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Auriane Mallo-Breton, de l’argent après la (presque) faillite

JO 2024 – Escrime : « Elle nous fait ça à chaque fois », Auriane Mallo en argent après être revenue de nulle part

SilverL’épéiste française Auriane Mallo-Breton a remporté la médaille d’argent aux JO, samedi soir
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Auriane Mallo-Breton a remporté la médaille d'argent ce samedi au Grand Palais, après un parcours complètement fou.
  • Passée proche de l’élimination dès son entrée en lice, la Lyonnaise a ensuite éparpillé la concurrence, avant de tomber en finale face à la Hongkongaise Vivian Kong Man-wai.
  • La Lyonnaise a fait passer son entourage par tous les sentiments dans cette journée.

La prochaine fois qu’on vous parle du trou béant de la Sécu, n’oubliez surtout pas d’évoquer la clim du Grand Palais. Balancée à fond dans la tête des 8.000 spectateurs présents pour les grands débuts de l’escrime aux JO, elle a envoyé tout ce beau monde sur Doctolib à la recherche du prochain rendez-vous (pas avant trois mois) chez le doc. Heureusement, avant de mourir de froid, Auriane Mallo-Breton est venue réchauffer tout ça, avec une médaille d’argent sortie de nulle part qui a transformé le Grand Palais en Chaudron.

Il fallait entendre ces voix s’égosiller, ces poumons s’enflammer, ces cœurs bleu blanc rouge battre pour pousser l’épéiste, 6e mondiale, soufflée par l’étourdissant cadre de ces JO et en difficulté dès son entrée en lice : 0-4, 2-7 face à la modeste ukrainienne Dzhoan Bezhura, 42e mondiale. Et puis, et puis, la remontée inattendue (rangez votre remontada, la langue officielle de l’escrime est le français). Un retour fou ponctué par une égalisation à 13 touches partout à quatre secondes de la fin, après avoir compté deux longueurs de retard quatorze secondes plus tôt. Avant de boucler l’affaire dans l’extra-time avec la touche en or.

« C’est ce qui s’appelle se mettre dans la compét, réagissait l’élue d’un soir. J’étais un peu petit bras, je n’arrivais pas à me placer. J’ai réussi à retourner le truc, grâce au public aussi, qui a écrasé mon adversaire. Tout aurait pu s’arrêter très tôt. J’arrive en finale, ok, ça ne se termine pas comme on voudrait, mais je ramène quand même une médaille à la maison. »

Son mari en larmes à la fin du premier tour

Un scénario dingue, d’autant qu’elle a éparpillé sur les pistes du Grand Palais ses adversaires suivantes, qui a fait basculer son entourage dans le multivers des sentiments :

  • Jules Breton, son mari, les yeux encore rougis d’émotion et des trémolos dans la voix, leur fils Mathis (3 ans) dans les bras : « Tu m’aurais vu après le premier tour, j’étais en larmes dans les gradins, je me disais : "Ce n’est pas possible, qu’est qu’on fait, elle mérite d’aller chercher une médaille." Elle ne pouvait pas sortir comme ça, aux Jeux, devant toute sa famille, devant son fils et ne pas faire mieux que ça. »
  • Lionel Prunier, son entraîneur, sourire aux lèvres : « Elle commence mal son premier match, je pense que c’est dû à un manque de confiance, avec une grosse ambiance. Moi-même, quand je suis entré, j’ai eu un haut-le-cœur. »
  • Aliya Luty, sa partenaire d’entraînement depuis sept ans à l’Insep : « A chaque fois, à chaque compétition, elle nous fait ça et à chaque fois, elle va loin. A Cali (Colombie, pas le chanteur), lors de la dernière coupe du monde, elle gagne son premier match 15-14, et après elle a remporté la victoire finale. Quand j’ai vu qu’elle avait gagné le premier assaut comme ça aujourd’hui [samedi], je me suis dit : "C’est bon, elle fait podium." »

« J’étais un peu facile »

Même notre Laura Flessel nationale, presque incognito dans les gradins du Grand Palais, soulignait la force mentale de son héritière, avant les demi-finales : « Elle a toujours connu des entames de matchs très compliquées, très complexes, mais les nerfs n’ont pas lâché. » Et après n’avoir fait qu’une bouchée de la Hongroise Eszter Muhari (15-9) en demie, les 8.000 spectateurs se sont mis à rêver de voir Auriane Mallo-Breton succéder, enfin, à la Guêpe, seule Française championne olympique d’épée, en 1996 à Atlanta.

D’autant que tout avait superbement commencé pour la jeune maman, avec un début de match en fanfare plongeant le Grand Palais dans l’ivresse la plus totale, grâce à un 7-1 net et sans bavure face à la Hongkongaise Vivian Kong Man-wai, n° 1 mondiale, qu’elle n’a jamais battu en trois confrontations. Et puis, de toucher son rêve du bout des doigts à le voir s’envoler sous la coupole du Grand Palais, il n'y a que quelques touches encaissées, jusqu'à celle, fatale et cruelle, dans l'extra-time : « C’est le jeu, je pense que j’étais trop facile, je n’étais plus assez vigilante et elle a réussi à vraiment rester dans son truc. J’ai peut-être été trop dans la gestion. Mais faut voir la journée dans son ensemble, ça aurait pu s’arrêter dans le tableau de 32. »

« Maman, je veux deux médailles »

Et il faudra , pour comprendre cette défaite sur le fil, chercher dans cette victoire acquise de haute lutte face à l’Ukrainienne en début de tournoi. « Ça lui a coûté un peu d’énergie, même beaucoup pour la fin du truc où c’est un peu stressant, confirme Lionel Prunier. Le fait d’engager des matchs où tu es mené de cinq touches et revenir, revenir et gagner, ça te prend du jus. » D’ailleurs, la Silver woman a fait un appel du pied à son kiné après la finale, pour bien la remettre d’aplomb en vue de l’épreuve par équipe, mardi. Une deuxième médaille l’attend. Enfin, ça, c’est ce qui lui a demandé son fils, Mathis.

« J’ai la déception de ne pas gagner, car je voulais chanter La Marseillaise ici, relevait Mallo-Breton. Mais ce n’est que partie remise, mardi, avec les filles, ça sera l’objectif. » Comme si le public l’avait entendue, il s’est mis, d’une seule voix, à entonner a capella l’hymne français après la cérémonie protocolaire de remise des médailles. Et on a imaginé le cœur de notre médaillée, qui ne savait plus où donner de la tête, s’emballer. Et rêver à ce que tout ce beau monde reproduise la même chose mardi, cette fois pendant que l'or vienne se coller à leur équipement. Il faudra alors peut-être augmenter la clim. Parce que, devant des Françaises qui gagnent, le Grand Palais va s'embraser.