OL-Stade Rennais : Florian Maurice était-il « bien plus qu’un recruteur » durant ses saisons lyonnaises ?

FOOTBALL Florian Maurice a quitté son club formateur l’an passé, où il était responsable de la cellule de recrutement, pour devenir le directeur sportif rennais

Jérémy Laugier

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Florian Maurice, ici lors de l'arrivée de Fernando Marçal à l'OL en 2017. Pas sa plus grande réussite en tant que responsable de la cellule de recrutement lyonnaise.
Florian Maurice, ici lors de l'arrivée de Fernando Marçal à l'OL en 2017. Pas sa plus grande réussite en tant que responsable de la cellule de recrutement lyonnaise. — ROMAIN LAFABREGUE / AFP
  • Après 11 années passées au sein du recrutement à l’OL, Florian Maurice a choisi de rejoindre le Stade Rennais l’an passé, pour y occuper le rôle de directeur sportif.
  • Avant le match OL-Rennes ce mercredi (19 heures), 20 Minutes se penche sur la trace laissée par « FloMau » dans son club formateur.
  • Salué en raison du « jackpot » Tanguy Ndombele-Ferland Mendy, son bilan lyonnais s’accompagne tout de même de quelques bémols.

Pendant de longues années, les blagues de supporteurs lyonnais ont fusé sur les réseaux sociaux, afin d’anticiper de folles réussites de recrutement signées Florian Maurice. A chaque fois, on retrouvait une photo d’illustration de l’intéressé, téléphone vissé à l’oreille. « A un moment, on a eu l’impression qu’il recrutait à chaque fois des pépites, et ça faisait du bien de sentir qu’on avait un énorme bosseur à cette place au club », estime Vincent (29 ans), amateur de l’OL. En août 2017, lors de la présentation de Pape Cheikh Diop, arrivé à 20 ans du Celta Vigo pour 10 millions d’euros (+ 4 M€ de bonus), et totalement inconnu du grand public, l’ancien directeur de la cellule de recrutement de l’OL avait entretenu ce running gag en confiant avoir suivi le joueur « lors du tournoi de présaison à Sassuolo en 2016 ».

Mais après 11 saisons passées comme figure majeure du recrutement au sein de son club formateur, c’est dans la peau du directeur sportif du Stade Rennais que Florian Maurice va vivre la rencontre OL-Rennes de ce mercredi (19 heures). En quête d’un entraîneur (coucou Bruno G !) après la démission lundi de Julien Stéphan, « FloMau » a principalement laissé de bons souvenirs à Lyon. Très proche de lui, l’ancien emblématique formateur de l’OL Armand Garrido est sans surprise dithyrambique à son égard : « Il était bien plus que le recruteur de l’OL, il a été l’un des hommes-clés du club au même titre que Bernard Lacombe ».

Florian Maurice, ici le 22 juin 2020, en tant que directeur sportif du Stade Rennais.
Florian Maurice, ici le 22 juin 2020, en tant que directeur sportif du Stade Rennais. - C. Allain / 20 Minutes

Presque 100 millions de plus-value pour l’OL en deux ans sur Ndombele et Mendy

Pour l’ancien coach des U16 lyonnais, ensuite à la cellule de recrutement des jeunes du club en 2018-2019, « Florian a toujours eu l’œil, et trouver des mecs à des tarifs abordables, quand tu vois ensuite le jackpot tomber comme pour Ferland Mendy et Tanguy Ndombele, je crois que ça signifie que le boulot a été fait ». Voici les deux exemples incontournables cités par les défenseurs de celui qui est devenu responsable de la cellule de recrutement en 2014. Il faut dire que la plus-value est vertigineuse en seulement deux ans, avec à chaque fois en 2019 +48 M€ pour l’OL avec Mendy (Real Madrid) et Ndombele (Tottenham).

On parle quand même ici d’investissements mesurés au départ (5M€ et 10 M€) pour le meilleur latéral de Ligue 2 avec le Havre ainsi qu’un milieu essentiel dans la remontée d’Amiens en Ligue 1. D’autres paris plus risqués/coûteux n’ont a contrario pas (encore) porté leurs fruits (Andersen, Reine-Adélaïde, Terrier, Cheikh Diop…). « Il y a forcément eu des ratés, mais sur le plan financier, le bilan de Florian Maurice avec l’OL est quand même à mettre à son crédit », tranche Jean-Marc Chanelet, ancien latéral lyonnais puis recruteur pour le FC Nantes de 2019 à 2020.

Florian Maurice, ici lors d'un entraînement de l'OL en 2018, aux côtés de Nabil Fekir.
Florian Maurice, ici lors d'un entraînement de l'OL en 2018, aux côtés de Nabil Fekir. - R.Lafabregue / AFP

Un recrutement post-formation symbolisé par Maxwel Cornet et Lucas Tousart

Un gros bémol régulièrement adressé par les supporteurs lyonnais concerne l’imposant nombre de joueurs arrivés pour signer pros en post-formation (dont Olivier Kemen, Jean-Philippe Mateta, Lenny Pintor, Reo Griffiths, Héritier Deyonge…), et ayant pu boucher quelques jeunes du cru. Gardien formé à l’OL de 2008 à 2019 et aujourd’hui coach sportif, Dorian Grange se penche sur cette situation souvent observée ces dernières saisons à Lyon.

Quand on a 18 ans et qu’on voit un joueur de son âge et à son poste venir de l’extérieur, ça met forcément un coup à l’ego. On perçoit alors un message négatif du club à son égard. Surtout qu’on voit bien que ceux qui arrivent bénéficient le plus souvent de davantage de crédit de la part de l’OL. »

Choisis en 2015 par Florian Maurice, et raillés depuis par de nombreux supporteurs, Maxwel Cornet, formé à Metz, et Lucas Tousart, issu de Valenciennes, (alors âgés de 18 ans) ont ainsi déjà cumulé plus de 400 matchs professionnels avec l’OL en cinq ans. « En tant qu’éducateur du club, on a parfois pu se dire qu’on avait déjà de tels potentiels à la formation, reconnaît Armand Garrido. Mais la politique de Florian Maurice a toujours été de garantir une quantité de jeunes talents à l’OL, avec évidemment un critère commercial non négligeable pour le club. » Décrit de tous comme « très discret », Florian Maurice n’a pas été aidé par l’organigramme du club, guère fourni au niveau de sa cellule de recrutement.

« Il attendait cette reconnaissance de la part de son club de toujours »

« Il avait beau énormément bouger pour suivre des matchs, il ne pouvait pas être partout, résume Jean-Marc Chanelet. Pour un club de cette dimension, Lyon a toujours été en sous-nombre à ce niveau (trois recruteurs en plus de Florian Maurice puis désormais de Bruno Cheyrou), et Florian Maurice a pu se sentir isolé. » Isolé mais aussi reconnu et en pleine ascension, de simple recruteur souhaité par Rémi Garde en 2009 à directeur sportif officieux avant l’arrivée de Juninho en mai 2019. « Je pense qu’il attendait cette reconnaissance, un titre plus officiel de la part de son club de toujours, confie Armand Garrido. Il aime encore l’OL et il n’est pas parti à Rennes de gaieté de cœur. »

Les blagues sur de futures pépites de 16 ans recrutées au fin fond de la Serbie ont du même coup disparu de la toile, et Jean-Michel Aulas a lâché quelques tacles appuyés à « FloMau » après son départ en Bretagne au printemps. « Avec le recul, j’ai l’impression qu’il allait toujours chercher des joueurs intrinsèquement bons, mais sans direction sportive claire sur le jeu, glisse Vincent, notre supporteur lyonnais. Il n’est évidemment pas le seul responsable de ça, et j’aurais bien aimé le voir poursuivre aux côtés de Juninho, qui a vite su expliquer clairement ce qu’il voulait pour l’OL, notamment au milieu du terrain. Peut-être que Florian Maurice était devenu trop gros pour le poste de recruteur chez nous, mais encore trop petit pour celui de directeur sportif. »