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« Hic sunt dracones », la plus belle promesse de voyages (imaginaires)
vacances imaginaires

« Hic sunt dracones » : Et si les cartes imaginaires permettaient les plus beaux voyages ?

Et si cet été, vous partiez pour une contrée fantastique ? Par exemple, avec des cartes imaginaires
Benjamin Chapon

Benjamin Chapon

L'essentiel

  • Cet été, tout le monde n’a pas pu pas partir en vacances au bord d’un lagon polynésien, en haut d’une montagne andine ou même au cœur d’une forêt cévenole.
  • Heureusement, il reste l’imaginaire. Les cultures fantasy et de science-fiction permettent des voyages, voir des vacances salvatrices. Vraiment ?
  • Aujourd’hui, nous vous proposons un voyage au long cours : naviguer sur un océan de papier grâce aux cartes imaginaires.

Et si les plus beaux voyages ne nécessitaient ni billet d’avion, ni passeport ? Alors que nous courons souvent le monde à la recherche d’exotisme, un simple morceau de papier ou de parchemin corné possède le pouvoir vertigineux de nous transporter aux confins de l’univers.

À l’occasion de l’exposition passionnante « Cartes imaginaires » à la Bibliothèque nationale de France (BnF) - prolongée par un ouvrage dédié disponible en librairie, Julie Garel-Grislin, commissaire de l’exposition, nous invite à poser un regard neuf sur la cartographie. Et si les cartes anciennes étaient, en réalité, les meilleures machines à voyager dans l’imaginaire ?

Pourquoi la carte nous met-elle en route ?

Posez les yeux sur une carte, et instantanément, votre esprit prend le large. « La carte, sa fonction première est de vous aider à vous repérer, vous aider à voyager, vous aider à avancer, à déambuler dans un espace, explique Julie Garel-Grislin. Donc dès que vous avez une carte, la notion de voyage est directement induite. Et quand on prépare un voyage, il y a forcément ce côté imaginaire, une projection. Forcément, quand on voyage, on découvre aussi des choses qu’on ne connaît pas, vis-à-vis de nous, vis-à-vis d’un pays, vis-à-vis de gens etc. » Symbole de cet inconnu, la mention latine Hic Sunt Dracones, « ici il y a des dragons », indiquait les lieux inexplorés sur les cartes anciennes…

Dans les temps anciens, la cartographie dialoguait ainsi poétiquement avec l’inconnu. Face aux grands espaces blancs des zones non explorées, les cartographes refusaient le vide.

« Pour les périodes les plus anciennes, on "habite" les cartes de terres inconnues avec un bestiaire fabuleux, d’un bestiaire monstrueux, à la fois pour essayer de signifier ce qu’on ne connaît pas, mais aussi pour inviter le lecteur de la carte à aller voir, pour attiser la curiosité. »

La carte n’est donc pas seulement le compte rendu d’un voyage accompli ; elle précède parfois l’exploration. « À l’époque des explorateurs, il y a des cartes créées au retour des chercheurs qui permettent une sorte de condensé de leur savoir et de leurs découvertes. Mais il y a aussi les explorateurs qui commencent par dessiner une carte et ensuite partent en voyage. » L’exemple le plus savoureux est la « Terre Australe » de Guillaume Le Testu, dessinée sur un continent purement fictif. L’auteur l’avouait lui-même avec malice : « J’ai créé tous ces monstres par l’imaginaire, allez voir, allez explorer voir s’ils y sont. » Une incroyable invitation à l’évasion…

Quand la carte nous perd à dessein

On croit souvent qu’une carte dit la vérité stricte. Erreur ! « Les cartes sont censées objectiver une réalité, alors qu’elles ne le font pas tellement finalement, s’amuse Julie Garel-Grislin. Elles objectivent la réalité de quelque part, celle que le cartographe, son époque, son commanditaire éventuellement a choisi d’objectiver. Et elle le fait avec une manière qui lui est propre, elle va faire ses choix etc. Et surtout, ce qui est génial, ce qui est trompeur aussi, c’est qu’en faisant semblant d’objectiver, elle nous emmène sur des chemins parfois trompeurs et à dessein. »

Vue de l'exposition Cartes imaginaires à la BNF
Vue de l'exposition Cartes imaginaires à la BNF - B.Chapon/20 Minutes

Certains écrivains en jouent avec délectation, comme William Faulkner : « Vous avez la carte de Faulkner où il fait genre "je vais vous aider à vous repérer dans les méandres de mes romans", et en vérité il ne fait que nous perdre davantage ?! Et ça redouble, ça redonde, ça complexifie toute son écriture aussi à lui. Il y a un côté assez fantastique de la carte pour ça, tout à fait. »

Quand la carte crée le monde

Parfois, la carte invente littéralement l’histoire. Robert Louis Stevenson en a fait l’expérience : « Stevenson a créé une carte d’une île imaginaire, et c’est de cette carte-là que va émerger l’intrigue. Il a dessiné L’Île au trésor d’abord, et ensuite seulement vous aurez les personnages, le déroulé de l’histoire… C’est assez étonnant ce côté paradoxal de la carte, le fait que ça préexiste à la découverte ou au roman. » L’auteur a ainsi façonné notre imaginaire collectif

« Après Stevenson, une carte, même si on ne la voit pas, même roulée, c’est une carte au trésor ! Après ce roman-là, n’importe quelle carte a un potentiel de magie, de trésor… Stevenson a complètement inventé les codes de la cartographie pirate, en prenant des éléments de cartes réelles : la rose des vents que vous aviez vue dans les cartes marines précédemment, les bateaux qui peuplent les mers, la manière de tracer les côtes, le fait de mettre trois ou quatre croix qui vont indiquer des lieux… Dans notre imaginaire, on est complètement imprégné de ce répertoire cartographique, iconographique, de cet ensemble de lignes de formes. Et paf, on se dit : carte au trésor ! C’est assez fou. Tous les enfants vont en dessiner ensuite. »

Une invitation à la chasse au trésor

Les enfants des cartes au trésor ont grandi et sont devenus écrivains, cinéastes, créatrices de jeux vidéo… Aujourd’hui, cet héritage se retrouve partout dans la pop culture. « La pop culture est l’héritière évidemment de toute cette histoire de la cartographie, c’est très présent dans le monde du jeu vidéo, dans le monde du jeu de société, avec le jeu de rôle Donjons et Dragons, par exemple. Dans la pop culture, il y a une recombinaison cartographique par les lecteurs, par les joueurs. »

La carte d'Hyrule; monde des jeux Zelda, ici à l'exposition Cartes imaginaires, à la BNF
La carte d'Hyrule; monde des jeux Zelda, ici à l'exposition Cartes imaginaires, à la BNF - B.Chapon/20 Minutes

Dans la fantasy, la carte offre ainsi une incitation à dépasser les frontières du roman :

« C’est-à-dire qu’elle vous offre un espace où les personnages, et donc vous, vous n’êtes pas allés, mais elle vous invite vraiment à aller découvrir ces lieux. »

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Qu’il s’agisse de Game of Thrones ou du Seigneur des anneaux, de Star Wars ou de Zelda, « la carte permet de jouer avec cette frontière assez ténue entre imaginaire et réalité, entre fiction et monde réel. Et quand on a, par exemple, la carte de Tolkien, la carte de Bilbo, vous avez un petit morceau concret, réel, de la Terre du Milieu entre les mains. Donc quelle est la réalité ? Vous êtes plongé littéralement dans le roman ! Vous tenez votre imaginaire dans vos mains. C’est assez vertigineux, la carte pour ça… »