Coronavirus dans le XV de France : Toutes les questions auxquelles doit répondre l’enquête interne de la fédération

RUGBY Le rapport commandé la semaine dernière par la ministre des Sports doit lui être remis ce mardi soir

N.C.

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Bernard Laporte, le président de la Fédération française de rugby, ici le 4 décembre 2020.
Bernard Laporte, le président de la Fédération française de rugby, ici le 4 décembre 2020. — ALAIN ROBERT/SIPA
  • Ces dix derniers jours, 17 cas de Covid-19 ont été détectés au sein du XV de France, ce qui a entraîné le report de son match face à l’Ecosse pour le compte de la troisième journée du Tournoi des VI Nations, dimanche.
  • La ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu a commandé la semaine passée une enquête pour savoir comment la bulle sanitaire, dans laquelle était censé se trouver le groupe, a éclaté.
  • Ce rapport, mené en interne par la FFR, doit être remis ce mardi à la ministre, qui attend des réponses à de nombreuses questions.

On ne sait pas bien comment il va arriver (par coursier, par mail, en mains propres ?), mais on ne pense pas trop s’avancer en disant que Roxana Maracineanu a hâte de le lire. Le rapport de la Fédération française de rugby (FFR) concernant le cluster de Marcoussis doit être remis ce mardi soir à la ministre déléguée aux Sports. Commandé mercredi de la semaine dernière, avant même que ne soit détecté un seizième cas de Covid-19 au sein du XV de France, il est censé faire la lumière sur la chaîne de contamination ayant conduit à cette situation sanitaire rocambolesque. Tout un programme, tant les questions sont nombreuses.

Qui a mené cette enquête ?

Roxana Maracineanu a décidé de faire confiance aux dirigeants de la FFR en leur confiant les rênes de cette investigation, dirigée par le secrétaire général de la fédération Christian Dullin et le président de la commission médicale, Roger Salamon. L’Agence régionale de santé (ARS) a été mise dans la boucle pour apporter son concours, sans que l’on sache précisément quel rôle elle a pu tenir. Le rapport sera-t-il impartial, sans concession sur les éventuels manquements au protocole de la part d’un ou plusieurs membres du XV de France ? La ministre veut croire que oui. « C’est aussi à Bernard Laporte de mesurer tout et de prendre ses responsabilités dans cette recherche de vérité », a-t-elle prévenu dimanche soir sur RTL.

Quelqu’un a-t-il contrevenu au protocole ?

Il est désormais avéré que Fabien Galthié a quitté Marcoussis à plusieurs reprises pour des raisons personnelles, notamment pour aller voir son fils jouer à Jean-Bouin lors d’un match entre les espoirs de Colomiers et ceux du Stade Français, le 7 février. Bernard Laporte s’est lui promené dans les rues de Rome en marge du match de la première journée du Tournoi des VI Nations, tout comme certains joueurs. Et alors ?, s’est agacé le président de la fédération lors de son passage sur RMC vendredi. « Casser la bulle, ce serait aller dans un endroit où des gens peuvent te contaminer alors que tu n’as pas de masque. Je suis sorti le samedi matin, j’avais le masque, je croisais les Italiens à deux mètres et je ne suis pas sorti de la bulle ; au contraire, j’ai respecté ce qu’on me dit être la bulle. »

Une version confirmée par Roger Salamon, qui a évoqué le cas de Galthié lundi matin sur France Info : « Dans le protocole, il est dit qu’on peut sortir à certaines conditions et il les a remplies. Il ne m’a pas demandé l’autorisation et s’il me l’avait demandée, j’aurais dit oui. » Si ces sorties étaient autorisées, c’est donc le protocole qui semble un peu lâche. Voici ce qu’il dit, selon L’Equipe :

  • Test RT-PCR négatif de moins de 72 heures avec attestation sur l’honneur pour rejoindre la bulle sanitaire.
  • Test RT-PCR deux fois par semaine pour toutes les personnes intégrées à la bulle sanitaire.
  • Isolement total pendant sept jours des cas positifs et dépistage systématique de tous les cas contacts avec isolement provisoire jusqu’au résultat du test.
  • Hébergements individuels au sein de la bulle et déplacements privatisés pour rejoindre un lieu de compétition.

Comment le coronavirus est-il entré à Marcoussis ?

La chasse au patient zéro est au moins aussi haletante que celle à la taupe dans le vestiaire du PSG. Pour Laporte, plus de doute, il y a « 99,9 % de chances que le virus soit entré via un joueur de l’équipe de France à 7 ». Et tant pis si son bras droit Serge Simon avait dit complètement l’inverse en début de semaine dernière. Le très officiel Covid manager des Bleus avait même été plus loin, dans les colonnes de Midi Olympique : « Le patient zéro, on le connaît : c’est notre préparateur physique. » Le rapport devra se faire très précis sur ce point.

En attendant, le docteur Salamon tient un début d’explication : « La première des choses qui me vient à l’esprit, c’est que l’équipe de France a joué de malchance, a-t-il dit lundi au Midol. Avec ce virus et particulièrement son variant dit anglais, le risque zéro n’existe pas. A partir d’une infection qui concernait un joueur de rugby à 7, le virus a circulé (…) et abouti à la catastrophe que l’on connaît. Et quand je parle de malchance, c’est qu’après pourtant sept jours d’isolement, il y a eu des cas le huitième jour, le neuvième et même à J + 10. »

Serge Simon et Bernard Laporte au Palais des Congrès à Paris, en 2017.
Serge Simon et Bernard Laporte au Palais des Congrès à Paris, en 2017. - CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Quelles conséquences pour la fédération ?

A minima, son image en ressortira écornée. Les contradictions de Bernard Laporte et Serge Simon mettent à mal la sincérité des deux dirigeants, ou au moins leur aptitude à bien gérer cette crise. « Le patient zéro a changé trois fois, a grincé la ministre déléguée aux Sports. Et je préfère que ce soit la personne qui m’a présenté le protocole qui m’explique ce qui s’est passé (Bernard Laporte) plutôt que Serge Simon. »

Les deux hommes ont également entamé leur crédit auprès des joueurs, à en croire les réactions glanées ici et là par les confrères. Les menaces du président sur une exclusion du groupe pour ceux qui parleraient à la presse n’ont pas été digérées, comme la légèreté de Fabien Galthié. « Franchement, je ne sais pas si on va s’en remettre, disait l’un d’eux à L’Equipe. Il y a une telle rancœur, les mecs se regardent tellement mal que je crains qu’on n’arrive pas à rattraper le truc. » Laporte et Simon ne devraient pas passer à côté d’une grande explication. « Je ne demanderai pas la démission mais s’il y a mensonge, il doit y avoir des sanctions », a prévenu auprès de l’AFP l’ancien sélectionneur Jean-Claude Skrela, élu d’opposition au comité directeur de la fédération.

Quelles suites à ce rapport ?

Sur ce point également, Roxana Maracineanu fait confiance à la FFR. Pour l’instant en tout cas. « C’est elle qui a un pouvoir disciplinaire. J’attends d’elle qu’elle l’exerce, a rappelé la ministre lors de son intervention à la radio. Il faut qu’on montre, quand cela se passe mal, que les gens assument, qu’ils expliquent en toute transparence pourquoi, qu’ils fassent leur mea culpa, et puis derrière qu’on reparte sur des bonnes bases, car la compétition n’est pas encore terminée. » Et si elle estime que le rapport n’est pas concluant ? Florian Grill, battu par Bernard Laporte lors des dernières élections fédérales, estime que  seule une enquête indépendante permettrait de démêler les nœuds dans cette histoire. Maracineanu a répondu qu’elle « attendait d’abord de voir ce qui va (lui) être expliqué en milieu de semaine et après on avisera ».

Quoi qu’il en soit, le protocole devrait évoluer pour la suite du tournoi. « Il faut que les conditions pour rentrer dans la bulle soient durcies, a fait savoir Roger Salamon ce lundi. Il faudrait qu’il y ait un isolement de 7 à 10 jours des joueurs qui veulent s’entraîner avec l’équipe de France avant d’y rentrer. Donc, je pense qu’on n’aura plus de partenaires. »