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Un nouveau scandale d’arbitrage digne du Calciopoli en Italie ?

Italie : Vingt ans après le Calciopoli, se dirige-t-on vers un nouveau scandale d’arbitrage ?

JusticeL’actuel patron des arbitres du football italien, Gianluca Rocchi, est mis en examen par le parquet de Milan pour complicité de fraude sportive
2006, année de la dernière victoire de l’Italie dans un match de Coupe du monde
Jérémy Laugier

J.Lau.

L'essentiel

  • Le football italien traverse une crise majeure avec un nouveau scandale d’arbitrage impliquant Gianluca Rocchi, chef des arbitres italiens depuis cinq ans.
  • Celui-ci est mis en examen par le parquet de Milan pour complicité de fraude sportive. Il est notamment accusé d’avoir désigné des arbitres favorables à l’Inter Milan lors de matchs cruciaux en avril 2025.
  • L’enquête, ouverte par le parquet de Milan à la suite d’un courrier d’un arbitre assistant démis de ses fonctions, révèle plusieurs faits troublants, principalement sur des interventions supposées auprès des arbitres VAR. Au total, trois personnes sont pour l’instant mises en examen, dont Gianluca Rocchi, convoqué jeudi.

Le football italien a rarement traversé dans son histoire une saison aussi sombre sur le plan sportif, puisqu’aucun club transalpin ne s’est hissé dans le dernier carré d’une des trois Coupes d’Europe, et que la Nazionale va surtout manquer sa troisième Coupe du monde consécutive cet été. Cerise sur le panettone : après la récente démission du président de la Fédération italienne de football Gabriele Gravina, un nouveau scandale d’arbitrage vient de surgir et il n’a pas fini de secouer la Serie A.

Un homme, jusque-là méconnu du grand public hors Italie, se trouve en première ligne de cette enquête ouverte par le parquet de Milan : Gianluca Rocchi. Cet ancien arbitre ayant participé à la Coupe du monde 2018, chef des arbitres italiens depuis cinq ans et donc chargé des désignations au sifflet pour les matchs des différentes compétitions en Italie, est mis en examen pour complicité de fraude sportive. Il est notamment accusé d’avoir désigné des arbitres supposés favorables à l’Inter Milan lors de deux matchs cruciaux ayant eu lieu en avril 2025.

Ici aux côtés de la journaliste Federica Masolin, lors d'une cérémonie du football italien en décembre 2025, Gianluca Rocchi est en première ligne de l'enquête ouverte par le parquet de Milan.
Ici aux côtés de la journaliste Federica Masolin, lors d'une cérémonie du football italien en décembre 2025, Gianluca Rocchi est en première ligne de l'enquête ouverte par le parquet de Milan.  - Mangiarotti/Terenghi/IPA/SIPA

Trois personnes mises en examen jusque-là

On parle de la demi-finale retour de la Coupe d’Italie contre l’AC Milan (0-3 après le 1-1 à l’aller), et d’un déplacement de Serie A à Bologne (1-0) essentiel dans la quête du titre de champion. De quoi concurrencer la tristement célèbre affaire du Calciopoli, qui fête son 20e anniversaire cette année, même si Naples avait finalement remporté la Serie A et Bologne la Coupe cette année-là ? C’est encore trop tôt pour le dire, mais cette enquête déclenchée par un courrier envoyé au parquet de Milan par Domenico Rocca, arbitre assistant démis de ses fonctions en juin 2025 et se plaignant de notes qu’il jugeait injustes, contient plusieurs faits troublants.

On pense notamment à cette intervention supposée de Gianluca Rocchi auprès des arbitres VAR pour un Udinese-Parme (1-0) en mars 2025, marqué par un penalty transformé par Florian Thauvin. Si le parquet de la fédération italienne de football (FIGC) a classé l’affaire sans suite, le parquet de Milan a bien ouvert une enquête, comme l’a révélé samedi l’agence de presse AGI. Parmi les autres mis en examen, on compte Daniele Paterna, arbitre VAR lors de ce fameux Udinese-Parme, ainsi qu’Andrea Gervasoni, ex-arbitre devenu superviseur VAR, et soupçonné comme Rocchi d’être intervenu en plein match (un Salernitana-Modène de Serie B en mars 2025) dans la salle dédiée aux arbitres VAR.

Le président de l’Inter assure être « serein »

On en saura vite davantage puisque Gianluca Rocchi, qui nie les différentes accusations, est convoqué jeudi par le parquet de Milan. Au cœur des polémiques pour un match plus ancien aux décisions arbitrales controversées (un succès 2-1 contre l’Hellas Vérone en janvier 2024), l’Inter Milan a officiellement réagi dimanche.

« Nous apprenons tout par la presse, a indiqué le président Giuseppe Marotta sur Sky. Nous n’avons pas d’arbitres favorables ou défavorables. La saison dernière, et je ne le dis pas pour me plaindre, nous avons objectivement subi des décisions défavorables, et certaines ont été reconnues comme telles. Je suis serein, nous n’avons rien à voir avec tout cela. »

Gianluca Rocchi est ici au sifflet d'un match de Serie A entre l'Inter Milan et l'Atalanta, disputé en janvier 2020 à San Siro.
Gianluca Rocchi est ici au sifflet d'un match de Serie A entre l'Inter Milan et l'Atalanta, disputé en janvier 2020 à San Siro. - L. Bruno/AP/SIPA

Le « pierre-feuille-ciseaux » décisif au centre VAR ?

Le président de la Serie A Ezio Simonelli a de son côté annoncé : « Il n’est en aucun cas acceptable de mettre en doute la régularité du championnat ». Il n’empêche que l’ancien arbitre de Serie A Pasquale De Meo a dénoncé lundi auprès d’AGI une pratique de Gianluca Rocchi. Celui-ci aurait mis en place une sorte de code gestuel permettant de corriger des décisions VAR depuis l’extérieur de la salle dédiée.

Notre dossier sur la Serie A

« Il s’agissait de gestes décidés lors des réunions privées hebdomadaires des arbitres, comme le geste du "pierre-feuille-ciseaux" », lance Pasquale De Meo, qui se dit « heureux » de voir l’affaire dans les mains d’un « organe véritablement impartial ». On souhaite bien du courage au football italien pour se relever de cette saison cauchemardesque.