Coupe du monde de rugby: De la sueur, des blessures et Galthié... Alors, elle se passe comment cette prépa du XV de France ?

RUGBY Avant le premier test du XV de France contre l'Ecosse samedi, retour sur le début de préparation des Bleus en vue du Mondial 2019

William Pereira

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Fabien Galthié marque cette préparation d'avant Coupe du monde de son empreinte
Fabien Galthié marque cette préparation d'avant Coupe du monde de son empreinte — CIAMBELLI/SIPA

La chaleur, le bleu du ciel et la Méditerranée. Vous appelez ça des vacances, eux un séjour au bagne. Voilà un bon mois et demi que les 37 joueurs de Jacques Brunel se tuent à la tâche pour être au niveau au Japon, où la Coupe du monde commencera le 20 septembre. Il est donc temps de se jauger, histoire de voir si le travail paie, histoire de voir aussi si le doux rêve d’un jeu à haute intensité est atteignable sur un laps de temps aussi réduit.

Le premier match amical contre l’Ecosse, à Nice – il y en aura un second à Edimbourg la semaine prochaine – est là pour dissiper (ou confirmer) les doutes. En attendant de voir si les Bleus sont sur la bonne voie, on vous propose un petit retour sur le début de préparation estivale du XV de France, de Marcoussis au Cap d’Ail en passant par Oliva Nova, en Espagne.

Un entraînement de forçats

Au placard les wattbikes et le crossfit si chers à Philippe Saint-André il y a quatre ans. Bonjour le travail à haute intensité avec ballon concocté par Thibault Giroud, l’ancien préparateur physique du RCT ramené par le nouveau consultant et futur sélectionneur Fabien Galthié. Ça commence dès 8h avec quatre séances le matin et une plus légère l’après-midi, le tout pendant sept semaines sans le moindre match amical et deux coupures de quatre ou cinq jours, pas plus. L’objectif ? Etre capable de se déplacer à 18 km/h de moyenne sur le terrain sans ballon, une vitesse calquée sur les standards internationaux.

Autant dire qu’une fois la nuit tombée, Paul Gabrillagues et ses potes sont moyennement chauds pour jouer aux cartes ou se faire une grosse séance de binge-watching. « Tu n’as pas tellement le temps de faire autre chose. Tu arrives dans la chambre, t’es un peu K.O. donc tu te reposes, tu vas essayer de maximiser la récup. »

Camille Chat, crevé : « on arrive (dans sa chambre) le soir, à 21h, on a envie de dormir, on n’a plus rien dans le gilet. » Un meilleur sommeil et une perte de poids pour les plus costauds comme Arthur Iturria et Romain Taofifenua. Le deuxième ligne du RCT a carrément perdu 6 kg. Pas mal. En plus, la première semaine est gratuite.

Fabien Galthié, consultant omniprésent

Au côté de Thibault Giroud et Laurent Labit, également appelés en renfort avant le Mondial japonais, Fabien Galthié – qui rappelons-le ne devait pas avoir « de rôle prépondérant » – dicte la cadence. Quand les joueurs vont se rafraîchir entre deux séquences de jeu, ils doivent le faire en trottinant. L’animation offensive, c’est aussi lui, avec ses méthodes, comme ce si singulier quadrillage du terrain devant lequel s’enthousiasme Antoine Dupont. « On a vu les lignes tracées sur le terrain. Fabien est très précis là-dessus. Sur le terrain, il prend pas mal la main sur le côté technique », quitte à reléguer le sélectionneur au second plan sur le sportif.

Le Toulousain n’est pas le seul à s’y retrouver. Jefferson Poirot est très heureux de jouer au rugby pendant la prépa, là où d’habitude « pendant trois semaines, on ne fait que des lignes (des allers-retours), pfff… », et Camille Chat convaincu par la pédagogie du bonhomme : « on comprend rapidement ce qu’il veut. » Et suffisamment couillu pour oser la comparaison avec la préparation du tournoi des VI Nations. « Je ne sais pas si c’est grâce aux nouveaux entraîneurs ou pas, mais c’est plus précis qu’aux VI Nations, par exemple. » Une petite pensée pour Morgan Parra​, sacrifié sur l’autel de l’honnêteté.

Des blessés, des renforts et des revenants

La méthode marche mais la méthode use. Depuis le rassemblement fin juin dernier, trois hommes ont dû jeter l’éponge. Dernier en date, Geoffrey Doumayrou. Le centre rochelais souffre d’une blessure au tendon d’Achille et ne sera donc pas du voyage au Japon. Avant lui, Paul Willemse, dont la nature de la blessure n’a pas été précisée, et Etienne Falgoux, autre réserviste, ont quitté le groupe bleu. Comme pour Doumayrou, ce dernier a été lâché par ses tendons, particulièrement sensibles au surentraînement. Côté bobos sans gravité, Guilhem Guirado est légèrement touché aux côtes et Maxime Machenaud s’est fait les ischios (tiens, encore une blessure musculaire).

Ça va en revanche mieux pour Demba Bamba, autorisé à reprendre l’entraînement progressivement après son opération d’une hernie cervicale, et Arthur Iturria, qu’on avait quitté en larmes après s’être claqué à l’échauffement avant la finale du Top 14. Brunel n’est en tout cas pas à l’abri de nouvelles déconvenues médicales d’ici le début du Mondial. Comme le dit justement Wesley Fofana, « si t’arrives à avoir une prépa avec zéro blessé, notamment une comme celle-ci avec beaucoup de courses rapides à répétition, t’es fort. On perd quelques mecs en cours de route… » Attention quand même à pas arriver cramés au Japon.