Manchester City-OL: Avant le «Pepico» contre Guardiola, on se demande si Bruno Genesio mérite d'être trollé pour ses tactiques

FOOTBALL Raillé depuis deux ans et demi par une partie des supporters lyonnais, Bruno Genesio défie ce mercredi (21 heures) l'un de ses modèles, Pep Guardiola, à l'occasion du match Manchester City-OL en Ligue des champions... 

Jérémy Laugier

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Après s'être heurté au plan tactique de Fabien Mercadal et des Caennais samedi, Bruno Genesio aura droit ce mercredi à une affiche clinquante contre Manchester City et son stratège Pep Guardiola.
Après s'être heurté au plan tactique de Fabien Mercadal et des Caennais samedi, Bruno Genesio aura droit ce mercredi à une affiche clinquante contre Manchester City et son stratège Pep Guardiola. — Mourad Allili/SIPA & Ryan Browne/Shutterstock/SIPA
  • Lorsqu’il entraînait l’équipe réserve de l’OL, en 2010-2011, Bruno Genesio incitait ses joueurs à analyser les matchs du grand Barça.
  • L’entraîneur lyonnais a l’opportunité d’affronter, ce mercredi (21 heures), l’ancien coach clé des Blaugrana (suspendu de banc), lors d’une périlleuse ouverture de la Ligue des champions à Manchester CIty.
  • Souvent moqué pour ses faiblesses tactiques supposées, via l’ironique surnom « Pep », Bruno Genesio ne serait-il pas finalement « un vrai stratège » ? «20 Minutes» tente d’y répondre.

De notre envoyé spécial à Manchester,

« Je vais pouvoir serrer la main à Mourinho, ça va être sympa. Je vais pouvoir faire une photo avec lui. » Huit ans après cette sortie culte de Jean Fernandez pour un improbable Auxerre-Real Madrid en Ligue des champions, Bruno Genesio a publiquement déclaré sa flamme à Pep Guardiola mardi. Avant Manchester City-OL, ce mercredi (21 heures), dans lequel le technicien catalan purgera sa suspension, l’entraîneur lyonnais a multiplié les compliments à son égard durant sa conférence de presse : « Il est capable d’inventer des choses, d’avoir des inspirations auxquelles peu de gens peuvent penser. C’est dommage qu’il ne soit pas là parce que j’aurais bien aimé le côtoyer sur le banc. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup. »

Guardiola est une influence majeure de Genesio, qui a hérité, malgré lui, du surnom « Pep » quasiment dès sa nomination en décembre 2015. Si bien que les réseaux sociaux salivent à l’idée de ce « Pepico » depuis le tirage au sort de cette phase de groupe de Ligue des champions. Mais comment s’est retrouvé à se faire ironiquement appeler « Pep » au juste ?

« Son style va à l’encontre des préceptes chers à Pep Guardiola »

« Ce surnom permet de tourner en dérision le fait que l’OL veuille nous vendre Bruno Genesio comme un grand entraîneur, explique Baptiste (24 ans), l’un des nombreux supporters lyonnais remontés contre lui depuis longtemps sur Twitter. Le style de jeu de cet OL n’a absolument rien à voir avec les principes de Guardiola. Il s’est souvent appuyé sur un double pivot au milieu Gonalons-Tousart et a préféré des joueurs aux qualités physiques (Ferri, Diakhaby) à ceux plus techniques (Darder, Mammana), ce qui va à l’encontre des préceptes chers à Pep Guardiola. » En toile de fond, la question est : que vaut vraiment sur le plan tactique Bruno Genesio, et mérite-t-il d’être systématiquement raillé pour ses choix sur les réseaux sociaux ?

Ses cinq premiers mois plutôt emballants en 2016, avec à la clé une deuxième place en L1 arrachée à Monaco (un 6-1 de l’espace à la 37e journée), avaient laissé augurer des promesses dans un 4-3-3 systématique, avec une triplette Lacazette-Ghezzal-Cornet en feu (si si, souvenez-vous). Tiens tiens, le 4-3-3 donc… « Bruno voulait toujours qu’on joue comme le Barça. Le 4-3-3 de l’époque Guardiola était une obsession pour lui », se souvient Saïd Mehamha, ex-milieu de l’équipe réserve de l’OL en CFA. Lors de cette précédente expérience en tant qu’entraîneur principal (en 2010-2011), il devait officiellement copier la tactique du groupe professionnel de Claude Puel.

« Dans nos matchs, il se passait souvent ce qu’il nous avait annoncé »

Mais dans les faits, il aimait tellement ce 4-3-3 qu'il incitait ses joueurs (dont Lacazette, Grenier et Ghezzal) à regarder les matchs du FC Barcelone. Cela fait encore bien sourire Saïd Mehamha.

« On en débattait le lendemain et on avait même parfois des séances vidéo avec lui, non pas sur notre prochain adversaire, mais sur des séquences de jeu du Barça. Dans nos matchs, il se passait souvent ce qu’il nous avait annoncé. Une fois, on était menés 2-0 à la mi-temps. En nous faisant rentrer à la pause, Rachid Ghezzal et moi, il nous avait dit d’insister sur leur couloir droit défensif qu’il trouvait léger. On avait gagné 3-2 au final avec un but de Rachid et deux passes décisives de ma part sur ce côté-là. »

Son ancien coéquipier de l’époque, Enzo Reale (milieu de terrain à Cholet, National), garde lui aussi un bon souvenir « des compos assez offensives » de Bruno Genesio. « Il avait de bonnes idées de jeu : il insistait surtout sur les mouvements à créer pour les joueurs du triangle du milieu, les solutions à offrir au porteur et le pressing à effectuer à la perte du ballon ».

Les différents systèmes se multiplient depuis deux ans

Autant d’intentions de jeu qui ne sautent pas aux yeux depuis deux ans, dans une période marquée par d’incessants changements de systèmes, du 4-2-3-1 au 4-4-2 en passant par le 3-5-1-1. Et par des difficultés chroniques à forcer la décision contre des équipes positionnées en bloc bas. « Personne ne comprend comment l’OL joue, estime Antoine (24 ans), un supporter lui aussi très actif sur Twitter. On ne peut pas dire que ça soit un jeu de possession, ni un jeu de contres, ni un jeu ultra défensif. Par exemple, les deux latéraux [Mendy et Rafael] sont très offensifs mais ils n’existent quasiment jamais en attaque. »

Pourquoi Bruno Genesio a-t-il donc ainsi dérogé à son 4-3-3 vénéré à la sauce catalane ? A en croire une sortie médiatique remarquée en février 2017, il ne vaut mieux pas attendre d’explications de l’intéressé à ce niveau : « J’en ai un peu assez d’être remis en question sans arrêt, qu’on joue en losange, en carré, en triangle, en rectangle, donc je ne me justifie plus. Je fais mes choix, je les assume et ça s’arrête là. »

L’entrée de Fekir contre la Roma, sa sortie dans le derby

« Il est bien plus regardé qu’à notre époque et c’est peut-être pour ça qu’il ose moins imposer ses idées, s’interroge Enzo Reale. Je trouve surtout que les joueurs veulent tous briller de leur côté afin de pouvoir viser plus haut que l’OL ensuite. » Si on se penche justement sur ses paris les plus osés en plein match, deux semblent sortir du lot depuis deux ans et demi, avec des réussites extrêmement différentes. Contre l’AS Roma, en 8e de finale aller de Ligue Europa, Bruno Genesio avait profité de la blessure du défenseur central Emanuel Mammana (71e) pour faire rentrer Nabil Fekir.

La suite lui avait sacrément donné raison, avec un but prodigieux de « Nabilon », symbole d’une deuxième mi-temps de folie (de 1-2 à 4-2) et une qualification référence sur la scène européenne. Par contre, son changement ultra défensif Fekir-Diakhaby dans le dernier derby (70e) avait débouché sur l’égalisation stéphanoise (1-1). « Le reste du temps, c’est souvent du poste pour poste qui ne change pas forcément la dynamique d’un match », regrette Antoine.

« On verra la différence le jour où l’OL recrutera un coach étranger »

Ah ce fameux remplacement Traoré-Cornet à 20 minutes de la fin… Un joueur ayant côtoyé le groupe pro lyonnais ces dernières saisons partage les réticences de nombreux supporters sur la dimension tactique de Bruno Genesio.

« Je ne vais pas aller jusqu’à dire qu’il est limité… mais j’ai connu mieux comme coach. Il n’y a qu’à comparer avec la période Hubert Fournier, dans laquelle ça pratiquait un meilleur football. OK, il aime le football et il essaie de transmettre quelques petits trucs. Mais on verra la différence, surtout tactiquement, le jour où l’OL se décidera à recruter un grand coach étranger. »

Sans aller jusque-là, Enzo Reale reconnaît qu’il avait « davantage bouffé de tactique » à Lorient avec Christian Gourcuff. « Mais c’est normal aussi, quand tu as moins de talents dans ton équipe, tu te dois de faire la différence en étant vraiment bon tactiquement », indique le joueur de 26 ans, dans une théorie assez étonnante.

Même l’attaque de l’OL prolifique de la saison passée peut faire débat

De son côté, Saïd Mehamha voit carrément en Bruno Genesio « un vrai stratège faisant bien jouer ses équipes ». Un contraste qui résume bien le côté ultra clivant du personnage à Lyon sur de nombreux points. On vous liste ça à la volée.

  • Il a permis à Nabil Fekir de signer sa meilleure saison et d’aller au Mondial en le responsabilisant avec le brassard et une place dans l’axe ? « Il lui a surtout gâché une saison [2016-2017] sur l’aile droite et sur le banc », répondent les détracteurs de Genesio.
  • Le repositionnement convaincant de Memphis Depay dans l’axe ? « Il a copié l’idée de Ronald Koeman, qui venait de le mettre en pointe, fin mars en amical contre le Portugal après plus d’un an à le bloquer à gauche. »
  • Les deux qualifications sur trois en Ligue des champions ? « Avec le deuxième budget du championnat, c’est le minimum syndical. Et puis il faut surtout remercier l’Atlético de Madrid [pas de barrage pour l’OL grâce au succès des Espagnols en Ligue Europa. »
  • L’OL a battu son record du plus grand nombre de buts inscrits sur une saison (87) ? « La plupart sont inscrits sur des exploits individuels, et dans une saison de L1 où même Roux, Sala, Konaté et Toko Ekambi ont dépassé la barre des 10 buts. »

A priori, l’OL n’aura ce mercredi pas Nolan Roux sur son chemin mais l’armada des Citizens avec Bernardo Silva, David Silva, Sergio Agüero et tant d’autres. Et un passionnant match à distance Genesio-Guardiola. Pepico mi corazon… Oups, c’est donc vrai, il faut avoir de l’imagination pour trouver une chute rigolote.