UTMB 2026 : Julien Veysseyre prêt à marquer l’histoire de l’ultra-trail avec sa jambe amputée
Portrait•Le para-athlète clermontois de 39 ans s’élancera vendredi sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (174 km et 9.900 m de dénivelé positif). Il tentera de devenir le premier coureur amputé d’une jambe à finir la plus prestigieuse épreuve d’ultra-trail au mondeJérémy Laugier
L'essentiel
- Amputé de la jambe droite à 18 ans à la suite d’un accident de chariot élévateur, Julien Veysseyre s’est lancé un immense défi sportif.
- A 39 ans, le champion du monde de para cross-triathlon 2023 compte devenir le premier coureur amputé à finir l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB, départ vendredi), sur la distance reine de 174 km et 9.900 m de dénivelé positif.
- Le para-athlète Salomon, qui se consacre à 100 % au trail depuis six mois, vise un temps de 40 heures, ce qui lui permettrait de conserver de la marge par rapport à la barrière horaire fixée à 46h45.
A jamais le premier ? Le défi qui anime depuis deux ans Julien Veysseyre est immense : devenir le premier coureur amputé d’une jambe à finir le redoutable Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) sur la distance reine de 174 km et 9.900 m de dénivelé positif. Victime d’un accident de chariot élévateur qui lui a « broyé la cheville », durant son job d’été dans un garage à 18 ans, le Clermontois n’avait alors pas eu d’autre choix que l’amputation de sa jambe droite.
Après six mois de rééducation pour remarcher à l’aide d’une prothèse, Julien Veysseyre (39 ans) avait à ce moment-là une autre idée en tête. « Mon sport passion était la moto d’enduro que je pratiquais beaucoup, avant mon accident, avec mon père et mon frère », confie-t-il à 20 Minutes. Mais après avoir repris la compétition avec les valides sur sa moto, il se trouve un autre ambitieux projet sportif à partir de 2018 : le para-triathlon.
Souvent dans le premier quart du classement
« C’est comme si la course à pied me plaisait subitement. Le fait de retrouver des sensations perdues, ça m’a ramené à des souvenirs d’enfant », explique-t-il. Parallèlement à ses différents postes chez Michelin, d’opérateur de machine à chef de projet et enfin recruteur, Julien Veysseyre se hisse au sommet de sa nouvelle discipline, avec un titre de champion du monde de para cross-triathlon (avec VTT et trail running) en 2023.
Devenu athlète Salomon, il se consacre depuis à l’ultra-trail, grâce aux lames de course fabriquées par la start-up française Hopper, en partenariat avec Salomon et Airbus. Il est fier de finir la plupart de ses courses « dans le premier quart du classement général », malgré une consommation énergétique bien plus importante que pour un traileur valide (de 30 à 70 % selon les études).
Il se consacre à 100 % au trail depuis six mois
Classé 404e (sur 1.092 finishers) lors de la MCC (40 km et 2.350 m de D +) en 2024 puis 877e (sur 1.641 finishers) pour la CCC (101 km et 6.050 m de D +) en 2025, Julien Veysseyre s’attaquera vendredi au Graal mondial de l’ultra-trail, à savoir l’UTMB, pour lequel il s’est entraîné une trentaine d’heures par semaine cet été.
Pour traverser les Alpes françaises, italiennes et suisses, avant de rejoindre Chamonix, il devra composer avec la même barrière horaire que les 2.500 valides présents, à savoir 46h45. Celui qui vit à 100 % du trail depuis six mois pourra en revanche s’appuyer dans son aventure sur cinq accompagnateurs qui vont se relayer sur les 174 km d’épreuve, afin de porter l’une de ses deux lames de course.
« On joue avec les limites physiques et mentales »
Alors que la semaine d’UTMB s’est lancée lundi avec le départ de trois de ses huit courses, celui qui se voit consacrer un film par Salomon (diffusion l’hiver prochain) est avant tout excité par son challenge XXL. « On peut parfois être dans un état physique déplorable mais ça reste un trail : on joue avec les limites physiques et mentales, résume-t-il, deux ans après le lancement de la Team Adaptive sur l’UTMB. On ne prend pas des risques démesurés, je sais que je ne vais pas mettre ma vie en danger. »
Notre dossier sur l'UTMBPour parvenir à franchir la ligne d’arrivée, « idéalement en 40 heures », après deux nuits dans la montagne, il pourra s’appuyer sur le soutien de ses deux enfants Léo (8 ans) et Swann, qui fêtera ses 5 ans le jour du départ. « Mentalement, c’est très important pour moi de les avoir à mes côtés sur cet UTMB, apprécie celui qui est également conférencier en entreprise. Et puis ça m’intéresse de les inspirer, afin qu’ils vivent des émotions tout le week-end. J’aimerais leur donner envie de se dépasser, eux aussi. »



















