Caen-TFC: «J’ai mûri, je suis moins râleur», assure Yannick Cahuzac

INTERVIEW En lutte pour le maintien en Ligue 1, Toulouse dispute un match en retard ce mercredi à Caen. Yannick Cahuzac, son milieu de terrain corse, jouera une nouvelle fois un rôle crucial…

Propos recueillis par Nicolas Stival

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Le Toulousain Yannick Cahuzac à la lutte avec le Monégasque Rony Lopes, le 24 février au Stadium.
Le Toulousain Yannick Cahuzac à la lutte avec le Monégasque Rony Lopes, le 24 février au Stadium. — P. Pavani / AFP
  • L’ancien Bastiais aux 15 cartons rouges en carrière n’a pris que cinq avertissements cette saison.
  • A 33 ans, pour son premier exil hors de Corse, il s’est imposé comme un joueur essentiel dans le système de Michaël Debève.

S’il peut se montrer bouillant sur un terrain, Yannick Cahuzac n’est pourtant pas du genre à s’enflammer. Oui, la victoire de samedi contre Angers (2-0), combinée aux défaites de Troyes et Lille, a donné un sacré bol d’air au TFC, qui compte quatre points d’avance sur la zone rouge de Ligue 1. Mais lundi midi au Stadium, entre l’entraînement collectif et une séance de cryothérapie, le milieu de terrain de 33 ans avertissait : « Il ne faut vraiment pas se relâcher. »

Surtout avant les rendez-vous à Caen ce mercredi puis à Rennes dimanche, « deux matchs à l’extérieur, où nous ne sommes pas très performants ». Sur le terrain comme devant un micro, le Corse tient son rôle de leader à cœur. « C’est l’un des joueurs de base, souligne Michaël Debève, l'entraîneur du 17e de L1. C’est le plus expérimenté du vestiaire avec Max-Alain Gradel. Il a une importance capitale dans un secteur, le milieu, où il faut beaucoup commander. »

Peu utilisé sous Pascal Dupraz, l’ancienne idole de Furiani enchaîne les matchs avec son successeur, dès que son corps le laisse tranquille. Pourtant, promis : « Je suis vraiment dans un projet club et mon intérêt personnel passe après. »

Quel a été le discours que vous a tenu Michaël Debève lorsqu’il a remplacé Pascal Dupraz, le 22 janvier ?

On a eu une discussion. Il voulait s’appuyer sur moi car j’avais l’habitude de jouer le maintien, tout simplement.

Vous vous présentez comme un leader par l’exemple plutôt que comme une grande gueule.

Je n’aime pas forcément prendre la parole. Je suis plutôt introverti. Je parle beaucoup plus sur le terrain qu’en dehors, car c’est là où je me sens à l’aise.

Quel bilan faites-vous de votre premier exil hors de Corse, provoqué par la rétrogradation de Bastia en National 3 l’été dernier ?

Si on se maintient, il sera bon. C’est une super expérience pour moi et ma famille, dans une belle région et dans un club qui reste familial. Il ressemble beaucoup à Bastia à ce niveau-là. J’ai rencontré de belles personnes.

Depuis que vous avez signé au TFC, vous avez une bonne image auprès des supporters toulousains, ce qui n’était pas forcément le cas lorsque vous veniez au Stadium avec Bastia…

Je n’ai pas changé ma façon de jouer. Je suis content que ça plaise à mes supporters. Je ne suis pas le joueur le plus technique mais j’essaie de tout donner pour mes coéquipiers et mon club.

Ce poste de sentinelle devant la défense vous convient-il ?

Oui, c’est un poste qui me plaît beaucoup. J’aime défendre et je peux avoir une bonne lecture du jeu, anticiper certaines actions.

Depuis le début de votre carrière, vous jouez essentiellement le maintien. C’est une frustration ?

Oui. Après, j’estime être un privilégié. Je suis chanceux de faire de ma passion un métier et de pouvoir évoluer au plus haut niveau. Il y a énormément de joueurs qui aimeraient disputer chaque saison le maintien en Ligue 1. Mais je suis frustré car j’estime qu’on a un fort potentiel. L’équipe aurait dû et pu jouer autre chose que le maintien cette année. Je ne vais pas vous dire ce qui a péché car sinon, on aurait rectifié le tir bien avant.

Yannick Cahuzac et les supporters de Bastia, le grand amour.
Yannick Cahuzac et les supporters de Bastia, le grand amour. - B. Bébert / Sipa

A Bastia et en Corse plus largement, vous êtes une personnalité qui compte. Ici, vous évoluez davantage dans l’anonymat…

C’est vrai qu’il y a beaucoup de ferveur en Corse pour Bastia. Il y en a un peu moins pour le TFC. Mais même en Corse, je suis quelqu’un de plutôt casanier, qui reste en famille, donc ce n’était pas un problème. Ce qui change vraiment, c’est l’ambiance au stade. A Toulouse, elle est belle pour les grosses affiches. Quand les adversaires sont moins huppés, c’est un peu plus dégarni. Mais ceux qui sont présents nous poussent et ça nous aide pour notre mission.

Vous continuez forcément à suivre les résultats de votre ancien club…

Oui. Quand Bastia joue un autre jour que nous, je regarde le match diffusé sur le Facebook du club. Ils sont deuxièmes de leur groupe de National 3 à six points d’Endoume, ça va être compliqué mais il ne faut rien lâcher. J’espère qu’ils monteront.

Difficile de faire une interview de Yannick Cahuzac sans évoquer le sujet de la discipline. Cette saison, vous avez « seulement » pris cinq jaunes, dont un depuis janvier. C’est le hasard ou le fait de ne plus avoir l’étiquette « Bastia » ?

Certains diront que c’est parce que je ne suis plus à Bastia. Je pense qu’il y a un peu de tout. Dans mon jeu, j’ai mûri, je suis moins râleur, je rouspète un peu moins auprès des arbitres. Peut-être aussi que comme ils me voient dans un autre club que le Sporting, ils me cataloguent un peu moins. En tout cas, c’est bénéfique pour moi et pour l’équipe. Ça me permet d’enchaîner les matchs.

Au terme de votre contrat, en juin 2019, vous aurez 34 ans. Vous direz stop ou encore ?

Tant que le physique suit, ça va. J’ai envie d’évoluer au haut niveau encore au moins deux, trois ans. Et après, peut-être qu’on rentrera en Corse.

De passage au Stadium de Toulouse avec Bastia en treillis camouflage, le 11 février 2014.
De passage au Stadium de Toulouse avec Bastia en treillis camouflage, le 11 février 2014. - F. Lancelot / Sipa

Jouer à l’AC Ajaccio, qui fait une belle saison en L2, ce serait compliqué ?

(Rires) On ne dira pas compliqué. J’ai joué au Gazélec Ajaccio de quatre à 14 ans puis je suis « monté » de 15 à 32 ans à Bastia. Je suis plus Gazélec qu’ACA mais mon meilleur ami (l’ex-gardien bastiais Jean-Louis Leca) évolue à l’ACA. J’espère qu’ils monteront en Ligue 1.

Vous vous voyez rester dans le foot après votre retraite de joueur ?

Je pense. J’y réfléchis de plus en plus et si j’en ai la possibilité, j’essaierai de passer mes diplômes de coach.

Dernière chose: que peut-on vous souhaiter pour la fin de saison ?

Le maintien, ce serait parfait. Je ne demande que ça.