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Borel, le seul qui a provoqué une dissolution qui s’est (plutôt) bien finie

JO 2024 – Escrime : Yannick Borel, le seul qui a provoqué une dissolution qui s’est (plutôt) bien terminée

Encore de l’argentYannick Borel a remporté la médaille d’argent à l’épée dimanche soir
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Même s’il voulait absolument l’or en épée, Yannick Borel a terminé avec la médaille d’argent olympique, dimanche au Grand Palais.
  • La conclusion, même s’il reste le concours par équipe, d’une année mouvementée au sein de l’épée tricolore, à base de changements de coach, éloignements de l’Insep…
  • En quatre JO, c’est la première médaille individuelle de Yannick Borel.

Au Grand Palais présidentiel,

Il fallait voir le visage de la présidente de la Fédération française d’escrime, Brigitte Saint-Bonnet, juste après la qualification de Yannick Borel pour les demi-finales du tournoi par épée, pour comprendre l’importance de ce résultat. Le Guadeloupéen était le dernier des six escrimeurs en tenue dimanche encore qualifié. La dernière option de médaille, donc, après les éliminations précoces d’Ysaora Thibus, Luidgi Middleton, Pauline Ranvier ou Romain Cannone.

Et, vu les ambitions de l’escrime tricolore pour ces jeux à la maison, ça faisait peu. « C’était un peu chaud, là, c’est passé juste. Ce n’est pas facile à vivre [dans les tribunes]. On leur fait confiance », soufflait la dirigeante, qui avait déjà sué, il y a quelques mois, quand les forces vives de l’épée tricolore – Borel, Cannone et Bardenet – décidaient de faire sécession. Une sorte de dissolution de l’assemblée épée, après que des tensions impossibles à régler ont émergé entre eux et le manageur général de l’arme, Hugues Obry.

Obry parti, Insep éloigné

Cela avait provoqué moult remous, et la démission d’Obry, fin février, de son poste de manager de l’équipe homme. Le médaillé d’or par équipes aux JO d’Athènes en 2004 n’a pas eu la même destinée que Gabriel Attal, revenu au poste malgré sa démission, bien que son poulain, Luidgi Middleton, ait été sélectionné pour les JO. La fracture était trop grande. Alors, Borel, Cannone et Bardenet avaient décidé de quitter l’Insep pour s’entraîner de leur côté et faire valdinguer toute une organisation.

« Je ne suis pas adepte du conflit, ce n’est pas quelque chose dont je me nourris, expliquait Borel devant les médias… à l’Insep, mi-juin. J’aurais largement préféré qu’à cette période, on se réunisse autour du même projet. Mais la situation est telle qu’elle est. » La grenade était lancée à quelques mois des Jeux et les répercussions auraient pu être terribles au Grand Palais.

D’autant que les premiers tours, dimanche, avaient fait baisser le contingent de « grenadiers » de 50 %, avec l’élimination précoce de Romain Cannone, qui n’était pas plus marqué que ça de quitter l’hémicycle, après trois ans de dur labeur, lui qui avait réussi à siéger, à la surprise générale, à la table des médaillés d’or olympiques après son succès à Tokyo. Ne restait donc que Yannick Borel qui devait faire face à deux forces puissantes.

« Expérience magique »

D’un côté, l’Egyptien Mohamed El-Sayed, qui avait battu Borel à Tokyo et s’était même fendu, sans pudeur de gazelle, d’un énorme « Siuuuuuuu » à la face du Guadeloupéen. De l’autre, le Japonais Koki Kano, médaillé d’or en équipes à Tokyo. Et, après avoir battu sèchement l’effronté, mais sympathique, héritier des pharaons, l’épéiste tricolore s’est heurté à un mur qui ne laissait personne entrer dans son territoire. Une défense de fer et des piques adroits ont bouclé l’affaire (15-9).

Evidemment, la victoire aurait été plus belle, mais il faut savoir parfois se contenter d’une belle histoire : « C’est un mélange d’émotions, réagissait Borel, le sourire aux lèvres, content de cette belle journée au Grand Palais présidentiel. Ce sont mes quatrièmes JO en individuel, ma première médaille, c’est vous dire la valeur qu’elle a. D’avoir vécu cette expérience ici, c’était magique. Je n’oublierai pas de sitôt cette médaille. »

« Pas de problématique »

Et le bilan de ces derniers mois chaotiques ? « J’ai connu d’autres années pas chahutées, et je n’étais pas médaillé olympique, réagit notre très grand bonhomme en argent. Cette médaille a la saveur d’une réussite, d’une victoire. Je suis passé à côté de l’or, c’était mon objectif, c’était mon ambition. Je l’avais annoncé et je l’assume. »

Le principal est ailleurs. Car la médaille a peut-être réconcilié deux mondes qui s’étaient un peu éloignés, comme de vieux cousins, du fait des prises de position des épéistes. « C’est forcément une belle médaille, même s’il y a la déception de ne pas être allée chercher l’or, mais je crois qu’il est tombé sur beaucoup plus fort que lui, a sobrement commenté le DTN Jean-Yves Robin après la finale. [Sur les tensions des derniers mois] Ce n’est pas le problème. Quand quelqu’un gagne une médaille tout le monde est content, quand quelqu’un perd, tout le monde est déçu, donc il n’y a pas de problématique de ce style à ce niveau-là. »

« L’instabilité, il a fallu la vivre, il a fallu la pondérer, expliquait mi-juin Brigitte↓Saint-Bonnet. Il y a beaucoup de personnalités, beaucoup de gens qui ont une grosse expérience, mais il restera toujours des tireurs et des sélectionneurs. » Dont certains qui font des médailles aux Jeux olympiques. Il faudrait peut-être qu’Emmanuel Macron demande quelques conseils à Yannick Borel. In petto.