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Cette fois, Léon Marchand entre dans la grande histoire du sport

JO 2024 – Natation : Cette fois, Léon Marchand entre dans la grande histoire du sport

légendeAvec quatre médailles d’or individuelles dans ces JO de Paris, Léon Marchand n’est plus seulement une légende de la natation, mais une icône mondiale
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Léon Marchand a remporté vendredi soir la nouvelle médaille d’or sur le 200 m 4 nages, son quatrième titre olympique en individuel lors de ces JO de Paris.
  • Le Français, déjà dans l’histoire du sport français, entre cette fois dans la cour des très grands de ce monde, tous sports confondus.
  • Lui prend ça avec du recul… en tout cas pour l’instant, car sa compétition n’est pas finie. Ce week-end, il va tenter de décrocher deux nouvelles médailles avec les relais.

A Paris La Défense Arena,

C’est donc ça, avoir un géant du sport à la maison ? Observer les barrières tomber une à une, sans même qu’on n’ait le temps de bien mesurer la portée de la précédente ? Mercredi, Léon Marchand était devenu une légende de la natation française, d’abord, avec une deuxième médaille d’or, puis une légende mondiale une heure plus tard avec cet inédit doublé. Déjà du passé. Ce vendredi soir, le prodige toulousain a explosé tous les plafonds avec un quatrième titre olympique en individuel sur une même édition, grâce à sa victoire sur 200 m 4 nages.

A 22 ans, le Français a désormais sa place dans la grande histoire du sport, de celle qui vous confère une aura planétaire et que l’on cite en référence absolue, comme Michael Jordan, Roger Federer, Usain Bolt ou Tiger Woods. Il n’y en a pas quarante qui viennent de la nat’, il n’y en avait que deux : Mark Spitz et Michael Phelps. Messieurs, il est l’heure de se décaler un peu et d’ajouter une chaise au nom de Marchand.

Léonmania

Se rend-il compte de tout ça, de la « Léonmania » qui déferle déjà sur la France ? Pas encore, bien sûr, car il a passé sa semaine à l’abri dans sa bulle, concentré sur son défi. « J’ai vu des vidéos, quand même, avoue-t-il en se marrant. Mais ça me fait kiffer, c’est énorme ! Je m’attendais à pas grand-chose, en fait, je voulais garder la surprise. Et pour l’après, le nouveau Léon, ça, on verra la semaine prochaine. »

Il a raison. Pour l’instant, il est l’heure de savourer, et ce quatrième titre n’a pas tout à fait le même goût que les autres. Car c’était la der' en individuel, et à la fin de sa course, on a bien senti qu’il s’est autorisé, enfin, à lâcher un peu de pression. « Je me suis dit qu’il fallait que je profite, raconte-t-il. C’est difficile de décrire le sentiment que j’avais à ce moment-là. Je suis assez timide, tout ça n’est pas trop ma zone de confort, mais j’avais juste envie de laisser exploser ma joie et de kiffer. »

Cette joie était contagieuse. Le public, chauffé à blanc par le show Florent Manaudou juste avant, l’a accompagné à chaque pas, depuis sa sortie du bassin jusqu’à son retour pour le podium. Juste avant de monter sur la plus haute marche pour recevoir sa médaille, il s’est tourné pour lancer un « oléééé » avec tout le monde. Après sa quatrième Marseillaise de la semaine, il est resté longtemps dans la salle, à prendre des photos, faire des câlins avec sa famille et s’amuser avec les spectateurs qui voulaient rester un peu.

« Quand je vois tout le public qui scande son nom, qui reste pour l’applaudir, le toucher, vivre ça avec lui, je me dis que c’est extraordinaire », décrit son formateur, Nicolas Castel. Ce dernier essaie de se contenir, mais ses yeux rougis le trahissent. « Les émotions commencent à lâcher, reconnaît-il. Toute la semaine, il a fallu se retenir, là, c’est difficile. On reste pro, mais ça fait du bien d’en lâcher une petite [larme] quand même. »

« La marque des grands »

Quelques minutes plus tard, Bob Bowman débarque à son tour. Comme d’habitude, le ton est beaucoup plus formel. Ça n’empêche pas l’admiration. « Sa performance est incroyable et unique. Comme Michael [Phelps], Léon fait partie désormais du club très fermé de ceux qui performent encore mieux sous la pression, estime le mythique coach américain. Ça, c’est la marque des grands. »

Sa course a encore une fois été phénoménale, c’est vrai. Deuxième au premier 50 m, il a pris la tête dès la coulée suivante et ne l’a plus lâchée, emporté par un public toujours plus cinglé. Au final, un chrono encore pharaonique de 1’54’’06. Record olympique de Phelps raboté, record du monde de Lochte raté de seulement six centièmes. « Sa meilleure course », salue Bowman, alors qu’il en avait déjà dix dans les pattes, lesté par les attentes de tout un pays.

Oh les frissons.
Oh les frissons.  - Manan Vatsyayana / AFP

Mais comment fait-il ? Tout le monde se le demande, bien sûr. Au-delà d’un physique hors normes taillé par des milliers d’heures d’entraînement, il y a surtout, de notre point de vue, sa manière d’aborder les choses. Son programme ultra-serré de la semaine ne l’a pas empêché de profiter dès qu’il pouvait. Il ne s’est jamais isolé plus que nécessaire, un piège évité grâce à une préparation mentale calibrée pour cette semaine historique, au cours de laquelle il savait qu’il devrait se nourrir de l’énergie des autres.

Quelques heures avant sa course, vendredi, il a regardé Teddy Riner relever lui aussi son grand défi. Les deux athlètes n’en sont pas au même stade de leur carrière, leurs disciplines n’ont rien à voir, mais ils appartiennent tous les deux à la caste des géants. Léon Marchand vient d’y entrer avec fracas avec ces quatre titres, une performance inédite pour un athlète français. Voici sa réponse quand on lui demande ce que ça lui fait :

« Pour moi, ce n’était même pas possible de faire ce genre de choses. J’avais quatre chances pour faire une médaille d’or, ce qui était mon rêve, et je l’ai fait dès le premier jour. Après, j’avais ce défi assez fou, pour lequel je travaille tous les jours mais de le faire quatre fois concrètement, devant 15.000 personnes qui scandent mon nom, avec beaucoup de pression sur mes épaules, c’est énorme. Je suis trop fier. »

Léon Marchand

Avant de pouvoir définitivement lâcher prise et fêter tout ça comme il se doit, il lui reste deux relais (4x100 4 nages mixte et messieurs) à courir avec les copains et les copines de l’équipe de France. Connaissant l’état d’esprit du garçon, sûr qu’il fera tout pour emmener tout le monde sur la boîte avec lui, autant pour compléter sa fantastique collection de médailles que pour partager avec les autres cet inoubliable grand moment d’histoire. Ce Léon est un inépuisable Marchand d’émotions.