JO 2024 : « Grosse claque » ou « moteur » ? Comment nos Français vont gérer la pression des Jeux à la maison
Historique•Pour la plupart des Tricolores présents à Paris, l’événement est l’apothéose de leur carrièreNicolas Stival
L'essentiel
- La France vise un nombre record de médailles pendant les Jeux olympiques de Paris.
- Les nations hôtes enregistrent généralement des performances historiques.
- Cependant, tous les athlètes ne gèrent pas de la même manière la pression d’évoluer à domicile.
«La pression ? Nous, on la boit ! » Cette expression, à peu près aussi vieille que le rugby, permet généralement à votre interlocuteur d’évacuer une question gênante via une vanne « patricksebastienesque ». Mais les Bleus du 7 ont bien dû se rendre à l’évidence, mercredi au Stade de France.
Premiers Tricolores à commencer « leurs » Jeux olympiques, les joueurs de Jérôme Daret, tenus en échec par les Etats-Unis (12-12) avant de battre laborieusement l’Uruguay (19-12), ont semblé écrasés par le poids de l’événement. Comme si, au lieu de les porter, les encouragements des 69.000 supporteurs (record absolu pour la discipline) avaient coupé les jambes des récents vainqueurs de la finale du circuit mondial à Madrid, absolument méconnaissables.
« On ouvre la voie à toutes les équipes de France olympiques, observait le sélectionneur. Il y a un peu de crispation, mais ça va se décortiquer. » « Il y avait beaucoup de stress, concédait aussi Stéphane Parez. On réagit tous différemment à une telle pression. Même si on a travaillé mentalement en amont, c’est quand même une grosse claque qu’on reçoit. »
Les exceptions finlandaises et états-uniennes
Sa majesté Antoine Dupont en personne, qui a pourtant connu des ambiances de « fuego » à XV dans la même enceinte, a paru moins impériale qu’à l’accoutumée. Et puis pfiou… Le lendemain, libérés, délivrés, des Bleus ressuscités ont torpillé l’Argentine en quart de finale (26-14), dans une ambiance de malades, avec un ultime chef-d’œuvre de Dupont.
C’est scientifiquement prouvé. Ce bon vieux chauvinisme populaire pousse les athlètes locaux à se surpasser, sans oublier, en principe, le précieux bénéfice d’une meilleure connaissance des installations. Le « home-advantage » n’est pas un simple argument marketing enrobé dans un anglicisme. Dans l’après-guerre, parmi les pays hôtes des Jeux olympiques, seuls la Finlande à Helsinki en 1952 et les Etats-Unis à Atlanta en 1996 ont vu leur total de médailles faiblir par rapport à l’édition précédente.
Le plus grand nombre de médailles depuis 124 ans ?
Ça vaut ce que ça vaut, mais l’institut Gracenote Nielsen prévoit 60 médailles, dont 27 en or, pour la France à Paris. Soit près du double qu’à Tokyo (33) et le meilleur total depuis les inatteignables 115 breloques décrochées dans notre belle capitale en 1900, à l’époque de la lutte à la corde et du tir au canon.
La triathlète Léonie Périault est ainsi persuadée de profiter à fond de l’effet maison, après avoir vécu le « test event » d’août 2023, répétition générale dans les eaux de la Seine puis dans les rues de Paris, à vélo et à pied. « Se sentir encouragée par le public, ça donne des ailes, savoure la médaillée de bronze du relais mixte à Tokyo. Le triathlon, même s’il se développe, reste une petite discipline. Mais l’an dernier, il y avait vraiment du monde. »
Périault espère que les Français s’inspireront encore de la furia anglaise en 2012. « Pour avoir vécu comme spectatrice les Jeux de Londres avec les frères Brownlee [Alistair a remporté l’or, Jonathan le bronze], c’était incroyable. Si le public peut reproduire ça à Paris, ce sera dingue. »
Il sera question aussi d’eau (plus propre, en principe) pour Léon Marchand et ses collègues de la natation, mais dans l’ambiance chlorée et confinée d’une Paris La Defense Arena transformée pour l’occasion en piscine. « On ne sait pas trop à quoi s’attendre, avouait voici quelques semaines l’une des stars annoncées de l’événement. Il y a un peu plus de pression forcément. »
Des athlètes pas forcément habitués à autant de public
Mais du plaisir surtout, à en croire la figure de proue des Dauphins du Toec. « La dernière fois qu’on a eu les Jeux à Paris c’était il y a cent ans, rappelle-t-il. C’est surtout une chance pour nous d’être à ce niveau au bon moment. On va en profiter, être prêt le moment donné. »
Engagée dans le relais 4X200 m, sa coéquipière toulousaine Assia Touati savoure d’avance sans retenue. « On sait qu’on va être portés. En natation, avoir des tribunes pleines, c’est quelque chose qu’on ne connaît pas tous les jours. Cela va être vraiment un moteur pour nous, une grosse, grosse source de motivation. »
Au centre de la capitale, les tribunes du Grand Palais seront également remplies pour les épreuves d’escrime. Et Cécilia Berder ne cache pas une certaine appréhension devant « l’inconnu ».
« « Le public, j’essaie de le visualiser, confesse la sabreuse multimédaillée. Mais je pense qu’on a beau visualiser, on aura du mal à imaginer ce que ça va être. Le bruit, des milliers de personnes… Je reconnais égoïstement que je suis contente de ne pas être la première arme à tirer. » »
On parle tout de même d’une enceinte majestueuse bâtie pour l’Exposition universelle de 1900, pas de la salle des fêtes de Saint-Pantaléon-les-Trois-Seigneurs. « Le Grand Palais me fait rêver, il est gigantesque, souffle Manon Apithy-Brunet, autre sabreuse au palmarès long comme son instrument de travail, qui se rappelle avoir assisté sur place aux championnats du monde 2010. Je pense qu’il peut faire peur aussi. Après, le voir sans une verrière, ça va être étonnant, mais c’est une chance. »
Et puis, à côté des athlètes qui peuvent se faire quelques nœuds au cerveau à cause du cadre dans lequel ils et elles vont évoluer, il y a Hugo Beurey. Associé à Ferdinand Ludwig en deux de couple poids légers, le rameur lorrain se veut résolument zen.
« On est sur un fonctionnement de championnat du monde, avec les mêmes adversaires que d’habitude. Finalement, c’est une compétition comme une autre. » Il semble en outre peu probable que le stade nautique de Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne), qui accueille les épreuves d’aviron, se convertisse soudain en une Bombonera inhibante.
Et même si cela se produisait, Beurey et Ludwig en ont vu d’autres, puisqu’ils ont dû passer par la « régate de la mort », voici deux mois dans le bassin suisse de Lucerne, pour gagner le droit de voir le 77 en mode olympique. « Je pense qu’on est prêts face à la pression », synthétise placidement le premier. Espérons que la plupart de leurs compatriotes le sont aussi.



















