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Les bons réflexes pour éviter les arnaques après le piratage de l’ANTS

Piratage de l’ANTS : Quels risques et comment réagir face aux arnaques après la fuite de données ?

Bons tipsAprès le piratage du site de l’ANTS, des données personnelles ont fuité. Risques d’arnaques, usurpation d’identité, etc., une avocate détaille les bons réflexes pour éviter les pièges
"Il y a une éthique à avoir, des limites à ne pas franchir" - Romain, ancien hacker
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • Un incident de sécurité survenu le 15 avril sur le site de l'ANTS a exposé des données personnelles de millions d'usagers.
  • Le principal danger réside dans les arnaques en chaîne qui exploiteront ces données volées, avec des campagnes de phishing personnalisées.
  • Face à ces risques, les experts conseillent la méfiance absolue envers tout contact non sollicité, de faire le ménage dans sa boîte mail pour supprimer les pièces jointes sensibles, et de ne jamais agir dans la précipitation.

Mauvaise surprise pour des millions d’usagers. Après l’annonce d’un incident de sécurité sur le site de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), survenu le 15 avril, de nombreuses données personnelles ont pu être consultées de manière non autorisée. Nom, prénom, adresse mail, parfois adresse postale ou numéro de téléphone : des informations en apparence anodines, mais qui constituent une matière première précieuse pour les escrocs.

Dans son courriel adressé aux usagers concernés, l’ANTS se veut rassurante : aucune donnée liée aux démarches sensibles (pièces d’identité, permis de conduire, photographies) n’a été compromise et « aucune démarche » n’est nécessaire. Pourtant, sur le terrain, l’inquiétude demeure. « Déjà, au niveau de la communication, des questions légitimes des victimes n’ont pas de réponse », observe Marie-Christine Eck, avocate spécialisée dans l’accompagnement des victimes d’usurpation d’identité. Elle estime que les « identifiants de connexion » mentionnés dans le message, pourraient aussi bien correspondre à l’adresse e-mail qu’à certaines données plus sensibles utilisées par France Connect, comme un numéro fiscal.

Attention aux attaques en chaîne

D’abord, Baptiste Buissart, avocat et enseignant en cybercriminalité, recommande de « changer le mot de passe du site concerné par l’attaque, qu’on ait reçu un mail ou pas ». Et de rappeler une règle souvent négligée : « Normalement, on utilise un mot de passe différent pour chaque site mais si ce n’est pas le cas, il faut aussi le modifier partout où il est utilisé. »

Ensuite, attention aux données personnelles. Car derrière ces informations de base se cache un potentiel d’exploitation bien réel. « Les usurpations sont des mélanges de vrai et de faux, précise l’avocate. On ne va pas ouvrir un compte bancaire juste avec ça, mais c’est un point de départ. » En clair, ces éléments peuvent servir à crédibiliser des tentatives d’arnaques plus élaborées, notamment en étant recoupés avec d’autres fuites de données déjà en circulation.

Le danger immédiat réside surtout dans ces arnaques dites « en chaîne ». « On n’est pas à l’abri d’escrocs qui rebondissent sur ce piratage, avec des mails qui proposent de "sécuriser ses données" ou des arnaques aux faux conseillers bancaires », alerte Marie-Christine Eck. Le scénario est bien rodé : un appel ou un message évoquant le piratage, un ton alarmiste, et une incitation à agir rapidement. « Il y a toute une ingénierie sociale de la part des escrocs, qui ont des scénarios bien huilés. » « Le risque, c’est de voir des campagnes de phishing hyperpersonnalisées, avec des informations sur vos démarches administratives par exemple, complète Baptiste Buissart. C’est un problème que l’on verra apparaître dans les semaines ou mois qui suivent l’attaque. »

Se méfier des appels et nettoyer ses mails

Face à ces tentatives, le premier réflexe doit être la méfiance : « Remettre en cause la qualité d’un interlocuteur quand on est contacté, poser des questions et éviter de fournir des informations, ne jamais agir dans la précipitation », énumère l’avocate. Autrement dit, ne pas céder à l’urgence que cherchent à imposer les fraudeurs. Une banque ou une administration ne demandera jamais d’informations sensibles par téléphone ou par mail dans ce type de contexte. Il peut aussi être pertinent de raccrocher et de rappeler soi-même le numéro officiel figurant sur Internet.

Au-delà de ces précautions, certaines vérifications peuvent s’avérer utiles. Si l’adresse mail figure parmi les données compromises, « ça peut valoir le coup de faire le ménage dans sa boîte mail », souligne Marie-Christine Eck, notamment pour supprimer d’éventuelles pièces jointes sensibles comme des copies de documents d’identité. Du côté du courrier postal, une vigilance s’impose également. « Certains escrocs peuvent rediriger le courrier, donc il faut s’interroger si on se met à ne plus en recevoir. » Plus généralement, Baptiste Buissart invite à interroger les informations que l’on partage en ligne. « Est-ce que Netflix a besoin de votre adresse postale ? Il ne faut donner que le strict nécessaire et toujours se demander si envoyer une pièce ou une information est obligatoire. »

Ces fuites de données sont de plus en plus courantes. Avant l’ANTS, c’était par exemple une cyberattaque contre le réseau France Travail et des missions locales qui avait exposé les données de 1,6 million de jeunes, en décembre 2025. Pour autant, inutile de céder à la panique. « Les possibilités sont très vastes, mais il ne faut pas être trop anxiogène. Être informé et sur ses gardes permet de courir moins de risques, et dans les dossiers que je traite, les clients n’ont pas à payer pour des choses dont ils ne sont pas responsables », conclut l’avocate.