JO Paris 2024 Rugby à 7 : « On n’a pas trop pris de plaisir »… La pression olympique a rongé les Bleus
Jeux olympiques•Accrochés par les Etats-Unis (12-12) avant de battre l’Uruguay dans la douleur (19-12), les Bleus ont souffert de la pression au Stade de France. Qualifiés en quarts, Antoine Dupont et ses coéquipiers espèrent dompter leurs nerfs dès jeudiWilliam Pereira
L'essentiel
- Décevant début de tournoi des Français au rugby à 7 aux JO de Paris, malgré les fulgurances d’Antoine Dupont. Le groupe semble s’être mis trop de pression et manque de fluidité, gêné par l’enjeu et le public du Stade de France.
- Pour assurer la première place du groupe, les Français doivent battre les redoutables Fidji, rois du rugby spectacle, jeudi.
- Quel que soit le résultat face aux Fidji, les Français sont qualifiés pour les quarts de finale. Mais une défaite risquerait de leur réserver un tirage plus corsé face à l’une des grosses nations.
De notre envoyé spécial,
JO de Paris 2024 ou pas, il est bon de constater que nos petites habitudes au Stade de France n’ont pas été bousculées par l’empire CIO. Les cordons de sécurité sont placés aux mêmes endroits, la porte d’accès des journalistes n’a pas bougé d’un pouce, la salle de presse est la même, et pour couronner le tout en bout de chaîne, un visage bien familier apparaît devant nous en zone mixte. Celui d’Antoine Dupont joker de circonstance de l’équipe de rugby à 7. Visage fermé, le joueur du Stade toulousain ne parvient pas à se satisfaire pleinement des deux premiers matchs olympiques auxquels il a pris part en qualité de titulaire. Il n’a pas pu éviter le nul inaugural contre les Etats-Unis (12-12) mais a largement contribué à réveiller les foules en marquant un essai de grande classe contre l’Uruguay (victoire 19-12). « J’ai essayé d’aller jusqu’au bout, la ligne était très loin. Parfois, ça marche, parfois ça ne marche pas. S’il avait pu nous donner plus d’avance au score, ça aurait été mieux. »
Frustration partagée. A peine a-t-on eu le temps de vibrer devant son solo que les Uruguayens cavalaient déjà dans l’en-but français. L’une des nombreuses fautes de déconcentration des Bleus que chacun s’accommodera à attribuer à une forme de crispation collective. Ce groupe a beau avoir baigné dans la bienveillance et travaillé sur son mental comme jamais avant ces JO à domicile, il a bien vite compris en foulant la pelouse d’un Stade de France plein à craquer que rien ne préparait efficacement à se prendre un tel mur de pression dans la gueule. Surtout pour des joueurs dont la seule expérience de l’endroit se résumait à une finale du Top 14 en tribune, et on caricature à peine.
« La pression est peut-être inconsciente, mais on ne prend pas trop de plaisir sur le terrain, concède Jean-Pascal Barraque. Peut-être que le public non plus. Au moins, il y a la victoire. Aujourd’hui, on a fait toutes les erreurs, demain on ne peut que faire mieux. » Antoine Dupont soutient aussi la thèse du crash-test psychologique qui mènera vers de meilleurs lendemains. « J’espère qu’on a pris tout ce qu’il y avait à prendre de ce stade pour pas que ça nous perturbe pour demain. On sait que si on n’élève pas notre niveau de jeu, on n’ira pas très loin. On sait que l’on est capable de faire beaucoup mieux. »
Les Bleus qualifiés pour les quarts, mais à quelle place ?
Les hommes de Jérôme Daret ont fort intérêt à retrouver la formule qui les a propulsés sur le toit du Svns, à Madrid, avant leur dernier match de poule, jeudi à 15h30. Face à eux se dresseront les Fidji, ou si vous préférez, le Brésil du rugby à 7. « Les Fidjiens quand ils jouent au rugby à 7 ils le font pour s’amuser et se régaler, souligne le sélectionneur français. Nous aussi il faut qu’on se régale et s’amuse, tout simplement ».
Comme pour nous narguer, un écran diffuse au même moment une action des Fidjiens, en pleine entreprise d’humiliation de la défense américaine à coups de chisteras et de feintes à vous mettre sur le cul en moins de deux. Il faudra se les farcir, les doubles champions olympiques. Pas de quoi effrayer Barraque pour autant.
« « Il faut les accrocher, ne pas les laisser jouer à la baballe et qu’ils ne prennent pas confiance. Ils n’aiment pas trop être chagrinés. On peut être une équipe agressive et contre ce genre d’équipes c’est primordial. » »
Si le plan ne fonctionne pas, les Bleus pourront toujours se rattraper au match d’après. Mais ils seraient bien inspirés de gagner pour s’éviter un quart de finale laborieux. En cas de défaite, le statut de meilleur 3e leur tendrait les bras. Rarement un gage de bonheur au tirage. Une perspective qui n’a pas l’air d’émouvoir plus que ça Jérôme Daret. « Ça ne change rien qu’on termine 1er, 2e, ou 3e, on attrapera une des équipes des quatre équipes qui sont identifiées. Il n’y a pas de petite équipe. Quand on a l’océan et qu’on pense qu’il est calme on se fait toujours rattraper par une lame de fond. Demain est un autre jour, tout recommence à zéro. » On espère bien.


















