Mondiaux de badminton : « On vit un moment historique »… Après les deux médailles d’or, le bad français sur un nuage
c’est beau, c’est français•Avec le double mixte (Thom Gicquel-Delphine Delrue) et le simple hommes (Alex Lanier), la France a remporté dimanche les deux premières médailles d’or de son histoire aux Mondiaux de badmintonAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Grâce à Alex Lanier et le duo Thom Gicquel-Delphine Delrue, le badminton français a ramené ses deux premières médailles d’or lors d’un championnat du monde.
- Le fruit de plusieurs années de travail de la fédération française de badminton, qui a su mieux se structurer, mieux détecter les jeunes talents et dédier une bonne partie du budget au haut niveau.
- « Je pense au petit Thom qui voit des drapeaux chinois et qui se dit on est au-dessus maintenant. Il y a quinze ans, le badminton français ne pouvait pas trop rêver de ça », se réjouissait Thom Gicquel.
La Chine plaisante rarement au moment où la fierté nationale est bafouée. On imagine dès lors que la CBA, la Fédération chinoise de badminton, va en prendre pour son grade ces prochains jours après l’affront vécu aux championnats du monde en Inde, achevé avec un seul petit titre. La faute, notamment, à la France, qui a terminé avec deux médailles d’or, les premières de son histoire, dimanche.
Alors que le pays des Lumières n’avait, jusqu’alors, ramné que deux bronzes à la maison, Alex Lanier (simple hommes) et le duo Delphine Delrue-Thom Gicquel (double mixte) ont mis la France sur le toit du monde à New Delhi. « C’est absolument incroyable ce qui nous arrive, se réjouit, auprès de 20 Minutes Franck Laurent, le président de la Fédération française depuis Tarente où se déroulent les Jeux méditerranéens. On vit un moment historique. Le 23 août 2026, il faut le marquer d’une croix blanche »
« C’est quelque chose d’inespéré »
« C’est assez extraordinaire d’être champions du monde, j’ai du mal à y croire, hallucinait après le match Thom Gicquel. On est très fiers, très heureux, on bat les n°1 et n°2 chinois. Je pense au petit Thom qui voit des drapeaux chinois et qui se dit on est au-dessus maintenant. Il y a quinze ans, le badminton français ne pouvait pas trop rêver de ça. » Même sentiment du côté du président de la FFBad :
« Je suis dans le badminton depuis 1988-1989. Se dire que le badminton français rivalise avec la Chine, c’est juste incroyable. La Chine, c’est 250 millions de pratiquants. C’est un truc que je n’aurais jamais cru voir de mon vivant. On voyait bien qu’on allait y arriver. Mais c’est quelque chose d’inespéré. C’est magnifique. On a du mal à y croire tellement c’est grandiose. »
« Inespéré » peut-être, mais depuis plusieurs années, le badminton français a su se structurer, mieux détecter les talents, avoir un meilleur encadrement et dédier une grosse partie de son budget au haut niveau. Des investissements qui paient puisque, il y a un an, avant les championnats du monde de Paris, on s’était même demandé si les pays asiatiques commençaient à trembler des genoux devant les grosses perfs des hommes (Alex Lanier et les frères Toma et Christo Popov) et du double mixte tricolore.
« Je ne pense pas que l’Asie ait peur de nous, mais nous avons la chance d’être devenus assez bons pour qu’ils doivent avoir peur de nous », estimait alors Jeppe Ludvigsen, entraîneur danois des doubles français.
« On fait peur à la Chine »
Un an plus tard, après des victoires de Lanier et Christo Popov sur des 750, la finale de Toma Popov sur un 1000 il y a quinze jours et sa victoire sur les Masters, « le cap est passé, assure Franck Laurent. On fait peur à l’Asie. Aujourd’hui, il n’y a pas photo. A chaque fois que je vais sur une assemblée générale internationale, on me dit qu’on est la nation qui compte aujourd’hui dans le badminton. »
Le tout sans que le meilleur joueur français ne soit au rendez-vous. Cinquième mondial avant les championnats du monde, Christo Popov s’est fait sortir dès le premier tour, mais cela ne l’empêchera pas, mardi, de monter à la deuxième place, juste derrière l’Indonésien Jonathan Christie. Une première toutes catégories confondues pour un Français.
Avec Alex Lanier 7e, juste devant le premier chinois, et Toma Popov 15e, la France est presque inarrêtable avec l’espoir, déjà, de revenir de Los Angeles, dans deux ans, avec une première médaille olympique. « Profitons de ces médailles, tempère Franck Laurent. On vit un moment historique, ne nous projetons pas trop vite dans l’avenir. Dans le badminton, il n’y a pas beaucoup de pays européens qui ont des médailles aux championnats du monde. On verra pour aller chercher les autres médailles. »
La meilleure pub pour recruter de nouveaux licenciés
Après la tournée asiatique, une cérémonie devrait être organisée fin septembre en l’honneur des médaillés de New Delhi. « Comme je le disais à un certain nombre de membres du comité exécutif, on n’est pas sûr de revivre ça, en sourit le dirigeant. Fêtons-le et profitons de ce moment. » Et des énormes retombées que cela pourrait engendrer pour l’ensemble du badminton français.
Après les Jeux olympiques de Paris, 30.000 nouveaux licenciés avaient découvert les joies du volant. Avec ces deux titres mondiaux, juste avant la rentrée scolaire, il pourrait y avoir un nouveau pic de franchi. « On ne peut pas mieux faire, on fait une campagne de pub mondiale au bon moment, à prix zéro », en rigole Franck Laurent. La relève arrive vite, l’Asie peut trembler encore pendant quelques années.



















