XV de France : « Le rugby va continuer à perdre » avec Laporte et Simon juge Guy Novès, qui dégaine son autobiographie

RUGBY Intitulée La tête haute , l’autobiographie de l’ancien sélectionneur du XV de France sort ce jeudi, alors que le duo Laporte-Simon est dans la tourmente

Nicolas Stival

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Guy Novès lors de France-Japon, le 25 novembre 2017. Son dernier match à la tête des Bleus.
Guy Novès lors de France-Japon, le 25 novembre 2017. Son dernier match à la tête des Bleus. — J.E.E. / Sipa
  • La tête haute, l’autobiographie de Guy Novès, sort ce jeudi.
  • S’il assure que « la cicatrice est refermée », l’ancien sélectionneur du XV de France n’est pas tendre dans son ouvrage avec Bernard Laporte et Serge Simon, à l’origine de son licenciement, avant un procès gagné aux prud'hommes.
  • Le manager du Stade Toulousain se livre aussi avec une émotion dont il n’était pas coutumier au cours de sa carrière.

Voici près de deux années que Guy Novès (67 ans) vivait loin des micros. Sorti vainqueur de son procès aux prud’hommes contre la FFR, avec un chèque d’un million d’euros en poche, l’ancien sélectionneur du XV de France, viré avec fracas en décembre 2017, avait ensuite annoncé sa retraite. Aujourd’hui, l’ex-entraîneur à succès du Stade Toulousain revient en force dans l’actualité, à travers une autobiographie (La Tête haute, chez Hugo Sport) publiée ce jeudi.

Sa tournée médiatique l’éloigne pour un temps du quotidien paisible dans son refuge de Pibrac, en Haute-Garonne. « Je fais du vélo tous les jours, plutôt du vélo d’appartement actuellement, puis de la gymnastique, détaille pour 20 Minutes cet athlète de formation, prof d’éducation physique avant de plonger dans le rugby pro. Je suis très disponible pour mes enfants et mes petits-enfants. Dans quelques jours, je vais être grand-père pour la cinquième fois. Sinon, la maison est nickel [rires]. Je pense à mes balades à Leucate [Aude], à aller à la pêche avec les amis… »

Et le rugby d’aujourd’hui ? « Je regarde les rencontres », glisse-t-il simplement. « Mais je ne saute pas sur un match quand il y en a un. J’observe, je souris. » Il n’en dira pas plus. Comme s’il se sentait à mille lieues des histoires de bulle percée qui empoisonne la vie du binôme fédéral Bernard Laporte – Serge Simon, auquel il reproche toujours d’avoir pourri sa fin de carrière. « Ce n’est plus mon histoire, balaie-t-il. J’ai gagné [le procès], je suis à la maison. Ce qui se passe aujourd’hui ne m’intéresse plus du tout. »

L’homme le plus titré du rugby tricolore consacre pourtant les six derniers chapitres de son ouvrage, rédigé avec les journalistes Grégory Letort et Jean-Louis Laffitte, à son aventure avortée en Bleu, démarrée pleine d’espoirs après la Coupe du monde 2015 et conclue dans l’amertume à peine deux ans après, puis à son combat pour réparer l’outrage.

« C’est le rugby qui a perdu »

Au sujet de la réélection de Laporte à la FFR en octobre dernier, celui qui avait apporté son soutien à l’opposant Florian Grill écrit : « c’est le rugby qui a perdu et qui va continuer à perdre ». « Aucun sélectionneur n’a subi ce que j’ai subi », grince aussi le prédécesseur de Jacques Brunel et de Fabien Galthié, dont il n’est pas le plus grand amateur (euphémisme…). « Galthié, je le trouvais à sa place en tant que consultant sur France Télévisions, ses explications techniques étaient pertinentes, relève-t-il en fin d’ouvrage. En tant qu’entraîneur, il ne m’a pas fait rêver. »

On peut toujours tenter l’uchronie, se demander ce qu’aurait été la bulle sanitaire si Novès était toujours en poste, lui qui était accusé de jouer les gardes-chiourmes d’une autre époque avec des joueurs surveillés comme des gosses. A l’époque, il n’était pas facile de sortir de Marcoussis, « même pour s’acheter une brosse à dent » disaient les mauvaises langues, alors ne parlons pas d'aller voir le match du petit à Paris.

Interrogé sur cette fin de carrière en queue de poisson, l’ancien ailier international se montre bien moins cinglant que dans le livre : « C’est passé. Je n’y pense pas chaque jour. Quand on me pose la question, ça remue un peu le couteau dans la plaie. Mais la cicatrice est refermée. »

Cependant, l’autobiographie ne se résume pas à un réquisitoire contre Laporte et Simon. L’entraîneur au visage impassible laisse aussi tomber le masque. « Enormément de personnes m’ont soutenu durant tout mon parcours. L’un de mes anciens élèves quand j’étais professeur au collège de Pibrac a monté un groupe Facebook depuis le Québec, au moment de mon procès. Il fédère 30.000 personnes ! J’ai eu envie de remercier tous ces gens avec ce livre, en leur disant : " voilà d’où je viens ". »

Mais encore ? « Je veux qu’ils sachent que mon parcours est le fruit de beaucoup de travail, d’engagement, d’un comportement exemplaire. L’entraîneur doit montrer l’exemple, c’est quelque chose de très, très important. »

Une fin tristounette à Ernest-Wallon

Ses parents, sa grand-mère, sa femme, ses trois enfants… Novès n’oublie personne et retrace son ascension sociale en insistant davantage sur le côté humain que « rugbystique ». Sa saga au Stade Toulousain, comme joueur puis technicien, ressemble à une galerie de portraits étalée sur quatre décennies. Elle se finit tristement, avec un hommage en catimini un jour de doublon​, dans un Stade Ernest-Wallon dépeuplé.

« Je suis sensible aux attentions des autres, réplique-t-il lorsqu’on évoque avec lui cette émotion pas forcément attendue. Les gens froids comme des icebergs, ça n’existe pas. » S’il évoque ses relations tourmentées avec quelques légendes toulousaines (Christophe Deylaud, Christian Califano…), il en encense d’autres, comme Patricio Albacete, Thierry Dusautoir ou le très fougueux Irlandais Trevor Brennan. « Quand tu as besoin de lui, un quart d’heure après, il est là, sourit Novès. Comme Florian Fritz, ils sont capables d’aller au bout. Ce sont des personnes chères à mon cœur. »

Une offre refusée venue « d’un gros club de Top 14 »

Guy Novès fait donc le bilan, (assez) calmement. Il donne de temps à autre des conférences en entreprise. « Je viens de faire ma première en visio, c’était intéressant. » Mais le rugby, c’est du passé. « Il y a encore quelques jours, j’ai reçu une offre d’un gros club de Top 14, lance-t-il au bout du fil, en taisant le nom du président qui l’a contacté. Mais c’est fini vraiment, j’ai 67 ans. » Enfin, le lien n’est pas tout à fait coupé : les bénéfices de son livre seront reversés au club de Leucate, son autre point d’ancrage avec Pibrac.