Certains handballeurs de haut niveau sont devenus végétariens durant leur carrière.
Certains handballeurs de haut niveau sont devenus végétariens durant leur carrière. — Jean-Michel Paint

ALIMENTATION

Sus aux viandards: La pratique du sport de haut niveau est-elle compatible avec un régime végétarien?

Des spécialistes et des sportifs professionnels cassent les idées reçues sur le végétarisme et le sport de haut niveau…

  • 20 Minutes s’est penché sur la compatibilité de la pratique de haut niveau avec le végétarisme.
  • Selon des spécialistes, et à travers l’exemple concret de sportif ayant arrêté de manger de la viande, on se rend compte qu’il n’est pas impossible de lier les deux.

Tout a commencé par un mail collectif envoyé par l’un de nos collègues à toute la rédaction de 20 Minutes : « Après des discussions enflammées à la terrasse de la Belle Epoque [un bel endroit de réflexion], on a trouvé qu’un dossier sur la viande pourrait être intéressant. » Chaque service étant invité à proposer des sujets en lien avec sa spécialité, celui des sports a planché et le thème s’est imposé de lui-même : peut-on concilier une pratique du sport de haut niveau sans ingurgiter le moindre morceau de barback (viande, poisson) ? Les végétariens ou végétaliens voudront probablement nous pendre à un croc de boucher, mais il nous semble que d’emblée, en se basant sur l’imaginaire collectif, la réponse est non. Sauf que, comme souvent quand on répond au doigt mouillé, c’est bien plus compliqué que ça.

Pour faire honneur à ce pays champion du monde de foot (ça ne mange pas de viande de le rappeler), nous avons d’abord voulu tâter le terrain du côté de la balle ronde. Manque de pot, malgré 40 mails envoyés aux clubs de Ligue 1 et de Ligue 2, très peu de réponses nous sont parvenues. Et parmi les rares clubs à nous avoir écris – merci à eux –, aucun ne comptait dans ses rangs de joueurs végétariens. C’est une info en soit, remarquez.

« Dans le foot, et ça fait pourtant une paire d’années que je suis au Racing, je n’ai jamais connu de gars qui ne mangeait ni viande, ni poisson. Il faut gérer les restrictions comme le hallal et les allergies, mais pas les végétariens, confirme le docteur François Pietra, médecin du sport et du Racing Club de Strasbourg. Après, on peut vivre sans protéine animale. Mais si on enlève la viande et le poisson en étant sportif de haut niveau, il peut y avoir un manque au niveau de certains acides aminés, même en mangeant des protéines végétales. »

Les diététiciens valident

Petit cours de nutrition pour les nuls, signé Magali Moeglé, diététicienne-nutritionniste à Strasbourg : « De quoi un sportif a-t-il besoin ? De glycogène, le sucre de réserve. C’est pour ça qu’il a besoin de féculents pour faire son stock à la veille d’une épreuve. Cela ne pose donc pas de souci aux végétariens. Après l’épreuve en revanche, il a besoin d’un apport de protéines et de sucre pour reconstruire le muscle. Mais cet apport de protéines peut aussi être végétal. » Elle poursuit :

A mon avis, les protéines végétales peuvent peut-être même aider à améliorer la performance. Car la viande met sept heures à être digérée et le corps est alors moins apte à faire autre chose. Sans viande, l’organisme peut donc peut-être être plus performant. S’il y a un vrai suivi, et si son alimentation est complète, évidemment. »

Pour Mickaël Dieleman, diététicien-nutritionniste du club de rugby de Bourg-en-Bresse (ProD2), « un régime végétarien bien maîtrisé, bien équilibré, n’est pas du tout une contre-indication à la pratique du sport de haut niveau ». Ce qui ne l’empêche pas non plus de n’avoir jamais croisé le moindre rugbyman végétarien : « Chez les sportifs de haut niveau, j’ai des patients triathlètes, des runners, mais pas de rugbymen. Au rugby, culturellement, ou tout du moins dans leurs habitudes alimentaires, on est sur des bons mangeurs, des bons mangeurs de viandes surtout. Même si avec la professionnalisation, on tend de plus en plus vers une alimentation de qualité, le rugby a encore ce côté troisième mi-temps, plaisirs gustatifs, même au plus haut niveau. » Ouais, la ripaille, les poulardes, les gueuletons, on voit le genre. Mais revenons à nos moutons.

La parole est aux sportifs végétariens

C’est bien joli de parler de tout ça, mais encore faut-il trouver un ou une athlète qui accepte de nous parler de son quotidien bidoche-free. Et là, c’est finalement du côté des handballeurs qu’on a trouvé nos perles rares. « Je suis devenu végétarien lors ma dernière année professionnelle en 2015, nous explique Guirec Cherrier, handballeur pro passé notamment par Aix et Mulhouse. Je l’ai fait du jour au lendemain. Au début, c’était un challenge pour moi, parce que je ne savais pas trop où j’allais, ni si j’allais tenir par rapport au handball de haut niveau. Au final ça s’est bien passé et je ne regrette pas. Le plus dur, c’était les pulsions, parce que j’aimais bien la charcuterie… Mais sinon, physiquement, je n’ai pas eu de carences particulières. Je faisais souvent des prises de sang pour vérifier. Tu compenses par des légumineuses [lentilles, pois chiche, haricots rouges]. »

S’il semble que le régime végétarien n’est en rien un boulet quand on mène une carrière de sportif de haut niveau, il peut même s’avérer bénéfique au quotidien. A deux niveaux. Explications avec Samuel Honrubia, ex-international français qui évolue aujourd’hui à Tremblay.

>> Adieu les tendinites : « Depuis que j’ai freiné la viande, je me sens mieux physiquement. Il y a six ans, quand j’étais à Montpellier, je trouvais que les végétariens étaient des fous. Quand tu ne comprends pas ce que la viande fait à ton organisme… Depuis trois ans, je n’ai plus de lésions musculaires, plus de tendinites. Bien sûr, ce n’est pas lié qu’à cela, mais ça aide. On n’a pas un besoin physiologique d’en manger, sauf pour la vitamine B12 éventuellement. Il y a de grosses idées reçues sur les protéines de la viande. Il y a des protéines végétales, avec les mêmes acides aminés, qui sont bien assimilées. La viande augmente l’acidité, et un corps en acidose est un terrain propice aux tendinites. »

>> Bonjour la récup’: « On n’est pas informé là-dessus. Quand je vois comment les handballeurs mangent… Il y a des erreurs à ne pas commettre et qui peuvent te flinguer un match. Par exemple, surmanger de la viande après un match ou un entraînement, ton corps digère pendant quatre heures : il ne récupère pas pendant ce temps parce que l’énergie est dédiée à la digestion. Or la récupération tient une part énorme dans la performance. »

Le suivi nutritionnel, seule condition préalable

Un diagnostic que partage Mickaël Dieleman. « Ce qu’on sait, c’est que la surconsommation de protéines est quelque chose de très acidifiant au niveau de l’organisme, et l’acidité va être notamment synonyme d’inflammations. Donc de moins bonne récupération, de blessures. » Le seul risque en suivant ce type de régime, c’est de connaître « une grosse fonte musculaire avec un régime végétarien qui serait mal mis en place, avec une mauvaise association des protéines végétales, conclut le diététicien-nutritionniste. Ce qui est important, c’est soit d’être très calé, soit d’aller voir un professionnel et de se faire suivre au quotidien. »

Finalement, la seule (mini) crainte pour le sportif végétarien, c’est de se retrouver à la marge et de se sentir exclu, parfois même moqué. Comme pour un végétarien cerné au repas de Noël au milieu du foie gras, de la dinde et des mauvaises vannes du tonton relou (« allez, fais pas ton difficile, tu vas bien faire une exception et goûter le bon gigot de mamie Thérèse quand même ! »). « Certains me chambrent, c’est vrai, rigole Samuel Honrubia. Mes coéquipiers m’appellent Biorubia ». De l’humour de viandard, assurément.