00:46
Euro 2024 : Après le « spaghettigate » des Albanais envers l’Italie, le chambrage gastronomique va-t-il perdurer ?
FOOTBALL•La séquence d’un supporter albanais cassant des spaghetti devant un groupe d’Italiens a généré plus de 10 millions de vues sur les réseaux sociaux. De quoi lancer une tendance forte autour de la nourriture dans cet Euro 2024Jérémy Laugier
L'essentiel
- L’affiche de cet Euro 2024 ce jeudi aura incontestablement lieu à 21 heures à Gelsenkirchen entre l’Espagne et l’Italie. Un choc qui pourrait confirmer une tendance forte de la compétition : le chambrage gastronomique.
- Si des supporters suisses et autrichiens y sont allés de leur démarche sympa sur le sujet lors de la première journée, la véritable masterclass est venue d’un fan albanais samedi.
- Dans une rue de Dortmund, celui-ci a commis samedi le crime de lèse-majesté ultime, en brisant des spaghetti devant un groupe médusé de supporters de la « squadra azzurra ».
Est-on face à l’Euro le plus gastronomique de l’histoire ? Dans un pays sanctifiant la Currywurst et le bretzel, cette hypothèse peut sembler incongrue. Mais c’est un fait, il n’a jamais autant été question de bouffe autour d’une grande compétition de football. À qui la faute ? À certains supporters au chambrage inspiré (on pense à vous, amis albanais) et à la dimension toujours plus virale des réseaux sociaux. Avant un choc Espagne-Italie ce jeudi (21 heures) qui pourrait nous régaler à ce sujet, reprenons chronologiquement les temps forts du « trash-talk » culinaire de cet Euro 2024.
- Hongrie-Suisse (1-3) : Dès le deuxième match de la compétition samedi, des supporters suisses régalent avec une pancarte « Fondue better than goulash ». On ne le savait pas encore, mais la tendance des tribunes de l’Euro 2024 venait d’apparaître en mondovision.
- Italie-Albanie (2-1) : Quelques heures plus tard dans une rue de Dortmund, c’est déjà LA masterclass de cet Euro. Un supporter albanais se présente face à un groupe de fans de la Nazionale et brise en deux un paquet de spaghetti avant de les jeter en l’air devant des Italiens mi-amusés, mi-médusés par l’audacieuse initiative. Internet valide tout autant, puisque la scène a été vue plus de 10 millions de fois sur les réseaux, avec un sublime « italianophobia » en mot-clé.
- Autriche-France (0-1) : Le déjà-vu est de sortie, puisque des supporteurs autrichiens combinent au stade une pancarte « Schnitzel better than baguette » (même pas en rêve), ainsi qu’un cassage de baguette de pain en règle avant ça dans le centre-ville de Düsseldorf.
La cuisine italienne et ses « dogmes » en cible évidente
Soyons clairs, la symbolique des pâtes massacrées est à des années-lumière de celle d’une baguette arrachée, ce que nous explique Nicolò (37 ans), Italien supporter de la Juventus Turin et vivant en France depuis 2018. « La cuisine est sacrée en Italie, il y a des dogmes : pas de fromage sur le poisson, pas de crème dans la carbonara, pas de poulet dans les pâtes et sur les pizzas, et certainement pas de spaghetti coupés, indique-t-il. Même après six ans ici, c’est toujours aussi dur pour moi de voir les Français casser leurs spaghetti. Alors il faut reconnaître que ce chambrage albanais était vraiment réussi, avec bien plus de portée que celui des Autrichiens ensuite. »
Notre héros albanais, un certain Nexhat Domi, avait bien conscience de la portée de sa « provocation » : « L’idée m’est venue quand j’ai repensé à ce que m’avait dit une femme italienne il y a quinze ans, a confié l’intéressé sur la chaîne albanais Syri TV. Elle me rabâchait : "Seuls les Italiens savent cuisiner les spaghetti". Il faut savoir que j’ai gardé dans ma main ces pâtes pendant trois heures jusqu’à ce que j’ai la chance de croiser des fans italiens. Ils ont très bien pris ma blague, on s’est serré la main. Depuis samedi, je reçois même plus de commentaires sympas de la part des Italiens que des Albanais ».
Ces séquences bon enfant durant la première semaine de l’Euro 2024 en Allemagne tranchent en tout cas avec les affrontements entre Serbes et Anglais dans le centre-ville de Gelsenkirchen puis entre Turcs et Géorgiens au Signal Iduna Park de Dortmund. « C’est rafraîchissant de voir ça, apprécie Fabien Bonnel, porte-parole et capo des Irrésistibles Français, le principal groupe de supporters des Bleus. Le coup des spaghetti, ça m’a vraiment fait marrer. On sent qu’il y a un truc qui est en train de prendre, mais ça va vite devenir redondant et fait dans une quête de buzz. Après, il vaut quand même mieux que nos adversaires cassent une baguette que le nez d’un supporter ou celui de Mbappé… »
Le gouda dans le viseur des supporters des Bleus ?
On comprend qu’après cinq jours de compétition, l’overdose est déjà toute proche. D’autant que deux influenceuses anglaises se sont emparées du filon avec des baguettes de pain également cassées face aux Français à Düsseldorf lundi, puis la même pratique avec des saucisses devant des Allemands à Francfort mercredi. Pour 5 millions de vues cumulées rien que sur le réseau social X, allez comprendre. Avant de rejoindre Leipzig vendredi pour France – Pays-Bas, Fabien Bonnel revient, au-delà de l’épisode de la baguette, sur son expérience entourant le premier match des Bleus à Düsseldorf.
« On a passé du bon temps dans le centre-ville en échangeant par exemple des jongles de la tête avec des supporters autrichiens. On a même partagé avec une centaine d'entre eux dans le tramway le chant « Qui ne saute pas est un allemand », en français et en anglais. L'ambiance était super, on se tapait dans les mains, mais il faut savoir que c'est quasiment toujours le cas avant sur nos matchs internationaux. Après, de temps en temps, tu peux tomber sur un connard éméché... »
Quel avenir pour cet Euro 2024 version Top Chef, et la France va-t-elle rejoindre le délire, dès sa prochaine rencontre contre les Néerlandais ? « Je n’ai pas monté une cellule de réflexion pour ça, sourit Fabien Bonnel. Mais si quelqu’un veut faire rentrer dans le stade un panneau "Brie better than gouda" avec des morceaux de fromage dessus, pourquoi pas, après tout. » En attendant, les supporters transalpins vont frémir toute la journée à l’idée de croiser à Gelsenkirchen des Espagnols prêts à sortir de leur sac un paquet de spaghetti pour commettre le crime de lèse-majesté.


















