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5 sets chez les femmes ? « En frappant comme des mules, ça sera impossible »

Roland-Garros 2026 : Cinq sets chez les femmes aussi ? « En frappant comme des mules, ça sera impossible »

réformeL’idée d’un passage à cinq sets dans les tableaux féminins en Grand Chelem a refait surface. Mais, que ce soit à partir des quarts ou seulement en finale, elle ne fait fait pas l’unanimité
Maja Chwalinska, la nouvelle sensation de Roland Garros
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Le débat sur l’introduction des matchs en cinq sets (trois sets gagnants) pour les femmes, notamment lors des phases finales des tournois du Grand Chelem, a été relancé par Craig Tiley (directeur de l’Open d’Australie) et Amélie Mauresmo.
  • Les anciennes joueuses comme Mauresmo et Hénin sont favorables à cette idée car elles auraient « aimé ce défi », tandis que les joueuses actuelles sont divisées : Aryna Sabalenka est pour tandis que Coco Gauff y est « indifférente » mais critique l’idée de ne l’appliquer qu’à partir des quarts de finale.
  • Ce changement de format modifierait profondément la préparation physique et la stratégie de jeu mais laisserait place à plus de rebondissements.

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

Samedi, Maja Chwalinska et Mirra Andreeva se retrouvent pour une finale inédite à Roland-Garros dans une opposition de style qui promet - a-t-on envie de croire - du beau spectacle et au moins autant de suspense. Mais il se pourrait aussi que, comme quelques-unes avant elle, cette finale dure à peine plus longtemps qu’un battement de cils, scénario de la hantise pour les spectateurs et les diffuseurs, au même titre que pour les sessions de soirée, les rares fois où elles mettent aux prises des joueuses et pas de joueurs. Sauf que là, c’est la finale et que derrière, on ne peut pas se rattraper.

Il existe une solution, vous nous voyez venir avec nos gros sabots : les matchs en cinq sets chez les femmes. Le directeur de l’Open d’Australie Craig Tiley avait été le premier à ressusciter le serpent de mer au début de l’année en partant du constat que, ne pouvant durer aussi longtemps, les matchs du tableau féminin ne rivalisaient fatalement pas avec leurs homologues masculins.

« Nous devrions nous pencher sur les derniers matchs – les quarts, les demi‐finales et les finales – et passer de deux à trois sets gagnants, avait déclaré Tiley. C’est donc quelque chose que nous devrions mettre à l’ordre du jour et commencer à discuter avec les joueuses, car certains matchs de ces derniers tours auraient été fascinants s’ils s’étaient joués dans des matchs au meilleur des cinq sets. »

Quand les finales du Masters se jouaient en cinq sets

Peu de temps avant Roland-Garros, motivée par son expérience personnelle, Amélie Mauresmo avait remis une pièce dans le jukebox. « Je pense que tout le monde aurait à y gagner si on arrivait à mettre ça en place. Moi en tant que joueuse, quand je suis allée en finale du Masters j’étais dégoûtée parce qu’ils venaient d’arrêter la finale en 5 sets. Je voulais goûter à cette sensation. »

Une petite correction s’impose. De 1984 à 1998 (inclus), la finale de ce tournoi désormais connu sous le nom de WTA Finals se jouait effectivement en cinq manches, donnant lieu à quelques affiches mémorables dont un Sabatini-Seles d’anthologie long de 3h47 (4-6, 7-5, 6-3, 4-6, 2-6) en 1990, ou encore deux autres remportées par l’immense Steffi Graff. En revanche, Amélie Mauresmo n’est arrivée en finale pour la première fois en 2003 (défaite 6-2, 6-0 contre Kim Clijsters), même si elle a bien disputé son premier Masters en 1999.

Une autre préparation et une autre gestion de l’effort

Même frustration chez Justine Hénin que chez Mauresmo : la consultante de France Télévisions aurait aimé connaître les joies des trois sets gagnants. « J’aurais aimé ce défi, car j’aime toujours quand il y a des choses qui nous amènent un peu plus loin. J’aime bien l’idée de savoir qu’on peut être au bord du précipice et d’avoir encore la possibilité de changer les choses, d’avoir un peu plus de temps pour le faire. »

Etonnamment, les joueuses du circuit actuel sont moins avides de nouvelles sensations que leurs ainées. Au début de la quinzaine, Elsa Jacquemot avait du mal à se projeter dans un scénario où elle aurait à gérer un match marathon en plus de la canicule. « Je pense que là, on est déjà bien. Niveau chaleur et tout, on prend des crampes, ce n’est pas évident. Je pense que deux sets gagnants, c’est plutôt bien pour nous. » Diane Parry s’était aussi penchée sur la question après sa victoire au 2e tour contre Kalinina. « Ça voudrait dire travailler physiquement, se préparer différemment, donc, changer pas mal de choses dans l’entraînement, dans la préparation. »

Dans la manière de jouer, aussi, comme le note assez justement Camille Pin, consultante pour Prime Video.

« Pour toutes les filles qui cognent, l’option d’un passage à trois sets gagnants donne à réflechir. J’ai entendu des filles dire ''on ne peut pas''. C’est sûr qu’en frappant comme des mules pendant une heure et demi, ça ne sera pas possible. Les matchs en cinq sets avantagent les joueurs physiques et dans la gestion, là où ceux en deux sets gagnants mettent en valeur les joueuses explosives. »

Sabalenka est pour, Gauff « indifférente »

Accepter cette option, c’est donc également prendre le risque de modifier les rapports de force. Un risque que toutes ne sont pas prêtes à accepter, sauf celles à qui ça pourrait profiter, Aryna Sabalenka la première. « J’ai l’impression que j’aurais probablement gagné plus de Grand Chelems [dans ce format], déclarait-elle plus tôt dans l’année. J’ai l’impression d’être physiquement vraiment forte, et je suis assez confiante sur le fait que mon corps peut gérer cela. Alors faisons-le. »

Parmi les réfractaires, Coco Gauff n’est pas foncièrement opposée au concept des cinq sets en soi, elle s’y dit même « indifférente ». En revanche, elle dénonce l’entre-deux suggéré par Craig Tiley et Amélie Mauresmo. « Si on passe au meilleur des cinq sets, tout le tournoi devrait être au meilleur des cinq sets. On ne devrait pas dire : ''Oh, on va commencer au meilleur des cinq sets en quarts de finale''. Je trouve ça, je ne veux pas dire stupide, parce que c’est un mot fort. Mais je pense que les règles du tournoi devraient être les mêmes tout au long du tournoi. »

Cinq sets pour « libérer les joueuses qui découvrent » la finale

Justine Hénin voit au contraire une utilité à allonger la durée des matchs à partir d’un certain stade de la compétition, surtout la finale. « Sur une fin de tournoi, il y a des joueuses qui ont créé la surprise, qui ne connaissent pas ces rendez-vous. Les finales de Grand Chelem sont une découverte et [en deux sets gagnants] on n’a même pas le temps de rentrer dans le match, ça peut aller très vite. Je me disais que dans cette dimension, peut-être que ça libérerait un peu les joueuses qui découvrent ce stade de la compétition. » Comme Maja Chwalinska, par exemple ? La Polonaise est jusqu’ici restée hermétique à la pression du court Philippe Chatrier, mais qui sait ce qui se passera dans sa tête le jour de la finale. En attendant l’arrivée hypothétique des trois sets gagnants, gare à ne pas perdre trop de temps à rêvasser.