JO 2024 – Escrime : « Franchement, j’ai kiffé », Romain Cannone presque indifférent après son élimination
Pardon ?•Le champion olympique d’épée à Tokyo, Romain Cannone s’est fait sortir dès les huitièmes de finale ce dimancheAntoine Huot de Saint Albin
Au Grand Palais,
Le contraste était saisissant. Alors que Pauline Ranvier ne parvenait pas à sécher ses larmes et évacuer sa déception, de longues minutes après son huitième de finale perdue face à l’Italienne Martina Favaretto, Romain Cannone, lui, venu avec le sourire en zone mixte, tout en détente. Pourtant, le (encore) champion olympique en titre à l’épée, venait, aussi, de se faire sortir au même stade de la compétition.
« J’ai des regrets, j’en aurai toujours, se lamentait la fleurettiste. C’est dur parce que c’est trois ans de travail les Jeux olympiques, et ce n’est jamais agréable de se faire sortir. » Le sentiment était complètement opposé chez Cannone, qu’on sentait presque heureux d’avoir fait un petit tour touristique au Grand Palais avant de rentrer au village olympique.
« Je suis très heureux d’avoir participé aux JO, dans un lieu mythique, a commencé par dire Cannone au moment d’expliquer sa défaite (15-10) face au Kazakhstanais Ruslan Kurbanov, pourtant derrière lui au classement mondial. J’ai vu une compétition au Grand Palais quand j’étais jeune, ça m’aurait fait rêver d’y participer. C’est une partie de mon rêve qui s’est accomplie. Franchement, j’ai kiffé, dès mon premier match je ne me suis pas senti complètement enfermé, pas possible de m’exprimer, du coup j’étais très fier de m’exprimer dès mon premier match. Je pense que pas tout le monde est capable de faire ça aux JO avec une pression. »
« J’ai vu un volontaire qui fait de l’escrime »
Le plein de satisfaction, donc, pour celui qui a été champion du monde en 2022, qui était ravi d’avoir fait le tour du propriétaire et qu’on imaginait déjà serrer quelques paluches une fois la douche prise : « J’ai vu mon oncle, j’ai vu ma famille, j’ai vu un volontaire qui fait l’escrime à Saint-Maur (Val-de-Marne), un maître d’armes qui testait les matériels, ce sont des petits détails que j’emporte avec moi et ce que je souhaite, c’est que Yannick [Borel] aille jusqu’au bout pour moi, pour que je donne le flambeau à la bonne personne, on va dire, si ce n’est pas moi. »
Après une défaite aussi précoce, on a évidemment pensé à ces derniers mois, ces dernières années où Romain Cannone (et Yannick Borel, notamment) était entré en conflit ouvert avec le manageur général de l’épée Hugues Obry, provoquant leur départ des installations fédérales de l’Insep, avant d’obtenir la démission d’Obry. Ce qui avait créé un beau bazar dans l’épée française, avec Luidgi Middleton, éliminé, lui, dès le premier tour, qui se retrouvait sans son coach attitré.
« Trois ans que c’est fatiguant »
Le bilan de ce choix, au niveau du résultat, est donc sans appel pour Romain Cannone. Interrogé s’il avait des regrets sur ses choix d’entraînement, l’épéiste a feint de ne pas comprendre la question, avant de retrouver son optimisme béat :
« Il ne faut pas avoir de regrets dans la vie. Moi j’ai voulu kiffer et je ne regrette rien, vraiment, reprend l’escrimeur. (…) Ça fait trois ans que c’est fatigant et je me suis donné à fond pendant ces ans, se qualifier ce n’est pas facile, on n’est pas beaucoup à faire les Jeux. Même si on peut se dire que tu étais champion olympique, ce n’est pas comme ça que ça se passe le sport. Vous en avez vu des Français qui ne se sont pas qualifiés alors qu’ils ont été champions olympiques. Voilà, moi je suis content quand même. »
Et il semblait même soulagé de devoir se séparer de ce titre olympique, qui l’a fait basculer dans une autre dimension sur les terres nippones. « J’aurais bien voulu le garder, très honnêtement, c’est un beau titre, c’est une belle cape, mais je ne sais pas trop, je suis plutôt dans ma compète que dans l’idée de me dire que c’est fini. Pour moi, ça continue, je suis encore dans le lieu, peut-être que ça me fera différent quand je serai au village, dans ma chambre, à la cool on va dire, mais en tout cas pas de regret, très content. » Lunaire, jusqu’au bout.



















