Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Le métavers, le flop le plus cher des nouvelles technologies

Quatre ans et des milliards de dollars plus tard, le métavers a complètement flopée

Game overEn 2022, toutes les grandes marques voulaient leur bout de métavers. En 2026, Meta licencie et les grandes marques ont délaissé les mondes virtuels pour l’intelligence artificielle
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • Le métavers, présenté comme une révolution en 2022 avec des investissements massifs de Meta et l’engouement des grandes entreprises françaises, n’a pas tenu ses promesses d’adoption massive par le grand public.
  • L’échec s’explique par des attentes irréalistes concernant l’adoption massive de la réalité virtuelle pour des usages quotidiens, des équipements trop lourds et coûteux, et le basculement rapide de l’attention vers l’intelligence artificielle.
  • Le métavers se réincarne tout de même dans le secteur industriel, et l’avenir pourrait venir des lunettes de réalité augmentée comme les Ray-Ban Meta.

L’image restera comme une métaphore de toute une époque. En 2022, Laurent Bainier, était rédacteur en chef de 20 Minutes et responsable du projet 20 Mint, notre rubrique sur le Web3. Un soir, il se retrouve seul dans un open space vide, appuyant sur la barre espace de son clavier pour faire danser son avatar dans le métavers à l’occasion du lancement de notre numéro distribué dans le cyberespace. C’était 2022, l’apogée de la fièvre. « Le métavers, pour moi, c’était un exercice intellectuel. Je me posais la question : et si la société changeait ? », se souvient-il aujourd’hui. Cette même année, le cabinet Gartner estimait qu’une personne sur quatre passerait au moins une heure par jour dans le métavers d’ici 2026. Nous y sommes et force est de constater que le métavers n’a pas révolutionné notre quotidien.

Et ce n’est pas qu’une histoire de 20 Minutes. Depuis sa création fin 2020, Reality Labs, la division de Meta dédiée aux mondes virtuels et à la réalité virtuelle, a englouti plus de 83 milliards de dollars de pertes d’exploitation cumulées. En janvier, Meta a acté officiellement son retrait stratégique : 1.500 licenciements, fermeture de plusieurs studios de jeux VR, fin de Horizon Workrooms, le bureau virtuel censé remplacer Zoom et Teams. En 2022, pourtant, pas une semaine ne passait sans qu’une grande marque française n’annonce son entrée dans « les mondes virtuels ». Carrefour construisait une présence sur The Sandbox. LVMH présentait à VivaTech son avatar « Livi » et des expériences immersives à la réalité augmentée. France Télévisions, Havas, Casino, Axa… selon le magazine Stratégies, pratiquement tous les grands noms du CAC40 avaient leur projet métavers.

Un pic d’attention puis le désintérêt

Aujourd’hui, ces groupes n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview. Preuve qu’il n’y a plus rien à dire sur le métavers ? Les plateformes elles-mêmes battent de l’aile. Depuis 2022, le prix des terrains virtuels de Decentraland a chuté, passant de 3.820 dollars au plus haut à 9,4 dollars aujourd’hui. « Ce qui est mort, c’est le récit du métavers grand public comme prochaine plateforme sociale », résume Charles Perez, enseignant-chercheur à la Paris School of Business et auteur du livre Le métavers est mort. Pour lui, ce dénouement était prévisible. La technologie suit la courbe de Gartner, ce pic d’attention surestimant l’impact réel, suivi d’un creux de désintérêt : « Ce creux était attendu. Il est aujourd’hui confirmé par les signaux du marché. »

Comment en est-on arrivé là ? Pour Charles Perez, la faute revient d’abord à l’imaginaire. « L’attente la plus irréaliste a été celle de l’adoption massive en VR [réalité virtuelle] pour des usages quotidiens », critique-t-il. Le métavers nécessite un ordinateur fixe ou un casque dédié. Même pour des usages à domicile, ni l’autonomie, ni le poids, ni le prix n’ont convaincu le foyer moyen. L’essor fulgurant de ChatGPT à partir de fin 2022 a fait le reste : en quelques semaines, médias, investisseurs et grand public avaient un nouveau jouet nettement plus accessible. « Il y a eu un gros basculement du métavers vers l’IA, confirme Laurent Bainier, aujourd’hui directeur de la rédaction de The Conversation. C’est là où va l’argent, c’est là que l’on cherche de nouveaux usages. Les pratiques s’imposent davantage au grand public avec l’IA, et c’est ce qui a manqué au métavers. »

Fini le métavers grand public, bienvenue au métavers industriel

Mais le métavers, après sa mort précoce, s’est déjà réincarné. Le marché global de la XR (réalité étendue, qui regroupe réalité virtuelle, augmentée ou mixte) continue de croître. « 75 % des entreprises du Fortune 500 ont adopté la VR pour la formation, avec 35 à 50 % de réduction des incidents de sécurité, indique Charles Perez. C’est là que la valeur circule réellement. » Le métavers promettait un mélange de Roblox et Ready Player One. Mais c’est dans les usines et les hôpitaux que sa promesse se réalise. Le marché des jumeaux numériques, ces répliques virtuelles d’objets ou de systèmes réels pour les surveiller et les tester, était estimé à 14,47 milliards de dollars en 2024, selon Kings Research.

Et si la prochaine bascule venait non pas d’un casque, mais d’une paire de lunettes ? Les dernières Ray-Ban Meta, lancées en septembre 2025, représentent pour le chercheur « le plus fort vecteur d’adoption grand public » : discrètes, portables, intégrées à notre quotidien. « Les lunettes ne nous enferment pas dans une réalité à part. C’est la condition même de l’adoption massive », estime Charles Perez. En bref : le métavers est mort, vive le métavers.