02:35
JO 2024 : « On fait de l’escrime dans un musée »… Comment l’entrée des tireurs au Grand Palais est devenue iconique
L’art à la française•Avant les demies et la finale, tireurs et tireuses s’affichent au balcon du Grand Palais, au cours d’un cérémonial grandioseAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Au Grand Palais, où se déroule le tournoi olympique d’escrime, un cérémonial singulier a été mis en place pour les demies et la finale.
- Tireurs et tireuses se présentent au balcon, surplombant l’aire de compétition, avant de descendre la quarantaine de marches jusqu’aux pistes.
- Un protocole imaginé par les organisateurs depuis les premières visites au Grand Palais.
Il ne faut pas perturber un homme en mission. Inutile, donc, de lui imposer de passer par le labyrinthe de la zone mixte avant de rejoindre le vestiaire, malgré les demandes, après chaque tour de passé, de la pauvre volontaire, qui fait face à un mur. Inutile, aussi, de lui imposer un cérémonial avant les demi-finales et la finale, aussi beau soit-il. Non, Yannick Borel était focus sur l’or et rien ne pouvait l’en détourner, hormis un Japonais virevoltant.
Le nouveau vice-champion olympique de l’épée a donc zappé le protocole, grandiose et homérique, mis en place par l’organisation au Grand Palais avant la demi-finale des JO face à l’Egyptien Mohamed El-Sayed : une sortie de la salle d’appel à la nuit tombante via la grande porte centrale, entrebâillée, une petite halte sur le balcon, surplombant la piste, le temps de saluer la salle avec son arme avant de descendre l’escalier d’honneur pour rejoindre le terrain de jeu sous le retentissement des cuivres.
« Une expérience unique »
Le Guadeloupéen, lui, est sorti de la chambre d’appel et, sans la moindre pause, ni le moindre regard pour l’assistance, déchaînée, s’est précipité dans l’escalier. « Je n’étais pas du tout sur le protocole, en a même rigolé le Français en zone mixte après sa médaille d’argent. J’étais vraiment focus sur ce que j’avais à faire sur la piste. Peut-être que quand je reverrai les images, je me dirai que c’était beau. Je n’ai pas la sensation de ce que ça rend. »
Dommage, parce que ce cérémonial avait été pensé pour lui. « On a voulu utiliser cet enjeu, cet aspect incroyable, cet atout du Grand Palais pour mettre en valeur les athlètes et leur offrir, à eux aussi, une expérience assez incroyable, explique à 20 Minutes Philippe Fadeau, manager général du site. Lorsqu’ils se présentent sur le balcon, ils ont une vue incroyable sur l’ensemble de l’aire de compétition, et c’est quelque chose d’assez unique, qu’ils n’ont pas l’habitude d’avoir que ce soit en escrime, mais même aux Jeux olympiques. On est dans un lieu magique, il fallait donner une partie de cette magie-là aux athlètes. »
L’émotion de certains
L’idée de ce cérémonial est venue dans l’esprit des organisateurs dès le début du projet, dès les premières visites au Grand Palais. Et avant de voir le protocole être déployé devant les 8.000 spectateurs bouillants dès qu’un tireur français est annoncé, une partie a quand même été dévoilée à quelques athlètes lors de la phase de montage.
« Quand ils étaient sur le balcon, ils étaient enchantés, impressionnés, reprend Philippe Fadeau. C’est aussi les échos qu’on a eu des visites de familiarisation avec les athlètes. Une jeune américaine a pleuré d’émotion. C’est quelque chose qui marque beaucoup les athlètes. »
On a bien demandé à Alice Volpi et Tibor Andrasfi ce qu’ils avaient pensé de leur descente des marches, sans tapis rouge, mais la fleurettiste italienne et l’épéiste hongrois étaient tellement déçus de leur défaite respective finale pour la médaille de bronze qu’ils ont eu à peine le temps de dire que l’ambiance était « magnifique » et tout le cadre « impressionnant ».
« On fait de l’escrime dans un musée »
On s’est alors penché vers Mohamed El-Sayed, libéré de la meute de journalistes égyptiens en quête d’un selfie avec le bronzé du jour, qui s’est montré dithyrambique : « C’est vraiment incroyable de tirer ici, dans ce cadre-là. J’en ai profité pour regarder tout le design, c’est vraiment superbe. Je suis passionné par les musées et, là, on fait de l’escrime dans un musée, dans une atmosphère magnifique. »
« Le site de compétition, c’est une chose, la grande nef, c’est autre chose, mais ce point de vue là est unique qui appartient qu’aux athlètes, reprend le manager du site. Aucun spectateur ne peut y aller, le staff n’y a pas accès. C’est leur moment à eux, ils sont tout seuls sur le balcon. Je pense qu’il y a beaucoup de choses qui se percutent dans leur tête. »
Alors, justement, à quoi pensent les héritiers de d’Artagnan quand ils se retrouvent seuls avec eux-mêmes, les spots de lumières et les yeux braqués sur eux pendant ce moment d’une trentaine de secondes à peine. « Quand tu descends les escaliers, tu essaies de rester concentré sur le match qui arrive, qui est l’un des plus importants de ta carrière, détaille Mohamed El-sayed. Tu visualises ce que tu dois faire et tu essaies de ne pas tomber dans les escaliers. »
Pas besoin de vous faire un film, rater une marche avec une épée à la main, les probabilités que ça se passe bien sont aussi infimes que de voir Manon Apithy-Brunet ne pas céder à ses émotions. Il n’empêche. On adorerait voir la sabreuse française être au balcon ce soir. Ça serait une très bonne nouvelle pour l’escrime française et pour les photos légendaires qui en découleraient.



















