JO 2024 – Escrime : « Mais non, il n’y a pas de crise »… Pourquoi l’Italie galère-t-elle à ramener des médailles ?
Coup dur•Alors qu’elle avait remporté dix médailles aux derniers Mondiaux, l’Italie peine à convaincre aux Jeux olympiquesAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Depuis le début des Jeux olympiques, l’Italie n’a remporté qu’un seul titre, en épée, lors de l’épreuve par équipe.
- Tommaso Marini, Alice Volpi ou Alberta Santuccio ont été les principales têtes d’affiche à ne pas tenir leur rang au Grand Palais.
- Mais les Italiens ne semblent pas voir cette mini-crise de résultats et pointent notamment… l’arbitrage.
Que tous les fans de la Nazionale ou du pays de Garibaldi nous pardonnent, on se rattrapera, mais voir l’Italie perdre en sport nous provoque toujours des petits papillons dans le ventre. Alors, quand on a vu le strike coordonné, dès leur entrée en lice, des sabreuses transalpines, programmées lors de la même rotation lundi au Grand Palais, notre petit cœur a explosé, un peu comme lors de notre premier bisou à l’école avec Barbara.
Puis, on s’est quand même posé la question : voir l’Italie se faire laminer comme ça, comment est-ce possible ? Non pas que le pays attendît des miracles de Martina Criscio, Michela Battiston et Chiara Mormile (aucune dans le top 20), mais l’élimination des sabreuses confirmait le sale début des escrimeurs italiens à ces JO parisiens. Après les six épreuves individuelles et deux collectives (sabre homme et épée femme), l’Italie n’a remporté que trois médailles : le bronze pour Luigi Samele (sabre), l’argent pour Filippo Macchi (fleuret) et l’or pour les épéistes.
« Les gens ont eu l’habitude de voir beaucoup de médailles »
« L’escrime italienne a toujours trop bien traité les gens, car ils ont pris l’habitude de célébrer beaucoup de médailles de notre part, réagissait d’ailleurs Alberta Santuccio après avoir décroché le plus beaux des métaux, mardi. Mais malheureusement, il ne peut pas toujours en être ainsi. » La Sicilienne, grande chance de médaille, avait d’ailleurs été éliminée dès les quarts de finale de l’épée. Comme elle, des favoris (voire des gros outsiders) n’ont pas été à la hauteur.
A l’image de Tommaso Marini, champion du monde de fleuret et n°1 mondial, passé à la trappe en huitième de finale, fracassé par la folle remontée de Maxime Pauty. L’homme à la chevelure si soyeuse, mais aux mimiques insupportables, était incrédule à la fin de l’assaut, comme frappé par cette nouvelle malédiction, qui a également touché tout le fleuret féminin, avec aucune médaille rapportée par les trois filles pourtant toutes membres du top 5 mondial.
« On sait qu’on est l’équipe numéro un au ranking, après avoir eu de très bons résultats tout au long de la saison, et pas seulement avec un athlète, mais tout le groupe, nous explique Daniele Pantoni, coach adjoint de l’équipe féminine d’épée. Des victoires, des podiums, avec deux, trois différents athlètes à chaque fois. Et on savait qu’on pouvait gagner la compétition. On est arrivé ici avec beaucoup d’attente et d’espoirs, mais ce sont les Jeux olympiques. Les trois premiers jours n’ont pas été bons. »
« T’es aux JO et on ne te donne pas le point »
Mais comment expliquer cette déroute, même si tout l’encadrement italien se refuse à employer ce terme : la malchance et l’arbitrage sont les deux principales raisons évoquées. « En individuel, les trois filles à l’épée ont perdu juste à une seule touche », déplore Pantoni. Deux autres membres de la Nazionale ont également été frappés par la même malédiction. Dont Filippo Macchi, « seulement » médaillé d’argent après un combat âpre, qui a provoqué beaucoup de remous de l’autre côté des Alpes.
A 14-14, Macchi touche le Hongkongais Ka Long Cheung, mais à la vidéo, l’arbitre n’accorde pas le point à l’Italien. Scandale. « La première touche était pour Macch' et tout le monde l’a dit, ruminait encore le docteur Fiore, en charge de l’épée féminine. T’es aux Jeux olympiques, c’est toi qui mets la touche et l’arbitre ne te donne pas le point, c’est vraiment difficile. »
Pour les Italiens, Macchi n’est pas le seul à avoir connu une injustice arbitrale. « Il y a des hauts et des bas, c’est comme ça. Il n’y a pas beaucoup de critiques sur le niveau de l’escrime en Italie, mais plus sur l’arbitrage, notamment le match où Arianna Errigo (fleuret) s’incline face à la future médaillée d’argent (Lauren Scruggs) sur la dernière touche », déplore Constantino, drapeau vert blanc et rouge sur les épaules, présent au Grand Palais pour soutenir ses compatriotes.
Soigner les têtes
« Evidemment, il y a des médailles qu’on n’a pas gagnées, mais non, il n’y a pas de crise, reprend le Dr Fiore. C’est toujours compliqué dans le sport de très haut niveau de comprendre directement ce qui ne va pas, il y a des analyses à faire. » Les épéistes l’ont fait juste après l’échec de l’épreuve individuelle. Et il a notamment été question de soigner les têtes.
« On savait qu’on avait un bon groupe, qu’on pouvait gagner. Et, lundi, lors de l’entraînement [avant le par équipe], on s’est uniquement focalisés sur l’aspect mental, où on a dit qu’il fallait effacer tout ce qui s’était passé avant, qu’il fallait "nettoyer le cerveau", détaille Daniele Pantoni. Maintenant, on commence. » Visiblement, la stratégie a fonctionné. Non seulement l’équipe féminine d’épée a remporté l’or devant la France mais, en plus, elle a gagné le match à la touche décisive. La chance aurait-elle tourné ?
« Quand Alberta [Santuccio] est arrivée sur la dernière touche, toute l’équipe italienne s’est mise à trembler en espérant que le destin change, raconte Pantoni. Mais je suis le coach d’Alberta, et je savais qu’aujourd’hui [mardi] était le bon jour. Les Jeux olympiques, c’est une autre compétition, tu ne peux pas te baser sur les résultats que t’as obtenu avant. » On l’a bien compris.


















