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Les épéistes bouclent leur année chaotique par une énorme désillusion

JO 2024 – Escrime : « Il n’y a pas de hasard »… Les épéistes bouclent leur année chaotique par une énorme désillusion

Chou blanc doncFavoris, les épéistes tricolores n’ont même pas réussi à ramener le bronze, ce vendredi au Grand Palais. Le symbole d’une saison chaotique
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • L’équipe de France masculine d’épée a été battue lors de la petite finale et n’a pas décroché de médaille alors qu’elle était favorite.
  • Pourtant en tête avant le dernier relais, l’équipe de France et Yannick Borel ont craqué face à la Tchéquie.
  • Les Bleus paient une saison chaotique en dehors des pistes, notamment avec la fronde de Borel et Cannone, qui ont obtenu le départ d’Hugues Obry et ont quitté l’Insep.

Au Grand Palais,

Ils ont réussi l’exploit de faire taire le Grand Palais. Jusque-là modèle d’explosion sonore dès qu’un semblant de tireur bleu blanc rouge pointait le bout de son arme, et encore en feu lors du quart de finale, l’enceinte parisienne s’est tue, petit à petit, dans les pas d’une équipe de France d’épée complètement à la ramasse lors de la demie face à la Hongrie (45-30), ce vendredi. Même les, rares, touches des Bleus n’étaient plus fêtées. « On s’est fait laver, essorer, passer au sèche-linge », ne pouvait que constater, impuissant, Gauthier Grumier, entraîneur de l’équipe de France d’épée.

La petite visite au pressing effectuée, on pensait les Bleus revenir tout beaux tout propres pour la petite finale, avec la médaille de bronze à la clé. Mais les n°1 mondiaux par équipe, emmenés par Yannick Borel (vice-champion olympique), Romain Cannone (en or à Tokyo) et Luidgi Midelton (champion d’Europe) et Paul Allègre (champion d’Europe par équipe) ont complètement craqué face aux Tchèques, qui n’alignaient pas un seul tireur dans le top 30 et a même eu l’audace de faire entrer Michal Cupr, qui est au-delà du top 150.

« L’addition de la saison »

Symbole de ce craquage, Yannick Borel. Le tout récent médaillé d’argent à l’individuel a complètement sombré lors du dernier relais, alors que les Bleus étaient en tête. Le Guadeloupéen a encaissé un 12-6 fatal, dans l’incompréhension la plus totale du Grand Palais. « Je me sens extrêmement mal, je me dois de finir quelle que soit la manière, a commenté Borel. J’ai eu un trou. Il m’a manqué quelque chose, de la fraîcheur. »

« Ce n’est pas la faute d’un seul tireur, on est un collectif, tempérait Paul Allègre, entré sur la piste dès la demi-finale à la place d’un Cannone à côté de son masque lors de ces JO. Un dernier relais, c’est l’addition des relais précédents, l’addition des journées, l’addition des entraînements, voire de la saison. » Et what a season uh, pour les épéistes français, comme le dirait le capitaine Haddock.

« On ne peut pas parler de hasard »

Cela avait commencé à l’automne. En conflit ouvert avec le manager général de l’arme Hugues Obry, Yannick Borel, Romain Cannone et Alexandre Bardenet avaient quitté l’Insep avant de finir par obtenir la démission d’Obry. Problème, celui-ci est aussi entraîneur de Luidgi Midelton, qui a donc dû se passer de son coach lors des épreuves internationales. Autre souci, Alexandre Bardenet, non qualifié pour les JO, décide de contester cette décision devant le CNOSF, qui le déboutera.

« On ne peut pas parler de hasard dans le sport, sauf dans certaines situations, mais ce n’est pas le cas ici, reprend Allègre, l’un des seuls à avoir vraiment bien tenu son rang. On a vécu une saison difficile, pas vraiment en matière de résultats, car on a eu de bons résultats. Maintenant, on aurait pu arriver dans de meilleures conditions, c’est sûr. » »

Mêmes sensations du côté de Yannick Borel, qui ne voulait pas se cacher malgré la défaite : « Il y a beaucoup de choses qui pourraient expliquer ce résultat. Je ne veux pas fuir mes responsabilités, je suis un athlète, je suis sur la piste, je tenais l’épée, je pouvais faire mieux. Après, toutes ces histoires, est-ce que ça nous a aidés ? Je ne pense pas. On aurait pu faire des choses bien différentes, arriver dans d’autres conditions. C’est trop facile, avec cette frustration, cette négativité, de lâcher des choses. »

« Et, je ne sais pas si c’est lié, mais toute la journée, on a senti que c’était poussif », relance Allègre. Poussif lors de la finale. Très poussif en demi-finale. Et déjà un peu inquiétant face à l’Egypte lors du quart de finale où, les Bleus, qui n’ont quand même jamais été proches de l’élimination, nous ont fait passer quelques sueurs froides, à l’image de Romain Cannone, remplacé lors de la demi-finale par Allègre.

« Je l’ai bien vécu »

« On est dans la sauce, il faut faire un changement pour essayer de redynamiser tout ça, donc je prends la décision à ce moment-là, explique Gauthier Grumier. Pourquoi Cannone, parce que Cannone, vous regardez les matchs comme moi, donc vous avez la réponse. »

Selon, le coach, le champion olympique de Tokyo ne prend pas forcément bien son remplacement. « Comment Mbappé, il prend la chose quand il se fait sortir ? C’est normal, il est déçu aussi de son rendement. » Selon l’intéressé, toujours là où on ne l’attend pas, c’est tout le contraire. « Je l’ai bien vécu, parce que ce sont mes coéquipiers, je les connais par cœur, je connais leur potentiel. »

Malheureusement pour les Bleus, le potentiel ne suffit pas. Et on sentait la catastrophe arriver, en interrogeant Hervé Faget, coach de l’équipe de France féminine d’épée, venu dans le box donner un coup de main à Gauthier Grumier. « On n’était pas à notre niveau. Là, il faut de la motivation plus plus plus. On croyait à la victoire, en faisant avec les moyens actuels. Il n’y avait pas que ça. L’état d’esprit n’était pas bon quand on était en difficulté. Il faut se révolter pour la médaille de bronze, il faut qu’il y ait une révolte interne, entre eux. » La fronde avait déjà eu lieu à l’automne. On ne fait pas deux révolutions dans la même année.