XV de France : Fabien Galthié a-t-il mis en danger le renouveau des Bleus en quittant Marcoussis en douce ?

RUGBY Le sélectionneur, qui a fait beaucoup de publicité au début de son mandat sur le cadre de vie indispensable en équipe de France, est fragilisé par son non-respect de la bulle sanitaire

Julien Laloye

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Fabien Galthié, le 6 février 2021 en Italie.
Fabien Galthié, le 6 février 2021 en Italie. — Insidefoto/Sipa USA/SIPA
  • Fabien Galthié, positif au Covid-19 et fiévreux depuis quelques jours, aurait enfreint à plusieurs reprises le protocole en quittant Marcoussis avant l’Irlande.
  • Une attitude problématique, alors que le sélectionneur des Bleus a fixé des règles de vie très strictes à son arrivée en poste.
  • Le groupe France peut-il payer les conséquences de cette entorse à la vie de groupe, alors que la communication de la FFR pose question ?

Pour un type en quarantaine, et symptomatique, par-dessus le marché, selon l’Equipe, Fabien Galthié se balade beaucoup dans les vastes allées de Marcoussis. Selon les dernières indiscrétions remontées de l’Essonne, le sélectionneur du XV de France assiste à tous les entraînements des Bleus depuis le début de semaine. Très loin des joueurs, encore heureux, mais c’est un peu fort de café considérant les dernières révélations des confrères.

En effet, Galthié aurait enfreint le protocole sanitaire dûment négocié auprès du ministère des sports en quittant Marcoussis la semaine avant le match en Irlande, et plusieurs fois pour être sûr.

L’image publique de Galthié en prend un coup

S’il est sans doute exagéré de lui mettre sur le dos l’épidémie de Covid-19 qui a conduit à l’annulation du match contre l’Ecosse, dimanche, Galthié a commis son premier impair dans son poste, un impair aux conséquences difficiles à établir, encore, même si l’homme a le goût des escapades buissonnières. Mohed Altrad, son président à Montpellier il y a dix ans, peut encore parler des heures de ce voyage à Rio pour fêter les 80 ans de Serge Kampf alors qu’il y avait un match à diriger le week-end.

L’image publique de Galthié en prend un coup évidemment, après un an et demi passé à séduire les suiveurs et les amoureux du XV de France. Arrivé sur des braises avant la Coupe du monde 2019, « l’adjoint comme les autres » avait su résister à l’envie de passer pour le patron avant d’être le patron. Pas de point presse, pas de confidences distillées ici ou là, aucun parasitage négatif. Son intronisation officielle dans le village natal du Lot fleurait bon le rugby des frères Spanghero et des gnons sous le pantalon. Gigot d’agneau, magret de canard sur canapé, cabécou, rouleau de printemps au foie gras arrosé de Cahors, la foule est alors conquise, autant par le buffet que par le discours sur la flèche du temps et la périodisation tactique.

« Si des joueurs sortent du cadre, ils repartent »

C’est l’époque où le staff des Bleus emmène avec lui les caméras de Stade 2 dans sa tournée des popotes, 90 joueurs passés en revue tel un accoucheur d’aveux, et le pauvre Lauret qui prend pour tout le monde : « On va mettre un cadre de vie qui n’est pas négociable, auquel il faut dire oui pour ne pas perdre de temps. Si des joueurs disent oui mais sortent du cadre, ils repartent, il y a des taxis qui vous attendent ». Que reste-t-il de ce cadre de vie, quand le sélectionneur se permet lui-même de l’enjamber sans un regard ? Que reste-t-il de ce QCM en plan journée défense et citoyenneté envoyé aux joueurs avant l’Angleterre l’an passé pour « sacraliser » leur rapport au XV de France, quand on prend pareille libéralité avec un protocole éprouvant avant tout pour les joueurs ?

Même Moscato, copain parmi les copains, s’est offusqué sur RMC : « On sait ce que c’est d’être en stage, encore plus maintenant. On n’imagine pas l’intensité et la violence. C’est très costaud. Il faut un commando soudé comme des frangins. Mais on ne peut pas supporter qu’un frangin, surtout le chef des frangins, fasse le con. Ce n’est pas possible ». Impossible de savoir si les joueurs partagent ses états d’âme, au moins publiquement. Aucun point presse cette semaine à Marcoussis, le seul prévu ce jeudi ayant été annulé au dernier moment pour des raisons « d’incapacité technique au regard de l’isolement des joueurs ». Soit.

La version de la fédération mise en doute en interne

En off, on n’en est pas encore à se mutiner, mais disons que la rumeur bruissante des infidélités de Galthié a couru un moment avant d’être révélée, et que la dénégation du sélectionneur, affirmant que « tous ses agissements ont été conformes au protocole sanitaire », n’a pas convaincu grand monde. Mais plus que la part sombre de Galthié qui remonterait à la surface, ce côté « je roule pour ma pomme » Mourinhesque qui a laissé des traces dans tous les clubs où il est passé, c’est la stratégie de communication de l’ensemble de la fédé, dont Galthié n’est qu’un soldat, qui passe mal en interne.

Le vice-président de la FFR et responsable du protocole sanitaire, le docteur Serge Simon, qui a vu passer plus de clusters dans les équipes nationales que de Français vaccinés, vend depuis le début de la crise la version qui l’arrange. Le bouc émissaire ou patient zéro serait un préparateur physique anonyme, lequel aurait l’avantage de n’avoir rien à se reprocher. Sauf qu’à Marcoussis, beaucoup y voient un contre-feu grossier pour tenter de faire passer le sélectionneur entre les gouttes.

Les clubs du top 14 n’ont pas aimé

Ce dernier, s’il est toujours conforté par des résultats probants, a sans doute dilapidé un peu de son crédit auprès de son groupe, et grandement fragilisé sa position dans les négociations serrées qui opposent la LNR et la FFR autour de l’équipe de France. Dans les clubs fournisseurs d’internationaux, personne n’a oublié, par exemple, que Galthié s’est montré plus têtu qu’une mule de Castille sur l’affaire des feuilles de match à l’automne avant de se faire une raison, et la gestion de la crise actuelle ne devrait pas les inciter à rendre la vie facile au staff des Bleus dans les mois qui viennent.

Interrogé par France Info peu avant la révélation d’un nouveau cas positif au sein de l’effectif, Bernard Laporte avait très envie de passer à autre chose, sur l’air de « Je suis convaincu que personne n’a fauté, on n’y est pas pour grand-chose vous savez, ce virus est un petit salopio ». La fédération va pourtant devoir enquêter sur sa propre négligence et en référer au ministère des Sports, qui avait beaucoup hésité avant de donner son feu vert à la tenue du tournoi des VI nations. Il lui sera alors difficile de nier les incartades de son sélectionneur, à moins de perdre toute crédibilité.