Pays de Galles – France : Places trop chères, fans mécontents… Drôle d’ambiance à Cardiff avant le choc face aux Bleus

RUGBY Réputé pour sa ferveur, le Millennium Stadium de Cardiff ne devrait pas faire le plein ce vendredi, malgré le prestige du choc entre le pays de Galles et la France dans le Tournoi des VI Nations

Nicolas Stival
L'ambiance risque d'être moins chaude que d'habitude au Millennium Stadium de Cardiff entre le pays de Galles et le XV de France.
L'ambiance risque d'être moins chaude que d'habitude au Millennium Stadium de Cardiff entre le pays de Galles et le XV de France. — Paul Ellis / AFP
  • Selon la presse galloise, plus de 10.000 billets restaient à vendre ce jeudi pour le duel entre le pays de Galles et la France.
  • Le prix élevé des places fait tousser dans la principauté.
  • Dans la ville autour du majestueux Millennium Stadium, pas grand-chose ne laissait deviner qu'on se trouvait à la veille d'un match entre cadors du Tournoi des VI Nations.

De notre envoyé spécial à Cardiff

Dans une envolée lyrique dont il a parfois le secret, Fabien Galthié a déclaré sa flamme au Millennium Stadium de Cardiff, mercredi en conférence de presse. « On est dans le merveilleux du rugby », a lancé le sélectionneur du XV de France, qui a vanté « le stade mais aussi les 80.000 spectateurs, les chœurs gallois qui vous accompagnent du bus jusqu’aux vestiaires. » « Cela vous prend et vous donne la chair de poule », a vibré le Lotois.

Ce vendredi soir, au moment où les Bleus viendront chercher un quatrième succès en quatre matchs du Tournoi des 6 Nations, il pourrait s’agir plus modestement de chair de poussin. Car, chose longtemps inimaginable, le Principality (son vilain nom depuis un parrainage par une banque en 2016) ne devrait pas faire le plein (soit 74.000 places, pour être plus juste). Loin de la même, puisque Wales On Line, média de référence sur le rugby de la Principauté, tablait jeudi après-midi sur une affluence à peine supérieure à 60.000 personnes.

Le majestueux Millenium Stadium de Cardiff.
Le majestueux Millenium Stadium de Cardiff. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Du jamais vu dans l’histoire d’un Galles-France depuis la construction de l’enceinte en plein centre-ville, sur les ruines du légendaire Arms Park, en 1999. « Franchement, j’ai des doutes sur cette information, nous a confié un photojournaliste local croisé lors de l’entraînement du capitaine des Bleus, ce jeudi. Depuis que je vis ici, j’ai toujours vu le stade plein pour un match des VI Nations. » Même pour les réceptions de l'Italie ? « Ah, peut-être pas, a-t-il répliqué en souriant. Même si dans ce cas, les places sont moins chères. »

Un tarif et une date qui ne passent pas

Parlons-en du prix justement : nombre de places encore en vente dépassent allègrement les 100 livres (environ 120 euros) et cela fait scandale sur les réseaux sociaux ou encore dans les commentaires de sites d’informations. Une colère accentuée par l’organisation de ce match le vendredi soir et non un après-midi du week-end, ce qui prive les « provinciaux » gallois, bloqués au travail en journée, d’une sympathique virée prolongée à la capitale, à moins de rajouter une nuit d’hôtel à un total déjà bien chérot.

Et effectivement, ce jeudi, on ne sentait pas vraiment monter la fièvre annonciatrice des grands événements du côté des pubs de Saint Mary Street, haut lieu de la fête plus que du bon goût les soirs de Tournoi. Entre les non-Gallois installés à Cardiff, les Gallois qui ne s’intéressent pas au rugby et celui qui s’y intéresse mais qui refuse d’en parler (!), on a pas mal galéré pour évoquer le match de ce vendredi.

Saint Mary Street, à Cardiff, est nettement plus animée que ça les jours de Tournoi des VI Nations.
Saint Mary Street, à Cardiff, est nettement plus animée que ça les jours de Tournoi des VI Nations. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Et puis, Alan, 59 ans, nous est apparu à travers la grisaille du ciel local, alors qu’il faisait une pause devant son boulot à deux pas du Millennium. « Je pense que les gens achèteront leur place au dernier moment, a lancé cet employé dans une entreprise de transports. Les 100 livres, ils les payent pour un concert. Pour un fier Gallois, le coût importe peu. »

Des tenants du titre dans le dur

Les résultats un peu plus en revanche. Vainqueur de deux des trois derniers Tournois (2019 avec le Grand Chelem et 2021), les Dragons ne crachent pas vraiment le feu cette année, avec deux défaites en trois matchs. Des joueurs majeurs sont blessés (Alun-Wyn Jones, Justin Tipuric, George North…) mais Alan pointe aussi « un manque de confiance » et même le Covid-19, qui a « provoqué des changements de mentalité »…

Un peu plus loin, Luke, 27 ans, se demande si les héros « ne se sont pas reposés sur leurs lauriers ». Derrière les fûts de bière du pub où il travaille et qui malgré tout devraient bien se vider vendredi soir, le jeune homme espère qu’un bilan sera fait à la fin du Tournoi, « pour tirer le bon et le mauvais ».

« Mais nous sommes des outsiders, et nous serons meilleurs l’an prochain », juge-t-il, sur le même ton optimiste que son aîné Alan, qui s’attend tout de même « à une victoire de la France de 10 points » ce coup-ci. « Mais ce sera toujours plus facile à admettre que notre défaite en Angleterre [23-19] », tranche-t-il.

Des Français moins nombreux, à la joie de Pivac

Mais si les Gallois sont moins nombreux, les Français vont-ils davantage se faire entendre, comme à Murrayfield voici 15 jours ? Ce n’est pas gagné, ça non plus. Ce jeudi, des bérets basques et des écharpes bleu-blanc-rouge éparses défiaient certes le temps changeant de Cardiff. De là à parler de raz-de-marée…

Toujours selon Wales On Line, l’affluence tricolore devrait aussi être en baisse par rapport aux grandes années, en deçà des 10.000 fans. « Si, en cette période de Covid, quelques supporteurs français ne viennent pas, cela ne nous inquiétera pas trop, a lâché le sélectionneur néo-zélandais du XV du Poireau Wayne Pivac, dans une belle litote. Mais il reste des sièges vides. Ce serait bien qu’ils soient occupés. » Par des Gallois, si l’on a bien suivi son raisonnement.