« L’impression d’être une superstar », le kiff à retardement de Maxime Grousset à Paris, deux ans après ses JO ratés
rédemption•Freiné par une préparation inexistante à cause d’une blessure au pied, Maxime Grousset s’est offert une seconde médaille d’argent individuelle devant son public. L’affront des JO 2024 est effacéWilliam Pereira
L'essentiel
- Maxime Grousset a remporté la médaille d’argent sur le 100 m papillon aux championnats d’Europe. Le nageur français a vécu un moment de communion intense avec le public parisien.
- Contrairement aux JO de Paris 2024 où il n’avait décroché aucune médaille individuelle en s’isolant du public, Grousset a changé d’approche sur les conseils de son entraîneur Michel Chrétien qui lui a demandé « de s’imprégner de cette folie » et de se servir de la force du public.
- Sans cette blessure au pied, Grousset et son entraîneur étaient convaincus qu’il pouvait viser le record du monde du 100 m papillon, ce qui reste un objectif pour les JO de Los Angeles 2028.
Eclipse à Paris. L’astre Léon Marchand, diminué par une blessure récalcitrante, est resté en retrait, permettant à Maxime Grousset de prendre la lumière. Acclamé par le Centre Aquatique Olympique comme jamais avant et après la finale du 100 m papillon jeudi soir, réduisant au silence le speaker de la salle, le nageur français savourait en zone mixte, médaille d’argent au cou.
« A chaque fois, je prends un maximum de kiff. A chaque fois que je lève les bras, tout le monde hurle, c’est vraiment cool. J’ai l’impression d’être une superstar. Ça fait du bien de sentir que ce qu’on aime faire fait venir autant de personnes et donne autant d’énergie à tous ces gens-là. »
« A Paris 2024, il s’était mis dans sa bulle »
Un changement d’approche à l’opposé de sa gestion des événements lors de JO de Paris 2024 où il n’avait décroché aucune médaille individuelle. « La revanche est émotionnelle, soulignait mardi son entraîneur Michel Chrétien après son doublé argent sur 50 m papillon et or sur le relais mixte du 4x100 m 4 nages. A Paris, il s’est mis dans sa bulle pour éviter d’être perméable à l’ambiance qui était celle-là au moment des Jeux. Après la demie du 50 m papillon, je lui ai demandé de s’imprégner de cette folie. Cette force que dégage le public, il fallait qu’il s’en serve, qu’il cale sa respiration sur tous les applaudissements et les encouragements. »
Certes, il n’y a pas de titre individuel au bout. A chaque fois, Grousset a buté sur un os, et on ne parle pas du métatarse responsable de sa préparation tronquée. Après les deux malheureux centièmes de trop contre Kornev sur 50 m, il a manqué à peine plus au Calédonien pour résister au retour de Milak en finale du 100 m papillon. « C’est vraiment les cinq derniers mètres. Je suis devant toute la course, juste les cinq derniers mètres. Il arrive vraiment très vite sur ses bras. Il lui reste un peu de puissance et moi, il ne me reste plus rien dans les cinq derniers mètres. […] Au final, ça fait quand même un gros chrono pour moi. »
Pour Maxime Grousset, l’argent vaut de l’or
Mais pour cette fois, et quand bien même il a pu goûter deux fois à l’or aux Mondiaux de Singapour en 2025, Maxime Grousset trouve son bonheur dans l’argent. Le plaisir égoïste de la jubilation à domicile surpasse tout, y compris la victoire. « C’est pas qu’une médaille d’argent, parce que là, j’ai pu célébrer avec tout le public, pour moi tout seul, assumait-il mardi soir, des étoiles plein les yeux. Cette médaille d’argent vaut un peu de l’or, et c’est une petite revanche sur les Jeux. »
C’est aussi une option pour les suivants. Maxime Grousset arrivera à Los Angeles au carrefour d’une carrière où ses meilleures années coïncideront avec l’expérience engendrée. « En faisant des choix maintenant sur la nage libre, sur le papillon, en étant de plus en plus persuadé qu’il est capable de nager très vite un 50 papillon et un 100 papillon, je crois que ça va nous simplifier la tâche dans les deux ans qui viennent », se satisfait Michel Chrétien. On en oublierait presque que ses championnats d’Europe ne sont pas terminés et qu’il lui reste le 50 m nage libre à courir.
Sans la blessure, Grousset aurait visé le record du monde du 100 m papillon
Restera toujours, dans l’océan de satisfaction du nageur français et de son entourage, une goutte de frustration. S’il a pu aller aussi loin sans entraîner ses jambes, qu’aurait-il accompli en pleine santé ? « On voit qu’il me reste cinq mètres à faire pour rester devant, répète Grousset. Du coup, si je suis devant, le record du monde, il tombe aussi. »
C’était l’objectif initial, concède son entraîneur. « Sans tous les aléas qu’on a connus, j’étais persuadé qu’il était dans le temps du record du monde, et d’ailleurs on partageait [cet avis], je ne le gardais pas pour moi, on en a parlé tous les deux. Il avait vraiment l’objectif de battre ce record du monde. On se dit que si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera la prochaine fois. » En 2028 pour aller chercher l’or olympique, ça serait sympa, non ?



















