UTMB 2026 : Comment Marco Olmo régnait sur l’ultra-trail mondial à 58 ans, avec son collant fuchsia « légendaire »
Le trail, il a changé•A l’occasion du 23e Ultra-Trail du Mont-Blanc (174 km et 9.900 m de D +), qui part ce vendredi (17h45) de Chamonix, « 20 Minutes » revient sur l’un des sacres les plus fous de l’épreuve, il y a vingt ans, avec l’Italien Marco Olmo et son iconique collantJérémy Laugier
L'essentiel
- Marco Olmo figure très haut parmi les succès les plus dingues de l’histoire de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), qui lance ce vendredi (17h45) la 23e édition de sa course reine de 174 km (et 9.900 m de D +) à Chamonix.
- Car cet Italien surtout connu pour sa régularité sur le Marathon des Sables est parvenu à l’emporter en 2006 et en 2007 sur l’UTMB… à 57 et 58 ans ! Un record qui ne sera sans doute jamais égalé, sur lequel revient 20 Minutes à l’occasion du 20e anniversaire de son (premier) exploit dans les Alpes.
- Les performances de ce personnage « très discret », qui court encore à bientôt 78 ans, fascinent toujours le monde de l’ultra-trail, qui n’est pas près d’oublier son équipement atypique, marqué par un collant fuchsia iconique et ses baskets de route Mizuno.
De notre envoyé spécial à Chamonix,
Si 18 des 22 sacres suprêmes de l’ultra-trail ont été remportés par des coureurs de moins de 40 ans, un nom fascinera toujours dans le palmarès de l’UTMB : Marco Olmo. Cet Italien décrit comme « très discret » est en effet devenu le boss de Chamonix sur deux éditions consécutives, en 2006 et 2007… à 57 et 58 ans ! Une performance bluffante qui pousse 20 Minutes à revenir sur cette folle histoire, à l’occasion du 20e anniversaire de la première conquête de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc par l’atypique Piémontais.
Après avoir grandi dans une famille d’agriculteurs, il travaille dans une usine de ciment dès l’âge de 14 ans, avant de devenir conducteur d’engin sur des chantiers dans la province de Coni. Marco Olmo n’avait donc vraiment pas la vie professionnelle rêvée pour percer dans les compétitions de course à pied.
Un spécialiste du Marathon des Sables
C’est quasiment avec un statut de retraité que notre frêle gaillard de Robilante, tout près de la frontière française, se met pour de bon au trail running. On retrouve cet ex-fondeur vite accro au Marathon des Sables et son format de plus de 220 km, sur lequel il a concouru jusqu’en 2017 (oui oui, à 68 ans !), avec une douzaine de top 15 à son actif.
Sa grande première sur l’UTMB a lieu en 2005, avec une 3e place, pour la troisième édition d’une course qui n’a évidemment pas l’aura de 2026 (départ ce vendredi à 17h45). Marco Olmo va surtout vite régaler les foules avec un collant fuchsia qu’on imaginerait plus extrait d’une émission « Gym Tonic » avec Véronique et Davina (vous avez la ref ?) que d’une tête de course dans les Alpes dans les années 2000.
Le délire du compte des Genoux du Gif sur le style global de Marco Olmo lors de l’UTMB 2006 (ci-dessous) vaut clairement le coup d’œil. « Ce collant est légendaire, je l’adore, sourit Catherine Poletti, cofondatrice de l’UTMB en 2003. Il fallait oser, disons qu’il avait une certaine créativité. » Marco Olmo n’a guère apprécié qu’on lui ressorte vite ce dossier en l’interviewant au téléphone.
Il cite Woody Allen et largue la concurrence
« C’est dommage que vous vous souveniez de moi pour mon collant, s’agace-t-il. Il s’agissait simplement d’un pantalon masculin de ski nordique. Il était sorti une dizaine d’années plus tôt donc ça n’était plus trop à la mode, c’est vrai. Mais c’était encore en bon état et je suis du style Woody Allen : « Whatever works » [« peu importe tant que ça marche »]. »
Comme notre interlocuteur reste heureusement un bon chambreur, il enchaîne : « Je savais que mes adversaires rigolaient dans mon dos, mais j’ai rigolé à mon tour quand je les ai battus. » Car tenue fluo WTF ou pas, Marco Olmo a largué la concurrence deux années de suite, en l’emportant en 21h06 en 2006 (sur une version 158 km) puis en 21h31 en 2007 (sur 163 km).
« C’est vrai que ce collant était drôle, se remémore le Français Guillaume Millet, 5e en 2006 et 6e en 2007. Mais on disait avant tout que c’était le gars âgé qui gagnait, pas le type au collant fuchsia. » Il ne s’agit pas de la seule bizarrerie sur cette photo devenue culte.
De simples baskets font l’affaire pour survoler l’UTMB
Même si une marque comme Hoka n’existait pas encore il y a vingt ans, voir le Transalpin s’aventurer pour plus de vingt heures en montagne avec de simples baskets de route Mizuno pousse à sourire. « C’est sûr que son équipement dénotait, même à l’époque, avec ses chaussures qu’il avait limite achetées la veille au supermarché, confirme le taquin Guillaume Millet. Mais à partir du moment où il n’y a pas de boue sur l’UTMB, son choix n’était pas complètement déconnant. »
Là non plus, ne comptez pas sur Marco Olmo pour en faire toute une histoire : « J’ai utilisé ce modèle pendant une dizaine d’années et ça m’allait très bien ainsi. Les chaussures de trail ne font pas de miracles. » Non sponsorisé lors de ses deux sacres sur l’UTMB (coucou Vincent Bouillard), celui-ci apporte même une précision sur ses chaussettes typées tennis sur la fameuse photo : « J’avais tenu à acheter des chaussettes en coton toutes simples sur le marché car je ne voulais pas faire de pub gratuite. » Un personnage on vous dit, ce Marco…
Guillaume Millet nous livre un autre souvenir montrant à quel point l’ultra-traileur italien était à part lors de son back to back : « Il était l’un des rares à se passer de bâtons. » « J’avais de bonnes jambes mais pas de bons bras », répond l’intéressé sur ce point. Vainqueur de l’UTMB en 2004, Vincent Delebarre pensait remettre ça deux ans plus tard, jusqu’à ce qu’il ne se fasse rattraper puis lâcher par le quinqua de Robilante, dans la montée en direction de Trient. « C’est la première fois que je le rencontrais en course, confie-t-il. Il est arrivé avec ses mains dans le dos et il m’a sorti "Ciao va bene" en mâchant du pain et en enchaînant des grandes enjambées pour me doubler. »
Une posture de « surveillant de lycée » en montée
Vincent Delebarre ne le rattrapera jamais, et il finira 3e à 53 minutes du grand vainqueur du jour. Le mystère Marco Olmo tient justement aussi dans cette étonnante posture en montée. « C’est le seul traileur que j’ai vu ainsi en course, penché en avant avec ses mains dans le dos comme un surveillant de lycée, note Guillaume Millet. Je n’ai jamais su m’expliquer pourquoi il se positionnait ainsi. »
On tient en exclu la réponse du premier concerné : « C’était ma technique pour moins disperser mon énergie dans des moments de fatigue en montée, c’est tout. » Vincent Delebarre, qui a désormais à son tour 58 ans, a parfois pu côtoyer Marco Olmo et comprendre un peu mieux le secret de sa réussite.
« Déjà, c’est un gars simple, nature, qui ne boit pas une goutte d’alcool. C’est aussi un véritable métronome, habitué à prendre les devants avec sa foulée rasante comme il le montrait sur le Marathon des Sables. Tout ça n’est pas un hasard : dans sa vie, il partait courir deux ou trois fois par semaine seul en montagne, et sur toute la journée. Sa force a aussi toujours été de faire abstraction des autres sur une course. »
Comment juger ce doublé, en 2026, au vu de la métamorphose totale du trail élite, qui n’était encore qu’aux prémices de sa professionnalisation il y a vingt ans ? « Il ne faut pas considérer que l’UTMB était alors une course de village, rappelle Guillaume Millet. C’était déjà l’épreuve que tout le monde voulait gagner. »
Soupçonné de dopage par certains coureurs
Pour Vincent Delebarre, « avec ces performances de 2006 et 2007, Marco serait encore dans le Top 10 de l’UTMB aujourd’hui ». Deux décennies après la plus grande victoire de la carrière d’Olmo, Catherine Poletti est toujours aussi admirative : « Il est dans le top 10 des traileurs et traileuses qui ont marqué l’histoire de l’UTMB. Il a laissé une trace indélébile, celle d’un mythe. »
Car même l’inoxydable Ludovic Pommeret (51 ans), triple vainqueur en titre de la prestigieuse Hardrock 100 (Colorado), s’est au mieux classé 4e à Chamonix depuis qu’il a franchi la barre des 45 ans. Reste une zone d’ombre dans cette belle histoire, puisque des coureurs nous expliquent douter des performances de Marco Olmo au plus haut niveau, à une époque où les contrôles antidopage étaient (encore) plus rares qu’aujourd’hui dans le trail.
« C’est vrai qu’après ses victoires sur l’UTMB, on entendait des choses, vu qu’on était juste après les fameuses années du sport italien avec beaucoup de dopage, notamment dans le cyclisme et le ski de fond, indique Guillaume Millet, devenu physiologiste du sport. Et comme c’était lui-même un ancien du ski de fond… Alors oui on peut douter, mais je ne doute pas plus d’Olmo que des autres. Ça n’est pas parce qu’il est Italien qu’il faut tout de suite fabuler. »
Quand Kilian Jornet lui succède au palmarès… à 20 ans !
A ce sujet, dans une interview donnée en 2014 au site U-Run, Marco Olmo lançait de lui-même le sujet en affirmant : « Je ne me suis jamais dopé. » Lorsqu’on revient sur son invraisemblable prime sportif à 57 et 58 ans, il savoure : « Je sais que mon âge fascinait les gens. C’est toujours une fierté d’être le vainqueur le plus âgé ici, et ce record restera pour toujours. La clé, c’est que je me préparais bien dans mon coin, sans entraîneur, sans plan d’entraînement, et sans la pression des sponsors. »
Suivi pour le documentaire The Runner, à l’occasion de ce qui sera son dernier UTMB en 2008, Marco Olmo est contraint d’abandonner cette année-là au ravitaillement de Vallorcine (km 149), en raison de vives douleurs à la jambe droite. Plus de deux heures devant lui au moment de son abandon, un ultra-traileur de 20 ans, encore inconnu du grand public, s’envole vers le Graal. Vous l’aurez compris, il s’agit de Kilian Jornet, qui déclenche ce 30 août 2008 la véritable révolution d’une discipline jusque-là réservée aux quadras (a minima).
Notre dossier sur l'UTMBSi la star espagnole a déclaré forfait la semaine passée pour cet UTMB 2026, Marco Olmo ne s’imagine plus depuis longtemps participer au rendez-vous ultime de l’ultra. « Aujourd’hui, je ne serais pas capable de finir l’UTMB, même dans un temps très large. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. » Certes, mais on signerait pour boucler à 77 ans un 12 km (avec 700 m de D +) en 1h27, comme ce cher Marco Olmo l’a fait il y a trois mois.



















