France-Allemagne: «Ce n’est pas donné à tout le monde»... Comment les Bleus doivent-ils s'y prendre pour rester au sommet?

FOOTBALL Le plus dur n'est pas de gagner, mais de le faire à nouveau les fois d'après...

N.C. (avec W.P.)

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Didier Deschamps en pleine réflexion (ou pas).
Didier Deschamps en pleine réflexion (ou pas). — J.E.E/SIPA
  • L'équipe de France affronte l'Allemagne mardi soir au Stade de France en Ligue des nations.
  • Après les célébrations du titre de champion du monde au mois de septembre, les Bleus entrent dans une nouvelle phase, tournée vers l'avenir.
  • Didier Deschamps va devoir trouver les clés pour maintenir son groupe au plus haut niveau, ce qui est toujours difficile après une grande victoire.

C’était beau, c’était émouvant, c’était mérité, mais c’est terminé. L’été est derrière nous et la célébration du titre de champion du monde aussi. Il est temps pour l’équipe de France de regarder devant, de dessiner le chemin qui mènera à d’autres grandes victoires. Pas le plus simple, bien au contraire. « Le plus compliqué, ce n’est pas d’arriver tout en haut, c’est d’y rester », rappelle Lucas Hernandez, qui a bien compris le message que n’aura pas manqué de faire passer Didier Deschamps à ses troupes lors de ce rassemblement.

Chaque groupe, chaque fonctionnement a une obsolescence programmée. Il y a un moment où les joueurs n’adhèrent plus, où le coach ne trouve plus les mots, où la lassitude s’est installée de manière insidieuse. L’équipe de France a gagné la Coupe du monde parce que Didier Deschamps a su créer un groupe taillé pour cette compétition, disputée à ce moment précis, en prenant en compte l’évolution de chaque joueur. Le curseur pour atteindre ce degré d’excellence est en mouvement permanent. L’Allemagne, éliminée dès les poules en Russie et qui vient de prendre une rouste aux Pays-bas, illustre actuellement cette difficulté.

Pour lutter contre ça, les ressorts sont autant collectifs qu’individuels. Avant d’observer ce que le sélectionneur peut mettre en place, il appartient aux joueurs de se remettre en condition, après un contrecoup inévitable. « C’est humain, les efforts pour devenir numéro un sont tellement énormes qu’une fois qu’on y est, on n’arrive pas toujours à se rendre compte des efforts consentis pour y parvenir et donc on ne peut plus les reproduire, explique Jérôme Fernandez, passé par là avec l’équipe de France de handball. Sur le long terme, rares sont ceux qui réussissent à se lever chaque jour avec la même envie de gagner. Ce n’est pas donné à tout le monde. »

On s’en est bien rendu compte contre l’Islande (2-2) jeudi dernier, même si ce genre de match amical disputé avec les jambes alourdies par le manque de repos de l’été donne rarement lieu à de grandes envolées. « C’est un avertissement qui peut être utile, juge N’Golo Kanté. Ça rappelle que rien ne sera facile. Les victoires, il faudra toujours aller les chercher. »

Une intégration de petits nouveaux savamment dosée

Toute la difficulté est là. Pendant les deux ans à venir, les Bleus vont devoir défendre leur nouveau statut, tout en évoluant pour préparer l’avenir. « Ce n’est pas parce qu’on a gagné ce titre qu’il n’y a pas de marge de progression. Il n’y a pas de chantier, mais une évolution possible », disait DD le mois dernier. L’utilité de faire jouer Mbappé dans l’axe, la place de Dembélé, Lemar ou Thauvin dans la rotation, les latéraux, voilà quelques pistes de réflexions. « Le système, le style, ce sont des sujets dont le coach et les cadres se préoccupent », reconnaît Kanté.

On peut ajouter à cela l’intégration de nouveaux visages, indispensable mais qui doit être savamment dosée. Jérôme Fernandez explique comment ça a marché chez les Experts, avec qui il a remporté deux titres olympiques et cinq mondiaux entre 2001 et 2015 :

Il faut que le groupe soit toujours en mouvement. C’est à l’entraîneur de faire en sorte que les visages changent, mais par petites touches. Il ne faut pas opérer trop de gros changements d’un coup, car c’est aussi prendre le risque de faire rentrer des éléments perturbateurs. C’est ce qu’a très bien su faire Claude Onesta. Il faisait rentrer un ou deux gars pour observer si ça se passait bien. Dès qu’il voyait qu’il y en avait qui essayaient d’en faire à leur tête ou ne respectaient pas trop les codes, il les écartait. »

La méthodologie correspond plutôt bien à Deschamps aussi. A charge donc pour ceux qui seront appelés de se fondre dans le moule. « L’équipe de France, ce n’est pas seulement 11 joueurs, c’est 23. Ça a été la clé de la réussite pendant la coupe du monde. Ça le sera si on veut rester au plus haut », prévient le capitaine Hugo Lloris. Quand on voit l’entrée fracassante de Tanguy Ndombélé jeudi à Guingamp, on se dit que les nouveaux sont bien briefés en arrivant au Château.