour remonter à la surface mais elles ne bougeaient pas », se souvient-il. La douleur, « la plus grosse de toute [sa] vie », survient une fois hissé sur le paddle. « Je ne pouvais pas me tenir debout. On voyait une bosse sur mon dos, ça faisait peur », confie Côme.


Côme Girardot a pu resauter huit mois après avoir frolé la paralysie, mais avec un autre état d'esprit.
Côme Girardot a pu resauter huit mois après avoir frolé la paralysie, mais avec un autre état d'esprit. - Louis Giannotta

Le diagnostic tombe : luxation de deux vertèbres. Seule solution pour éviter la paralysie, l’opération mais repoussée de cinq jours faute de chirurgien disponible. « J’avais peur de dormir, on m’avait dit qu’il ne fallait pas bouger du tout, même pour un sursaut ou un réflexe, j’avais mal. Même le jour de l’opération, je n’osais pas m’endormir car je pouvais finir paralysé si quelque chose se passait mal. » L’opération se déroule bien et Côme enchaîne rapidement la rééducation.

« Ce genre de blessure, ça rend humble, reprend-il. J’étais comme un enfant de pouvoir me lever. » Après avoir perdu neuf kilos de muscle, il reconstruit son corps, aidé par le ski, qu’il reprend dès fin décembre pour « tester » son dos. Le retour au døds se fait ensuite par paliers, à partir d’avril. D’abord, un, ensuite, trois, cinq, sept mètres. Puis, dix. « Les 15 mètres, c’était une grosse épreuve mentale, affirme-t-il. Je me demandais si mon dos allait casser à l’atterrissage. J’avais l’impression que c’était la première fois que je faisais ce saut. Je redécouvrais mon corps et mon sport. »

Une nouvelle façon de voir le saut de falaise

L’accident a aussi changé sa philosophie du sport. « La course aux records du monde de hauteur, ce n’est plus pour moi, assure l’athlète, qui a toujours des vis dans le dos. Il y a quelques mois, je me demandais si j’allais remarcher un jour. Après l’opération, j’ai eu envie de revenir vite mais autrement. » Désormais, il mise sur la créativité des figures et les projets qui ont du sens. Selon lui, sa blessure a aussi fait réfléchir les autres dødsers. « Ça a permis de prendre conscience que ça pouvait arriver, même aux plus expérimentés, lance-t-il. Maintenant, je pense qu’il faut que ç’ait un vrai sens avant de se lancer d’aussi haut. »

Côme Girardot a réalisé une première mondiale en sautant d'un iceberg au Groenland en mai dernier.
Côme Girardot a réalisé une première mondiale en sautant d'un iceberg au Groenland en mai dernier. - Louis Giannotta

C’est dans cet état d’esprit que Côme décide de documenter son retour au sport, jusqu’à son objectif de sauter depuis un iceberg de 19 m, au Groenland, réalisé en mai dernier dans une eau à 0 °C, une première mondiale. « Si tu me demandes d’illustrer le døds en une image, c’est un athlète en maillot de bain qui saute d’un bloc de glace », explique-t-il pour parler de son projet.

« En haut, c’était un moment de solitude, plein de symbolique, l’aboutissement de mois de travail, dans un désert de glace, sans jamais être sûr que tout ne va pas s’effondrer sous mes pieds, glisse-t-il. J’ai sauté d’une falaise éphémère, qui n’existe plus maintenant vu la vitesse de la fonte des glaces. On voulait aussi mettre en avant cet aspect-là. » Il a réalisé ce projet avec son coéquipier Truls. « Je voulais casser la malédiction et qu’on démarre la saison ensemble sur une jolie note », indique Côme. C’est aussi pour cette raison qu’il a décidé d’en faire un film. « Je voulais documenter mon retour au sport mais aussi le dédier aux personnes qui vivent des épreuves difficiles dans leur vie, pour leur redonner un peu d’espoir. »

Le titre individuel pour « tout avoir »

Après toutes ces épreuves, le prochain objectif de Côme est de gagner les championnats du monde. « J’ai un beau palmarès mais ce qui me manque, c’est le titre de champion individuel, lâche-t-il. Si je l’emporte, j’aurai eu tout ce que je voulais dans le døds. » Et il sera surtout le premier français à obtenir ce sacre. Car la discipline reste encore confidentielle, seuls une dizaine d’athlètes dans le monde peuvent en vivre.

D’après Côme, le sport est en pleine démocratisation. « La dernière fois, j’étais sur la Côte d’Azur et la moitié des sauts atterrissaient en døds », lance-t-il, fièrement. Mais en pleine saison estivale, le professionnel tient à rappeler les règles essentielles du cliff jumping [saut de falaise], pratique souvent responsable d’accidents chez les amateurs mal préparés. « Il ne faut jamais griller les étapes, évoluer de mètre en mètre pour s’assurer qu’on en est capable, développe-t-il. Toujours vérifier la profondeur avant de sauter (6 m de fond suffisent), ne jamais sauter seul, toujours avoir quelqu’un dans l’eau, et toujours repérer un point pour remonter après le saut. »

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Le sportif ajoute : « Il y a toujours des risques, mais l’entraînement physique, mental et technique permet de limiter les risques. Mais on est conscient qu’ils sont toujours présents. C’est pour ça que quand on visualise les sauts, on imagine toutes les possibilités et qu’on travaille beaucoup pour que ça n’arrive pas. » Pour lui, le risque « se jauge grâce à la peur ». « Sans elle, il y aurait plus d’accidents. La peur nous régule, et en même temps, c’est elle qui nous fait vivre ces choses tellement intenses. L’important pour éviter le pire, c’est de toujours respecter les règles », conclut-il.