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OL - Fenerbahçe : « Ça pouvait trotter dans les têtes »… Pourquoi ce Lyon craque toujours dans les tournants à domicile
Sept ans de malheur•Lyon a subi contre Fenerbahçe une désillusion, mercredi en barrage retour de la Ligue des champions (1-2), qui n’est pas sans rappeler les récentes défaites dans d’autres matchs clés contre le Celta Vigo et le RC LensJérémy Laugier
L'essentiel
- L’OL a été éliminé mercredi de la Ligue des champions en barrage retour contre Fenerbahçe (1-2), huit jours après un nul encourageant en Turquie (1-1).
- Plombés par une première mi-temps assez cauchemardesque et riche en errements défensifs (0-2), les Lyonnais devront une nouvelle fois se contenter de la Ligue Europa.
- Cette désillusion s’inscrit dans une série de contre-performances de l’OL lors de matchs décisifs à domicile ces derniers mois, notamment contre Lens en Coupe de France et lors de l’ultime journée de Ligue 1, ou encore le Celta Vigo en Ligue Europa. Paulo Fonseca n’a toujours pas trouvé la clé pour enrayer ces chokes à répétition.
Au Parc OL,
Il y avait vraiment l’idée d’une libération éphémère, à 20h58 mercredi, lorsque les 55.445 spectateurs du Parc OL ont hurlé à l’unisson « The Chaaaaaaampiooooooons ». Car ce fameux hymne de la Ligue des champions n’avait plus retenti à Décines depuis février 2020, et on ignore quand sera sa prochaine fois, après l’énorme claque reçue par la bande à Corentin Tolisso contre Fenerbahçe en barrage retour (1-2).
Présent en masse pour tenter de retrouver le Graal européen, le public a au moins pu vibrer lorsque Loïs Openda (64e) puis Kaïl Boudache (71e) ont cru offrir une égalisation inespérée à l’OL. Le VAR est passé par là pour briser l’élan des hommes de Paulo Fonseca, mais on était loin du parfum de déroute déclenché par une première demi-heure désastreuse et marquée par deux buts encaissés en quatre minutes. Et pas n’importe comment, alors que ce onze de départ avait offert son lot de garanties en résistant assez sereinement à la furie du stade Sükrü Saracoglu huit jours plus tôt. Jugez plutôt :
24e : Maitland-Niles et Ernest Nuamah, acte I (avec Abner en guest)
Ainsley Maitland-Niles a la bonne idée de coller le dangereux Oguz Aydin et de contrer son centre. Problème : il n’anticipe pas l’effet dans ce ballon contré, qui ne filera pas en touche, et il se tient tranquillou à trois mètres d’Aydin, tout en étant gêné par la position haute du latéral Archie Brown sur ce même côté. On voit justement le fébrile latéral anglais réclamer le soutien de son ailier Ernest Nuamah, bien trop axial sur le coup. Une incompréhension qui place dans un fauteuil Oguz Aydin, dont le coup de patte trouve parfaitement dans les airs le géant Vedat Muriqi (1,94 m). Au « duel » avec l’avant-centre du « Fener », Abner (1,82 m) est tout aussi gentil que ses deux partenaires, au point de le laisser conclure son action en deux temps, après un arrêt réflexe de Dominik Greif.
28e : Maitland-Niles et Nuamah, acte II
La deuxième partie de la tragédie défensive d’un OL encore groggy à cet instant est encore pire, sur un corner de Mason Greenwood. Le ballon s’envole au second poteau, pile dans la zone de notre duo garanti en dilettante. Ernest Nuamah est pourtant tout contre Archie Brown au départ du ballon, avant qu’il ne le laisse mystérieusement filer dans son dos. Il ne reste plus au joueur de Fenerbahçe qu’à prendre le meilleur dans les airs sur Ainsley Maitland-Niles (qui a à peine décollé les talons sur le coup) pour quasiment plier le game.
Le directeur sportif Matthieu Louis-Jean regrette un collectif « passif » durant la première mi-temps. Un point qui rend fou Corentin Tolisso : « On laisse centrer puis on prend un autre but sur coup de pied arrêté, ça n’est pas normal. On peut avoir des regrets sur cette première période qu’on a totalement ratée. On n’a pas réussi à emballer le match ». C’est peu de le dire puisque la seule véritable occase lyonnaise en 45 minutes est venue d’un quasi CSC de Muriqi sur corner, avec une tête renversée sur son propre poteau (35e).
C’est là qu’une question nous obsède : pourquoi l’OL de Paulo Fonseca passe systématiquement au travers des matchs couperets à l’importance XXL dans son histoire, et ce à domicile et dans un contexte plutôt favorable. Voici trois exemples criants rien que sur les six derniers mois.
OL-Lens en Coupe de France le 5 mars (2-2, 4-5 aux tirs au but)
Lyon a enchaîné peu avant une ahurissante série de 13 victoires de rang, et malgré deux accrocs en Ligue 1, recevoir un quart de finale de Coupe de France est une aubaine. Surtout lorsque le club court après un trophée depuis 2012, avec un PSG déjà sorti de la compétition. Bilan : 0-2 à la mi-temps là aussi, puis énorme choke du taulier Moussa Niakhaté sur son tir au but après une improbable égalisation de Rémi Himbert dans le temps additionnel (2-2).
OL-Celta Vigo en Ligue Europa le 19 mars (0-2)
Comme contre le « Fener », Lyon semble avoir fait l’essentiel en ayant ramené le nul (1-1) de son 8e de finale aller en Galice. Il y a certes des pépins physiques à la pelle sur le plan offensif mais l’OL a un statut de brillant leader de la première phase de Ligue Europa, ainsi qu’un tableau en or pour se hisser dans le dernier carré. Et là, patatras ! Expulsion de Moussa Niakhaté dès la 19e, puis l’OL franchit vaguement la ligne médiane trois ou quatre fois, avant de se retrouver puni comme une évidence dans la dernière demi-heure (0-2), sans montrer le moindre panache.
OL-RC Lens en Ligue 1 le 17 mai (0-4)
C'est LE rendez-vous qui peut/doit renvoyer Lyon directement en Ligue des champions, sept ans après sa dernière qualif. Car après son couac à Toulouse une semaine plus tôt (2-1), l'OL (4e) tombe dans la config idéale pour la 38e journée de championnat, avec la possibilité de redoubler le Losc (finalement battu 0-2 par Auxerre dans le même temps). A savoir jouer dans un stade plein contre un RC Lens bis en raison de sa finale de la Coupe de France dans la foulée. Au final, c’est un massacre totalement inattendu, avec 0-3 dès la mi-temps, et 0-4 au final. THE CHOKE par excellence.
Interrogé mercredi soir par 20 Minutes sur le parallèle qu’il pourrait dresser avec ces trois grosses contre-performances récentes à la maison dans des tournants, Corentin Tolisso s’est montré aussi sincère que lucide.
« Les faits sont là, c’est triste à dire. Inconsciemment, ça pouvait trotter dans les têtes, il y avait déjà eu ce match à Manchester [5-4 après avoir mené 2-4 en prolongation] avant, puis donc le Celta Vigo et Lens. Je pensais qu’on avait progressé, qu’on avait pris en maturité, mais on voit qu’au début du match on était un peu inhibés. On ne tentait pas beaucoup de choses. Il faut vite qu’on apprenne et qu’on devienne des plus grands garçons, et moi le premier. »
Athekame et Bacher auraient pu être choisis
Le capitaine lyonnais poursuit : « Dans les matchs importants, ça se joue parfois mentalement et sur la première mi-temps, je pense qu’on n’y était pas forcément mentalement. C’est un triste constat que je fais là. Mais je ne vais pas abandonner, et je sais que mes coéquipiers non plus. J’ai hâte de rejouer un match couperet pour justement montrer à tout le monde qu’on a progressé ».
Outre la dimension mentale, les choix de coaching de Paulo Fonseca sont encore discutables, même si on reste évidemment à des années-lumière de la dinguerie ultime de la double titularisation de Paul Akouokou contre Manchester United en 2025. On peut simplement constater que les erreurs défensives d’Ainsley Maitland-Niles mercredi ne tombent pas du ciel, au vu de ses derniers mois très difficiles.
Et comme un concurrent légitime a débarqué à son poste durant ce mercato, Zachary Athekame (ex-AC Milan), on aurait pu l’imaginer titulaire pour un tel rendez-vous. Ça n’a pas été l’option choisie par l’entraîneur portugais, qui n’a pas non plus souhaité remplacer dans son onze Ruben Kluivert par une autre recrue estivale, Felix Bacher.
« Peut-être que je suis un entraîneur de merde »
Lorsqu’un journaliste a confronté Paulo Fonseca sur le timing tardif de ces changements contre le « Fener » (Athekame et Boudache à la place de Maitland-Niles et Nuamah seulement à la 62e), celui-ci, excédé, s’est braqué comme rarement : « Vous posez toujours la même question. A la fin d’un match, il est toujours facile de parler… La raison, c’est peut-être que je suis un entraîneur de merde, c’est l’explication ».
Une réaction inhabituelle qui en dit long sur la tension entourant cette nouvelle désillusion dans un gros match, à la fois pour l’OL et pour Paulo Fonseca, guère connu pour répondre présent dans les moments chauds d’une saison durant sa carrière, comme on l’a vu de près au Losc de 2022 à 2024.
Le départ de Malick Fofana inéluctable ?
« On a affronté une équipe très forte, incroyable, et on a très bien réagi. Les joueurs se sont battus jusqu’à la fin du match », a-t-il tenté de positiver. « C’est clairement un échec ce soir », assume de son côté Corentin Tolisso. Et cet échec européen devrait entraîner un flou stressant jusqu’à la fin du mercato, en raison du gros manque à gagner économique de se retrouver en Ligue Europa et non en Ligue des champions. La question du départ de Malick Fofana, dans ce contexte sans C1, a évidemment été posée à Matthieu Louis-Jean.
« Je ne peux pas vous répondre sur ça tout de suite. Pour le moment, ça n’est pas une question de Malick ou pas Malick. C’est un marché qui va dicter ce qu’on peut faire et on actera en fonction. Au-delà de la déception sportive, on aurait bien sûr préféré être en Ligue des champions financièrement. Mais on avait budgété une place en Ligue Europa donc ça ne change rien par rapport à notre plan. »
Notre dossier sur l'OLPaulo Fonseca est sur la même ligne que son directeur sportif : « Je comprends la situation du club. La Ligue des champions était très importante pour permettre de continuer avec les mêmes joueurs. Peut-être qu’on a maintenant besoin de vendre, c’est la réalité ». La rude réalité d’un club qui ne sait plus répondre présent dans les moments clés.



















