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A 50 ans, « l’énigme » Ludovic Pommeret fascine le monde de l’ultra-trail

Diagonale des Fous : « Il nous fait tous halluciner en Benjamin Button »… A 50 ans, Ludovic Pommeret fascine l’ultra-trail

PortraitVainqueur de la Hardrock en juillet puis 6e sur l’UTMB fin août, le coureur savoyard se lance ce jeudi (20 heures) à La Réunion dans un projet fou : enchaîner sur la Diagonale des Fous un troisième ultra-trail mythique en trois mois pour ses 50 ans
L’ultra-traileur devenu allergique à la ville
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • A 50 ans, Ludovic Pommeret se lance ce jeudi (20 heures) à La Réunion dans un invraisemblable défi : devenir le premier coureur élite de l’histoire à boucler en trois mois la Hardrock 100 (qu’il a remportée), l’UTMB Mont-Blanc (6e) et la Diagonale des Fous (175 km et 10.500 m de dénivelé positif).
  • Le Savoyard est devenu en juillet le premier Français à remporter deux fois la mythique Hardrock 100 dans le Colorado. Une nouvelle illustration de son niveau de performance jamais vu à un tel âge dans l’ère moderne de l’ultra-trail, une discipline de plus en plus professionnelle.
  • Outre son âge, Ludovic Pommeret détonne par son approche non conventionnelle du sport de haut niveau, entre libertés prises dans sa nutrition et non-utilisation des datas en vue de ses courses.

EDIT le vendredi 17 octobre à 22 heures : Ludovic Pommeret vient de réussir l'immense performance de conclure la Diagonale des Fous (175 km et 10.500 m de D+) à la 4e place, ce vendredi soir, en 23h30. Le quinquagénaire a seulement été devancé par le grand vainqueur Baptiste Chassagne (21h31), Yannick Noël (22h27) et Aurélien Dunand-Pallaz (23h13).

« Jamais je n’aurais pensé lui proposer de courir trois ultras en trois mois. C’est anormal dans ma logique d’entraîneur. Mais après tout, Ludo est anormal, et c’est l’année ou jamais. » L’expérimenté ancien coach de l’équipe de France de trail Philippe Propage reconnaît avoir été chamboulé ces derniers mois. Et il y a de quoi, son protégé Ludovic Pommeret étant devenu le 12 juillet le premier athlète français de l’histoire à remporter deux fois la mythique Hardrock 100 dans le Colorado (161 km et 10.000 m de dénivelé positif).

Le tout avant de fêter dix jours plus tard… ses 50 ans ! Un niveau de performance jamais vu à un tel âge depuis l’essor de l’ultra-trail il y a une quinzaine d’années. Car après avoir délogé le record de Kilian Jornet sur la Hardrock 2024 (21h33 contre 21h36), Ludovic Pommeret a cette fois largué à plus d’1h20 des coureurs de la trempe de Mathieu Blanchard, Germain Grangier et Zach Miller.

Pour sa dernière victoire sur la Hardrock 100, en juillet dernier, Ludovic Pommeret (à droite) avait comme pacer de luxe un certain Jim Walmsley.
Pour sa dernière victoire sur la Hardrock 100, en juillet dernier, Ludovic Pommeret (à droite) avait comme pacer de luxe un certain Jim Walmsley. - S. Dugué/Hoka

« Les gains marginaux ? Il ne fait gaffe à rien »

De quoi le conforter dans son invraisemblable défi : courir trois des quatre plus prestigieux « 100 miles » au monde : la Hardrock, l’UTMB Mont-Blanc (6e en 20h40) fin août, et enfin la Diagonale des Fous (175 km et 10.500 m de D+) qui s’élance ce jeudi (20 heures) à La Réunion. « Cet enchaînement n’était pas prémédité, assure le Savoyard. Je devais courir l’UTMB avec mon épouse Céline, avec en gros objectifs sportifs "seulement" la Hardrock et la Diag. Et puis Céline s’est blessée. Comme j’avais le dossard et qu’on était sur mon 50e anniversaire, pourquoi pas tenter les trois ? »

Dans l’histoire, seule l’Américaine Courtney Dauwalter (victorieuse de la Western States, de la Hardrock, et de l’UTMB en 2023) avait réussi un triptyque comparable, alors à 38 ans. De quoi bluffer son ami Arthur Joyeux-Bouillon, lui aussi engagé sur la Diag. Car Ludovic Pommeret détonne autant par son âge que par son détachement.

« Ludo, c’est une énigme pour moi, il est vraiment à part. On parle à présent sans cesse de gains marginaux dans le trail élite et lui ne fait gaffe à rien. En prépa, il peut te sortir des volumes indécents de ski alpinisme comme avoir la flemme et faire une coupure de trois semaines. De même, il est capable de sauter un repas, de n’avaler que des bonbons ou de se faire une grosse bouffe. Il ne se prend jamais la tête. On ne me croit pas quand je raconte ses histoires. »

Arthur Joyeux-Bouillon, traileur élite et ami de Ludovic Pommeret

Une cinquantaine de places grattées sur l’UTMB 2016

Un chambrage que l’intéressé ne nie pas réellement : « Arthur exagère un peu mais je ne me prive de rien, que ce soient les raclettes, tartiflettes ou pizzas. Je suis aussi dans l’excès au niveau de la charcuterie et des bonbons, ça c’est sûr. Mais bon, je me dépense quand même pas mal ». Ça n’est pas la seule singularité de cet ancien ingénieur en Suisse, qui avait décliné en 2009 la proposition de collaboration de Philippe Propage.

« Ludo ne s’entraînait pas à cette époque, il se contentait de courir, résume l’entraîneur français. Je lui avais écrit pour lui signaler qu’il n’exploitait pas son plein potentiel. Il m’avait répondu qu’il n’en éprouvait pas le besoin, avant qu’il ne revienne vers moi en 2015. » Retenu en équipe de France de trail cette année-là, celui qui accepte enfin de se « structurer un peu » signe son premier exploit sur l’UTMB 2016. Pourtant loin d’être une évidence après 60 km d’épreuve.

« Il vomissait de partout, il était passé de la 2e à la 50e place après 7 heures de course, se souvient Philippe Propage. Je demandais à son épouse de lui dire de s’arrêter là car ça ne rimait à rien, d’autant qu’il y avait un Championnat du monde juste après. Si j’avais été sur place, il m’aurait écouté et il aurait abandonné. C’était impossible de l’imaginer remonter ne serait-ce que dans le Top 10… » Challenge accepted. Ludovic Pommeret remporte le Graal à Chamonix en pile 22 heures, au bout d’un retournement de situation épique, après avoir gommé un retard d’une heure sur la tête de course.

Il a déjà remporté la Diagonale des Fous en 2021

Suivra « un contrecoup » symbolisé par des abandons sur la Diagonale des Fous 2017 et surtout sur la TDS 2018. « Ce jour-là, j’ai abandonné sans être blessé, note-t-il. Je n’avais plus la motivation pour continuer. Je me suis posé la question d’arrêter les courses. J’ai pu croire qu’en arrivant à 42-43 ans, c’était peut-être la fin logique de ma carrière d’athlète. Et puis j’ai passé ce cap et depuis sept ans, je n’ai plus vécu d’abandon. »

Ludovic Pommeret a survolé l'édition 2025 de la Hardrock 100, en juillet dans le Colorado.
Ludovic Pommeret a survolé l'édition 2025 de la Hardrock 100, en juillet dans le Colorado. - S. Dugué / Hoka

Avec même à la clé un succès sur la Diagonale des Fous 2021 (partagé avec l’Italien Daniel Jung), puis ce doublé sur la Hardrock 100. Existe-t-il une part de rationnel dans cette ascension d’un quinquagénaire jusqu’au sommet de l’ultra-trail mondial, alors que la discipline n’a jamais connu une telle densité de coureurs professionnels ?

« Il trouve toujours une ruine à retaper »

Arthur Joyeux-Bouillon lance au sujet de son « grand frère de sport » : « Ludo a toujours pratiqué des sports de montagne. Autant il manque de fibres rapides, autant il a de solides atouts pour encore rivaliser avec les meilleurs sur des courses longues, lentes et très mentales. Mais lui-même ne sait pas tellement pourquoi il est en train de vivre un rebond aussi puissant. C’est l’exemple à suivre, il nous fait tous halluciner en Benjamin Button ». Son coach est tout autant sidéré.

« Je n’ai jamais vu des athlètes comme Ludo. Avec lui, je suis obligé d’adapter mes entraînements. Quelque part ça me frustre mais je me plie à ses envies. Et puis il construit des maisons, c’est fantastique. Avant son enchaînement UTMB-Mondiaux en 2016, il était à quatre pattes en train de faire le carrelage de son beau-frère. Là, entre l’UTMB et cette Diag, il faisait la charpente d’une de ses filles. Il trouve toujours une ruine à retaper… Si je lui mets une journée de repos dans son planning, il va en profiter pour couper cinq stères de bois, c’est son équilibre de vie. »

Philippe Propage, entraîneur de Ludovic Pommeret

Le fringant quinqua est bien conscient que son hyperactivité ne colle pas vraiment au trail de haut niveau : « C’est sûr qu’au niveau du repos, ça n’a pas été l’idéal pour moi depuis l’UTMB. J’ai perdu 2 kg en une semaine de chantier sur la charpente de ma fille. Mais j’ai des trucs à faire, c’est comme ça. Si tu mises absolument tout sur ta préparation de course, tu n’avances pas ce que tu as à faire. Et mentalement, ça va te faire gamberger. Alors si tu n’atteins pas ton objectif de course, c’est la double peine ».

Sur la course reine de l'UTMB Mont-Blanc (ici l'édition 2024), Ludovic Pommeret a signé cinq Top 10, dont un succès épique en 2016.
Sur la course reine de l'UTMB Mont-Blanc (ici l'édition 2024), Ludovic Pommeret a signé cinq Top 10, dont un succès épique en 2016. - UTMB

Une retraite professionnelle planifiée à 50 ans

Ou double victoire vendredi soir pour Ludovic Pommeret au stade de La Redoute à Saint-Denis ? C’est en tout cas aussi grâce à son goût des constructions de maisons, plus « quelques investissements immobiliers », que le traileur du Team Hoka a pu faire aboutir en mars 2025 le projet de vie planifié avec son épouse : une retraite professionnelle à 50 ans. Et oui, cela fait sans doute de lui le seul athlète au monde devenu pro à un tel âge.

Une trajectoire insolite pour ce Savoyard authentique, qui a eu le goût des challenges sportifs XXL autour des 25 ans, quitte à longtemps se casser les dents sur les distances d’ultra-trail, « en courant seulement au feeling ». Coauteur de son livre A Contretemps, publié en septembre aux éditions Mons, Franck Berteau nuance : « OK, il est ultra-gourmand et il donne l’impression de toujours être dans la spontanéité. Mais il est rigoureux et très déterminé. Il a connu le trail d’avant et il mène la vie la plus normale possible, tout en étant intéressé par des démarches d’optimisation ».

« J’ai une petite appréhension »

Ludovic Pommeret assure tout de même « ne pas du tout s’appuyer sur les datas » en vue de ses courses. « Mathieu Blanchard était étonné d’apprendre que je ne connaissais pas mes seuils en course, raconte-t-il. Je ne m’appuie pas sur ma montre ou sur mon cardio. Ça peut te tuer le moral si tu vois que tu as 10 minutes de retard sur tes planifications, alors qu’on dépend des conditions météorologiques et de l’état des sentiers. »

Ceux de La Réunion, Ludovic Pommeret les connaît parfaitement. Mais il l’avoue : « J’ai une petite appréhension. Je me demande si mon corps va supporter ces trois ultras à la suite ». Attention, n’allez pas imaginer que cet enchaînement inédit puisse être son bouquet final. « Je ne me fixe pas de limites tant que ça va et que je garde cette envie de courir et de profiter aussi de tous ces voyages », glisse-t-il.

Notre dossier sur l'ultra-trail

Et comment, Ludovic Pommeret vient d’être invité au premier Tahiti Moorea Ultra-Trail (80 km) fin décembre. Pour sa saison 2026, il est tenté de découvrir le Marathon des Sables au Maroc (250 km en avril 2026) et de viser le triplé sur la Hardrock. Puis de faire un break avec l’UTMB Mont-Blanc, le premier depuis onze ans. Avant que notre Benjamin Button de Maurienne ne reparte pour cinq autres Top 10 d’UTMB à la suite à partir de 2027, qui sait ?