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Qu’a-t-on le droit de filmer ou photographier avec des lunettes connectées ?

Lunettes connectées : Qu’a-t-on vraiment le droit (ou pas) de filmer et photographier ?

BIG BROTHERDe vue, de soleil ou de sport et de plus en plus répandues, certaines de leurs fonctions questionnent
Christophe Séfrin

Christophe Séfrin

L'essentiel

  • Ray-Ban Meta ; Okley et désormais Samsung : les lunettes connectées disposant de caméras et de micros envahissent notre quotidien.
  • Derrière certaines de leurs fonctions enthousiasmantes à base d’IA, la question se pose quant à l’intrusion que ces binocles peut constituer dans la sphère privée ou publique.
  • En France, ces lunettes sont assimilées à des smartphones auxquels s’appliquent des recommandations d’usage très strictes.

On les repère sur de plus en plus de visages. Ressemblant à de classiques lunettes de vue, de soleil ou de sport, leurs branches intègrent de petites caméras presque invisibles à l’œil nu. Ray-Ban Meta, Okley ou Samsung... Les lunettes connectées permettent de convoquer l’IA afin d’obtenir des informations : l’intelligence artificielle identifie ce que l’on regarde et nous renseigne.

Mais ces fameuses binocles servent aussi à photographier et à filmer en déclenchant une prise des vues d’une simple pichenette de l’index. Tenté de jouer aux espions ? Attention, filmer n’est pas (toujours) jouer !

Enthousiasmantes et inquiétantes

Le dernier gadget high-tech à la mode suscite autant de curiosité que d’appréhension. D’un côté, les promesses des lunettes connectées comme les Ray-Ban Meta (les plus connues) sont à bien des égards enthousiasmantes. Pouvoir à tout moment disposer d’informations directement sur un écran intégré - si elles en disposent - ou en audio, en réponse à une question qu’on leur pose, ouvre ainsi le champ des possibles. Même si cette fonction IA reste encore perfectible, on imagine que la technologie n’aura de cesse d’avancer.

Pouvoir photographier ou filmer sa petite famille, un événement, un spectacle, sans sortir son smartphone de sa poche, fait aussi partie de cas d’usage prometteurs.

Mais d’un autre côté, cette fonctionnalité soulève aussi des inquiétudes : tout détenteur de ces lunettes peut facilement effectuer des captations sans que l’on s’en rende compte. Car même si un petit voyant rouge s’allume sur leur monture lorsqu’elles filment, pas sûr que l’on s’en aperçoive. D’autant qu’une personne mal intentionnée peut assez facilement dissimuler le voyant…

Les nouvelles lunettes connectées Samsung/Google co-développées avec Gentle Monster.
Les nouvelles lunettes connectées Samsung/Google co-développées avec Gentle Monster. - Samsung

Ainsi, selon une enquête publiée en mai 2026 par la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés)* 67 % des personnes sondées estiment que ces lunettes représentent un risque d’atteinte à la vie privée. Pire : 9 Français sur 10 trouveraient dérangeant d’être pris en photo ou filmés avec des lunettes connectées. Un sentiment d’autant plus net chez les femmes (à 65 %) et les femmes de 50 ans et plus (à 67 %) !

Assimilées à des smartphones

En France, les lunettes connectées sont assimilées à des smartphones. Leur utilisation est, en principe, soumise au RGPD et à la loi Informatique et Libertés. Ainsi, un utilisateur de lunettes connectées doit prévenir et obtenir le consentement de toute personne qu’il souhaiterait filmer ou photographier afin que cette captation ne se fasse pas à son insu. Parmi les bonnes pratiques qu’elle promeut, la CNIL invite également les possesseurs de lunettes « intelligentes » à ne pas filmer dans des lieux où « les gens ne s’attendent pas à être captés, notamment les espaces intimes ou sensibles ». Entendez des vestiaires, des toilettes…

Cela peut faire sens pour la majorité, mais on peut imaginer que certains petits malins n’ont pas attendus pour tenter l’expérience… Des piscines envisageraient actuellement d’interdire ces lunettes dans leur enceinte. Dans un autre registre, l’État de New York a prononcé l’interdiction totale des binocles dans 1.240 tribunaux. De nombreuses universités les bannissent aussi dans leurs centres d’examen…

Jusqu’à 45.000 euros d’amende

Utilisateur de lunettes connectées, on évite également de les porter sur son lieu de travail où elles peuvent soulever des questions de confidentialité. Cependant, filmer dans les lieux publics reste possible, si cela reste dans un cadre strictement personnel, sans viser une ou des personnes en particulier. Filmer est une chose. Partager ses vues en est une autre.

Notre dossier sur les «Objets connectés»

Ainsi, il est bon de rappeler que toute diffusion d’images ou de vidéos sans le consentement des personnes qui y figurent de façon identifiable est passible de sanctions. C’est ce que l’on appelle l’atteinte au droit à l’image. L’article 226-1 du Code pénal punit notamment d’un an d’emprisonnement et de 45.000 € d’amende « le fait de porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui en fixant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de celle-ci, l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé ». Bref, avant d’appuyer sur le déclencheur, il est impératif d’y regarder à deux fois…

* Réalisée sur le terrain par Toluna/Harris Interactive du 22 au 29 janvier 2026 sur un échantillon de 2.128 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus.